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"Avec votre profil, je sais qui vous êtes, avec Pulse je sais ce que vous pensez", prévient Akshay Kothari (Linkedin)

Entretien Il y a un peu plus de deux ans, Linkedin achetait la start-up californienne Pulse, agrégateur de publications issues de la presse, de sites web, de blogs. Depuis, la jeune pousse est devenue un des bras armés de la stratégie de contenu du réseau professionnel. L'Usine Digitale a rencontré à San Francisco où cette activité est établie, Akshay Kothari, un des deux fondateurs de Pulse. Resté chez Linkedin pour développer et faire évoluer la plate-forme, il raconte la stratégie de publication de Linkedin face à un spécialiste comme Medium, ou des géants généralistes comme Google, Yahoo, Apple, Facebook qui forment son écosystème concurrentiel. Il dévoile aussi sa recette : l'indispensable collaboration entre humains et algorithmes !
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Avec votre profil, je sais qui vous êtes, avec Pulse je sais ce que vous pensez, prévient Akshay Kothari (Linkedin)
"Avec votre profil, je sais qui vous êtes, avec Pulse je sais ce que vous pensez", prévient Akshay Kothari (Linkedin)

L'Usine Digitale : Quel est l'intérêt pour Linkedin d'avoir un outil de publication comme Pulse ?

Akshay Kothari : Avec votre profil, je connais votre CV, je sais qui vous êtes. Avec Pulse, je sais ce que vous pensez, je connais vos opinions. Sans oublier que c'est avec votre réseau de contacts que vous partagez vos publications. Votre chef qui pourra vouloir vous confier une nouvelle mission, des personnes qui vont vous appeler pour vous proposer d'intervenir dans une conférence... Et il vous est possible de paramétrer la cible de la publication, d'en mesurer l'impact : qui l'a lue, dans quel secteur, dans quelle entreprise, etc.

 

Et quelle est désormais sa place dans le business model du groupe ?

Linkedin fait trois propositions de valeur à ses membres : les connecter avec leur monde professionnel, leur permettre de changer de travail ou d'évoluer dans leur entreprise, et faire en sorte qu'ils restent informés Cette dernière propositions comprend 3 volets : Pulse pour s'informer quotidiennement, les présentations Slideshare pour préparer une recherche ou un projet à moyen terme, et enfin Lynda, que nous avons acheté il y a quelques mois, pour se former à plus long terme. La pièce qui manquait à Linkedin avant de nous racheter, c'était l'intelligence (au sens anglo-saxon de compréhension, connaissance, NDLR). Celle qui manquait à Pulse, c'était l'identité. La vraie valeur viendra de la connaissance de la pertinence du contenu.

 

En juin, vous avez lancé une version complètement réécrite de votre app. Pour quelle raison ?

Avant le rachat en avril 2013, on publiait des articles de presse, et des publications venues de près de 2 millions de sites web. A l'arrivée chez Linkedin, nous avons proposé à 500 influenceurs -des patrons comme Richard Branson (Virgin) ou Jack Welsh (GE), des politiciens, ndlr- de publier des billets. Tout était en anglais, mais nous venons d'étendre à l'allemand et au portugais (pour le Brésil). Et la prochaine langue, c'est le français.

 

En 2 ans et demi, nous sommes passés de 200 billets publiés par semaine à plus de 130 000. L'idée était de proposer des opinions sur Pulse plutôt que des "breaking news". Reste que tout ce que les influenceurs postaient s'affichait par défaut si vous les suiviez. Avec la nouvelle  app, tout a changé. Nous organisons les contenus par catégories, suivant certains critères. Et pour cela, on s'appuie sur une combinaison de "curation" par des équipes éditoriales et d'amplification de l'impact des publications par des algorithmes.

 

De nombreuses sociétés du contenu, comme Netflix, ou même Facebook, font de même. Comment fonctionne cette combinaison entre êtres humains et intelligence artificielle ?

Nous pratiquons cela depuis 4 ou 5 ans chez Pulse. Nous avons une équipe éditoriale à New-York d'une quinzaine de personnes, dirigée par Daniel Roth, ancien journaliste du  magazine Fortune. L'équipe a deux rôles. Interpeller les membres du réseau pour qu'ils publient quand il se passe quelque chose dans leur secteur, leur entreprise... et trouver du contenu intéressant à relayer. La main passe ensuite aux algorithmes qui s'occupent de donner de l'ampleur aux publications, de les doper.

 

Ce sont encore les algorithmes qui mesurent les résultats des publications. Ceux-ci sont transmis à l'équipe éditoriale qui peut adapter ses prochains choix pour tenter d'obtenir des meilleurs résultats avec l'algorithme... Et ainsi de suite ! C'est un écosystème hybride, itératif. S'il n'y avait que les êtres humains, il n'y aurait pas d'effet d'échelle possible.

 

S'il n'y avait que les algorithmes, le choix des publications serait trop robotisé. Il y a un grand respect mutuel entre l'équipe éditoriale et l'équipe du machine learning.

 

Côté concurrence, Medium est une app à grand succès qui se concentre aussi sur les opinions, les billets, plus que les articles de type news. Comment vous positionnez-vous par rapport à eux ?

Si je veux trouver des informations sur Hawaï pour y aller en vacances, je vais poster sur Medium. Pulse, lui, est uniquement concentré sur du contenu professionnel. Ce qui est certain, c'est que Medium a une incroyable interface utilisateurs. Ils ont complètement éradiqué tout ce qui était douloureux quand on écrit en ligne. Et cela, ça nous inspire. Sur Linkedin, nous faisons la même chose, on réduit les obstacles pour ceux qui n'ont pas l'habitude d'écrire en ligne. Mais, notre autre avantage sur eux, c'est que l'on sait qui écrit.

 

Au delà de Medium, il y a de très grands noms qui s'intéressent de très près à la publication, comme Facebook, Apple, ou Google et Yahoo! avant eux. Sont-ils davantage en concurrence directe avec vous ?

Notre positionnement est très unique. Le focus sur des news professionnelles personnalisées, la capacité à trouver les informations pertinentes sur votre entreprise, et les tendances dans votre industrie, votre secteur. Mais de mon point de vue, ce sont les réseaux sociaux qui feront la différence dans l'information.

 

Sans sous-estimer, loin de là, une société comme Apple! Mais même si nous sommes très différents de Facebook, nous avons un même point de vue sur le sujet, basé sur la connaissance de nos membres, de leurs contacts. Et il ne faut pas oublier, que pour les "news", les gens papillonnent ailleurs que sur Linkedin ou Facebook, tout le monde va aussi sur Twitter, Snapchat, Youtube...

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