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Avec son IA, Huawei ressuscite Schubert (ou pas)

Reportage L'intelligence artificielle développée par Huawei vient de terminer la huitième symphonie de Schubert. Pas sûr que les "schubertiens" purs et durs applaudissent à cette innovation, ni que les thuriféraires de l'IA soient convaincus par cet essai où la main de l'Homme est encore très présente... mais cela laisse imaginer le futur de l'industrie musicale.

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Avec son IA, Huawei ressuscite Schubert (ou pas)
Cet orchestre exécute la 8e symphonie de Schubert terminée par l'IA de Huawei. © @theocohen

En attendant que la réalité donne raison aux transhumanistes et que la mort de la mort soit officiellement déclarée, il est désormais possible grâce à l'intelligence artificielle de réparer les inachèvements des défunts. La preuve avec Huawei qui a choisi de confier à son IA de terminer la bien nommée symphonie inachevée de Franz Schubert (la numéro 8 en si mineur).

 

On ne sait pas très bien pourquoi Schubert ne l'a pas achevée. Différentes thèses circulent : selon certains, le musicien pris par des commandes plus alimentaires a laissé tomber cette oeuvre quand d'autres prétendent qu'il n'imaginait pas à y retoucher, trouvant que le morceau atteignait une perfection de cette version courte. A moins que, comme le suggèrent encore d'autres, il aurait composé une suite qui ne le satisfaisait pas et n'aurait pas pu reprendre avant de mourir de la syphilis à l'âge de 31 ans. Résultat : il ne reste que les deux premiers mouvements et quelques mesures pour le troisième. Pour le reste l'imagination était au pouvoir... 

 

Du Schubert augmenté ? 

Huawei a donc confié le soin à une IA et au chef d'orchestre et compositeur Lucas Cantor de travailler en symbiose pour imaginer les mesures perdues. Avant cette tentative, des musiciens se sont déjà frottés à ce morceau et en ont proposé des versions complétées. La marque chinoise reste assez évasive sur la façon dont s'est déroulée cette collaboration avec l'intelligence artificielle. On sait que l'IA qui a été utilisée est celle qui est disponible en série dans le dernier smartphone haut de gamme de la maison : le Mate20 Pro.

 

 

 

Sur le process de création par l'IA, cette dernière a été alimentée par les autres oeuvres musicales de Schubert, d'autres exemples de symphonie, mais aussi par des morceaux réputés être appréciés par Schubert. A partir de là, l'IA a calculé et fait des propositions à Lucas Cantor qui les validait ou non. C'est là où les explications de Huawei sont un peu confuses. Il semblerait que le musicien renvoyait alors ses remarques aux ingénieurs de l'industriel, qui faisaient tourner d'autres machines, puis lui faisaient de nouvelles propositions sur le fameux smartphone. Par ailleurs, le musicien humain, connu pour avoir composé des morceaux pour Hollywood ou les JO de Londres, a orchestré le morceau, à partir des boucles mélodiques qui lui ont été proposées et qu'il a approuvées. 

 

Un collaborateur agréable 

Lucas Cantor préférait se féliciter en souriant sur le plaisir qu'il a eu de travailler avec une IA, un collaborateur "toujours disponible, sans aucune susceptibilité et toujours de bonne humeur". Le résultat de ce travail harmonieux entre l'homme et la machine, le moto de Huawei, était présenté à Londres au Cadogan Hall lundi 4 février 2019. Dans cette ancienne église transformée en salle de concert, l'English Session Orchestra a exécuté la symphonie complétée devant un public international de journalistes venus du monde entier et de personnalités du monde de la tech et autres stars de réseaux sociaux.


Difficile de dire si le morceau est du Schubert ou non. Dans la partie composée par l'IA, on a bien entendu des extraits des thèmes présents dans les deux premiers mouvements, des violons et de l'emphase comme Schubert pouvait l'aimer. A coup sûr, le monde assez conservateur de la musique classique regardera cette innovation avec dédain.


A la sortie du concert, l'impression générale était de dire que ce qu'on venait d'entendre n'était pas désagréable mais sûrement pas du Schubert. Car, outre le problème posé par les choix d'orchestration très hollywoodiens et cohérents avec la personnalité du compositeur Lucas Cantor, c'est toute la question de ce que fait l'IA qui est posée : en extrapolant une solution à partir du passé, la meilleure IA du monde ne peut pas – pour le moment ? – avoir l'idée géniale ou visionnaire d'un Homme. Or, c'est souvent ce qui fait la qualité d'une oeuvre.

 

les limites de l'IA

A cet égard, il serait intéressant que Huawei confie à son IA les deux premiers mouvements de n'importe quelle symphonie achevée par Malher, Beethoven ou Schubert, en utilisant la même méthode, puis de comparer le résultat obtenu avec celle réellement écrite par le musicien. Ainsi pourra-ton mieux mesurer l'écart entre ce que peut la machine et ce qu'invente l'Homme. Un pari un peu trop audacieux pour celles et ceux qui font croire que l'IA peut tout ? 

 

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