"Avec l'article 20 de la LPM, on a laissé passer des dispositions explosives", selon François-Bernard Huyghe

Alors que s'ouvre le Forum international de la cybersécurité, François-Bernard Huyghe, chercheur associé à l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques et expert en cyberstratégie, revient sur le discours de Barack Obama concernant les opérations de surveillance américaines et les nouvelles dispositions prévues par le très controversé article 20 de la loi de programmation militaire (anciennement article 13).

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L'Usine Nouvelle - Que pensez-vous des annonces faites par le Président américain Obama, le 16 janvier, sur la réforme des opérations de surveillance américaines ?

François-Bernard Huyghe - On ne peut pas se satisfaire du discours d'Obama. Les mesures annoncées sont purement cosmétiques, dilatoires et timides. Le Président américain est même allé jusqu'à faire l'éloge de la NSA (l'agence responsable du renseignement d'origine électromagnétique et de la sécurité des systèmes d'information et de traitement des données du gouvernement américain, ndlr) et de l'espionnage technologique. Pour moi, la machine est lancée et c'est une machine folle.

Avec les dispositions de l'article 20 de la loi de programmation militaire (autorisant l'accès administratif, en temps réel, aux données de connexion, anciennement article 13), peut-on s'attendre à une "NSA à la française" ?

La France n'a ni les moyens techniques ni financiers de créer une telle agence, on n'est pas sur la même échelle. Mais cet article de loi est très flou et il risque d'instaurer un système bien plus dangereux que le système américain. Avec cet article, on a laissé passer des nouvelles dispositions qui risquent d'être explosives, car elles ouvrent la possibilité d'interceptions en vue d'un espionnage massif, économique, industriel... On réintroduit des pouvoirs bien supérieurs à ceux de l'époque des "écoutes de l'Elysée" sous Mitterrand ou des célèbres "fadettes".

Quelles sont vos craintes concernant ces nouvelles dispositions ?

En dehors de toute instruction, on autorise des agents de quatre ministères à intercepter les métadonnées de connexion de n'importe quel citoyen auprès des fournisseurs d'accès à internet et des plateformes. Ce qui me fait peur, c'est que, dans de telles proportions, ces interceptions seront impossibles à contrôler. Comment va-t-on les vérifier ? Il faudra observer les décrets d'application avec beaucoup d'attention, le diable se cache dans les détails...

Propos recueillis par Elodie Vallerey

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