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"Avec le numérique, il devient absurde de faire une heure de transport pour aller travailler", selon Olivier Charbonnier

mis à jour le 27 novembre 2013 à 16H05
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 Dans "A quoi ressemblera le travail demain ? " , co-écrit avec Sandra Enlart, Olivier Charbonnier réfléchit à l’impact du numérique sur la façon de travailler. Ce livre s'est vu décerné par Personnel (*) le Stylo d'Or,  prix du meilleur livre RH de l’année, ce 26 novembre 2013.   

Avec le numérique, il devient absurde de faire une heure de transport pour aller travailler, selon Olivier Charbonnier
"Avec le numérique, il devient absurde de faire une heure de transport pour aller travailler", selon Olivier Charbonnier

L’Usine Nouvelle - Dans le livre que vous avec co-écrit avec Sandra Enlart, vous insistez sur l’influence du numérique sur la façon de travailler. Pensez-vous que ce soit la principale évolution qui va toucher le travail ?

Olivier Charbonnier - Ce n’est pas le seul facteur qui va avoir un impact sur le travail. La mondialisation et la tertiarisation sont deux autres phénomènes importants. La digitalisation nous intéresse car c’est un phénomène récent et massif qui touche tous les domaines de la vie. Nous avons créé un laboratoire qui s’intéresse aux effets du numérique sur nos façons de penser, d’apprendre, de se former, de travailler. D’où l’idée du livre qui se concentre effectivement sur l’impact du numérique sur le travail. A cet égard, nous ne sommes ni technophiles, ni technophobes. Nous observons et cherchons à anticiper les conséquences du numérique sur nos organisations. 

Avec la diffusion des technologies de l’information, tout le monde n’est-il pas en train de devenir membre de la génération Y, réputée être autonome et consommatrice du travail ?

La notion de génération Y est très contestée. Un salarié du tertiaire avec un diplôme de type bac+3 voire plus est plus proche d’un quinquagénaire qui a le même profil que d’un jeune vivant en zone péri-urbaine et qui a été sorti du système scolaire à 16 ans. Il faut se méfier de cette notion. En revanche, ce qui nous semble évident, c’est qu’il n’y a pas de métier qui ne sera pas touché par le numérique. Tout le monde est concerné, seules l'intensité de la transformation et l'échéance varieront.

Une des premières manifestations concerne le temps et l’espace de travail, avec des difficultés pour définir les frontières. Cela va-t-il se poursuivre ?

Nous sommes déjà en train de passer d’un monde cloisonné avec des temps, des espaces et des fonctions bien définis à un monde plus confus. De plus en plus, il n’est pas nécessaire d’aller dans un lieu particulier pour travailler. Le développement des espaces de co-working est, à cet égard, significatif des évolutions. On en compte aujourd’hui plus de 250 en France. De même, avec les tablettes et le développement du cloud, on peut travailler de chez soi le soir ou pendant les vacances. Inversement, certaines tâches personnelles peuvent être réglées depuis le bureau en ligne. Ainsi, de plus en plus, le consommateur produit une partie de la prestation. Quand vous allez sur le site de votre banque pour faire un virement, vous effectuez une tâche qui était réalisée auparavant par votre conseiller clientèle.

Quelles conséquences ont ces évolutions pour les entreprises ?

Elles sont multiples. Par exemple, elles vont devoir repenser la raison d’être de leurs locaux. Jusqu’ici c’était un lieu de contraintes avant tout (horaire, dress code…). Avec les technologies de l’information, il va paraître de plus en plus absurde de faire une heure de transport pour aller travailler dans un open space. Comme il est nécessaire de réunir les salariés, il va falloir rendre le lieu de travail plus attractif, par exemple plus ouvert sur l’environnement immédiat, plus citoyen, en faire un lieu dans lequel les salariés sont fiers de se rendre. Cela peut se faire en proposant des espaces à des associations locales le soir ou le week-end. Mais il faut aussi créer de vrais espaces pour que les personnes puissent se réunir et d’autres où ils peuvent s’isoler du bruit pour se concentrer. Le travail étant de plus en plus abstrait, "liquide" comme on dit, les futurs locaux devront aussi mettre en scène le travail, le rendre visible.

Pour beaucoup d’entreprises, le numérique c’est aussi du temps perdu par les salariés, notamment sur les réseaux sociaux. N’y a-t-il pas un risque de perte d’efficacité ?

C’est une vraie question à laquelle les entreprises sont confrontées et ce n’est qu’un début. La question de l’identité numérique va prendre de plus en plus de place dans les entreprises. D’ores et déjà, quand un nouveau collègue arrive, quand on contacte une personne, on tape son nom dans un moteur de recherche pour en savoir plus sur la personne. Cela a indirectement un effet sur l’image des personnes. Savez-vous qu’aux Etats-Unis, il existe des agences de notation qui mesurent l’influence des personnes et qui peuvent vous dire si Monsieur X est plus influent que Madame Y sur Internet ? Faut-il intégrer cette information dans un recrutement ? Va-t-on prendre en compte cette dimension dans les systèmes de rémunération à l’avenir ?

Quelles autres dimensions du travail sont concernées selon vous ?

Nous en avons identifié au moins deux autres. L’irruption du virtuel et son articulation avec le réel va changer la donne. De plus en plus, les réunions se feront à distance, avec les risques que cela comporte : si vous dialoguez avec des gens que vous connaissez mal, vous perdez toute la communication non verbale. Il va falloir inventer les bons usages avec les bons outils. 

Une autre évolution concerne les relations entre les personnes au travail. Avec la multiplication des outils numériques, l’expression des émotions emprunte une gamme de nuances jamais connues. Entre le sms avec ou sans smileys, le chat en direct, le courriel… chacun partage des informations en permanence avec de nombreuses personnes et reçoit aussi des émotions par ces canaux. Cela n’est pas neutre sur les relations entre les personnes et aura un impact sur les managers qui doivent gérer cette charge émotionnelle.

En observant les entreprises stars de la Silicon Valley, a-t-on une idée de ce qui va se passer ?

Nous revenons justement d’un voyage d’études en Californie et ce qu’on peut lire sur telle ou telle entreprise relève largement du storytelling. La Silicon Valley, c’est avant tout des zones de bureaux avec des parkings autour ! Aujourd’hui, en France, les anciennes entreprises publiques sont très inventives et méritent d’être observées de près. Les ETI en croissance s'inscrivent aussi de plus en plus dans un mouvement de renouvellement de leurs pratiques de travail. Pour garder leur dynamique de croissance, elles ont conscience qu’elles doivent continuer à se transformer.

La numérisation, c’est aussi la multiplication des données produites, qu’on appelle le big data. Cela va-t-il avoir un effet sur le travail ?

Nous pensons que cela va être la source d’une tendance lourde : les salariés auront en temps réel des feedback sur leur travail. L’itération entre le client et le producteur sera de plus en plus immédiate. On saura toujours davantage ce que pensent les acheteurs actuels et futurs d’un produit et ainsi adapter son développement. L’avenir envisagé avec nos vieux cadres de référence peut devenir un cauchemar permanent. En revanche, si on sait changer, s’adapter, ce monde là est plein de promesses.

Propos recueillis par Christophe Bys

(*) Personnel, la revue de l’association nationale des DRH (ANDRH) remettra son prix annuel du meilleur essai consacré à une question de management le 26 novembre. Deux autres ouvrages sont retenus Le travail invisible enquête sur une disparition, de Pierre-Yves Gomez (éditions François Bourin)  et Happy RH,de Laurence Vanhée aux éditions la Charte 

 
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