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[Avis d'expert] L’open data privé, le nouvel eldorado des entreprises ?

Tribune De plus en plus des entreprises privées mettent à disposition certaines de leurs données en open data. Gérard Barbosa, le directeur général de Talan Solutions, explique en quoi ces données ouvertes, mais pas forcément gratuites, peuvent être une aubaine pour les acteurs publics et privés.
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[Avis d'expert] L’open data privé, le nouvel eldorado des entreprises ?
[Avis d'expert] L’open data privé, le nouvel eldorado des entreprises ? © Talan

À l’heure où le mot « RGPD » est sur toutes les lèvres et où la protection des données est brandie en étendard par toutes les entreprises, encourager l’open data peut apparaître comme schizophrénique. Pourtant, nous utilisons des données ouvertes au quotidien, sans même nous en rendre compte. 84% des Américains possesseurs de smartphones utilisent une application de type open data.

 

En France, les politiques s’emparent du sujet de l’open data, amorcé depuis plusieurs années par Henri Verdier, ancien directeur de la DINSIC, maintenant Ambassadeur de la France pour le Numérique. La mission Etalab, lancée par la Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État et dirigée par Mme Laure Lucchesi, coordonne, anime et développe les actions d’open data de l’État. Mais qu’en est-il de l’open data privé ? Peut-il devenir un nouveau standard ?

 

L’open data privé, créateur de valeur économique

L’open data privé désigne l’ouverture des données des entreprises pour les citoyens, les institutions, mais aussi pour les autres entreprises. Si cette pratique n’est pas encore répandue, quelques entreprises dans le monde donnent le "la", à l’image de GRDF et d'Enedis qui ont mis à disposition certaines de leurs données en open data. Autre exemple, les entreprises disruptives Airbnb et Uber permettent à la ville de Paris d’accéder à certaines données, via leurs plateformes Uber Movement et DataVille, dans le but d’adapter les services de la ville aux usages des citoyens. En effet, elles améliorent à la fois la connaissance de la ville sur la circulation en Île-de-France et sur les quartiers les plus demandés par les touristes.

 

Au-delà de l’intérêt public-privé, il est essentiel de développer la relation privé-privé. Les données ouvertes, mais pas forcément gratuites, des entreprises sont créatrices de valeur pour les autres acteurs économiques. Par exemple, les données ouvertes d’Airbnb permettent aux nouveaux acteurs de l’hôtellerie de connaître la demande avant de s’implanter. Airbnb pourrait également, de son côté, utiliser les données des restaurants à proximité pour améliorer ses offres de services. Autre exemple, si les grands groupes pétroliers ouvraient certaines de leurs données de forage des sols, cela éviterait les modes exploratoires des sols avant la construction de certains bâtiments et permettrait de gagner en temps et en efficacité.

 

Ce système "gagnant-gagnant" est bénéfique pour l’économie, à l’échelle d’un pays mais aussi à l’échelle mondiale, car il dynamise les secteurs existants et permet de développer de nouveaux business.

 

Un terrain de jeu pour l’innovation

L’open data privé est en effet une opportunité pour les start-up par exemple, qui pourront capter une plus grande diversité de données. Cette captation de données différentes permet de trouver des éléments de corrélation et ouvre de nouvelles perspectives, à la fois en termes de business et en termes d’innovation. Il y a un réel terrain de jeu pour toute start-up qui souhaite créer de nouveaux «patterns », c’est-à-dire des modèles, qui seront mis au service des grands groupes. Les entreprises ont donc tout intérêt à partager leurs données pour gagner en performance.

 

Mettre à disposition de nouvelles données permet d’enrichir les corpus et de stimuler les projets d’intelligence artificielle. S’il y a un an, le big data avait besoin de rêveurs, aujourd’hui c’est l’intelligence artificielle qui ouvre un vaste terrain de jeu, rendu en partie possible par l’ouverture de données.

 

L’open data privé, gage de transparence ou dérive vers un système totalitaire ?

L’ouverture des données des entreprises peut toutefois soulever des questions éthiques. Ne risque-t-on pas une faille dans l’anonymisation des données des consommateurs ? Est-ce que cela entraînerait une dépendance de certaines entreprises aux géants du secteur ? Ces questions permettent de réfléchir en amont à la mise en place de projets d’open data privé, et à la réglementation nécessaire pour que chaque partie prenante s’y retrouve.

 

Aujourd’hui, les nouvelles générations attendent des entreprises qu’elles aient un impact sur la société, à défaut de faire confiance au politique, et demandent de plus en plus de transparence de la part des grands groupes. À l’image d’un État qui offre plus de transparence à ses citoyens en utilisant l’open data, l’entreprise pourra donner la preuve de ses actions et aider à résoudre de grands enjeux pour la société. Plus qu’une simple transparence, il y a une réelle opportunité d’engagement pour les entreprises : quelles données pertinentes peuvent aider à répondre aux enjeux sociétaux ? Les données des entreprises pourront, par exemple, servir les associations environnementales.

 

Si les entreprises peuvent être réticentes à l’idée de partager leurs données avec la concurrence, ce risque est toutefois très limité. En effet, chaque entreprise choisit le jeu de données qu’elle souhaite partager et peut donc l’orienter dans son propre intérêt.

 

Un accompagnement nécessaire

Pour que l’open data privé devienne un standard, le rôle des experts de la donnée et des cabinets de conseil va être déterminant. Les data scientists vont d’ailleurs être au premier plan par le choix des données et leur interprétation. Les entreprises vont devoir être sensibilisées à l’importance de ces nouveaux enjeux et devront être accompagnées pour dépasser certains freins, comme la crainte technologique et réglementaire.

 

L’accompagnement au changement doit se faire auprès de la direction, mais aussi auprès des métiers. Pour que l’entreprise puisse saisir pleinement les opportunités de l’open data, tous, décideurs et opérationnels, doivent partager la conviction que cette ouverture est indispensable pour la transformation de l’entreprise.

 

S’ouvrir aux opportunités offertes par la technologie, aux autres entreprises et à l’innovation nous permet d’inventer et de construire demain. Dès aujourd’hui.

 

Gérard Barbosa, directeur général de Talan Solutions, entité solutions du groupe Talan

 

Les avis d'experts sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Digitale.

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