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BigBlock Datacenter, le Français qui chasse l'énergie verte pour miner du bitcoin

L'entreprise nantaise, créée en 2017, a lancé une levée de fonds pour financer un nouveau parc de fermes de minage sur plusieurs continents, proche des sources d'énergies renouvelables surcapacitaires. Elle espère réunir jusqu'à 40 millions d'euros.
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BigBlock Datacenter, le Français qui chasse l'énergie verte pour miner du bitcoin
Une ferme de minage opérée par le canadien Hut 8. © Hut 8

Sébastien Gouspillou pourrait être une star montante de la French Tech si le Bitcoin avait moins mauvaise presse. L'entrepreneur a fondé BigBlock Datacenter (BBDC) en 2017 dans la région de Nantes, une société spécialisée dans le minage de Bitcoin qui était installée dans l'ancienne usine Alcatel. Il est depuis devenu une star du déminage quand il s'agit de défendre la cryptomonnaie de référence sur l'argument de sa consommation énergétique.

Le 9 février, il a lancé un appel à souscription dans le but de lever 25 à 40 millions d'euros pour un projet de fermes de minages "vertes" clés en mains situées un peu partout à travers le monde. Pour cela, une nouvelle société a vu le jour, BigBlock Green Service (BBGS).

Les fonds levés serviront à acheter le matériel de minage. BBDC se charge pour ses clients – de riches particuliers pour l'essentiel – de commander les machines, et dispose d'accords avec ses partenaires hébergeurs pour leur installation et leur maintenance. Un "mineur" est vendu un peu moins de 14 000 euros. Il ne s'agit pas d'un service de location de capacités existantes (cloud mining), car les clients sont propriétaires de leurs machines qui, une fois installées, font leur travail toutes seules.

L'énergie, le nerf de la guerre
Mais surtout, BBDC achète et revend des mégawatts. Car l'énergie, c'est le nerf de la guerre dans l'économie des cryptomonnaies. Toute la rentabilité de l'activité repose sur le prix de revient de l'électricité, car la société se rémunère sur les frais (15%) qu'elle prélève lors de la création de nouveaux bitcoins. Elle n'a aucun revenu fixe.

Aujourd'hui, le parc de BBDC se trouve au Kazakhstan et au Congo, où elle fait payer 0,05 euro le kW/h, ce qui revient à environ 100 dollars d'électricité par machine et par mois, et se rentabilise au hashrate actuel (niveau de puissance de calcul nécessaire à la création d'un nouveau bloc sur la blockchain Bitcoin) en 18 à 20 mois.

"En France, l'électricité coûterait cinq fois plus cher", souligne
Sébastien Gouspillou, qui utilise les surplus de la production hydroélectrique locale. Ce qui ne veut pas dire que le minage est impossible en France, selon lui. "L'été, en journée, une partie du parc de centrales nucléaires français ne tourne pas, et EDF a besoin de 2 milliards d'euros de recapitalisation", justifie-t-il.

900 mégawatts dans une quinzaine de pays
La prochaine étape, pour l'entreprise, est d'étendre son parc à travers le monde en offrant aux clients de BBGS les sources d'énergie les moins chères. Trois années de prospection et de constitution d'un réseau dans les ministères de l'énergie lui ont permis d'identifier un "gisement" total de 900 mégawatts dans une quinzaine de pays (notamment en Afrique équatoriale, à Oman, au Salvador et au Tadjikistan), issus de surplus géothermiques et hydroélectriques.

BBGS compte aussi exploiter les gaz de torchères, des rejets polluants issus de l'exploitation du pétrole et du gaz naturel, pour les transformer en électricité en installant des conteneurs de minage directement à la source. Cela permettrait aux pétroliers de monétiser leur gaz de décharge même si les infrastructures du pays sont insuffisantes.

Exploiter les surcapacités
"Il y a des surcapacités énormes dans le monde, explique Sébastien Gouspillou, qui conseille notamment le gouvernement salvadorien sur sa politique de minage. Les énergéticiens ont compris que Bitcoin serait encore là dans dix ans, et ont pris conscience de cette opportunité. De plus, de nombreuses compagnies d'électricité verte sont au bord du dépôt de bilan." Selon une étude du Bitcoin Mining Council, les énergies renouvelables feraient fonctionner à l'heure actuelle 56% du minage mondial. Une part qui devrait augmenter, ne serait-ce qu'en défensif pour contenter les régulateurs, qui freinent le développement de la cryptomonnaie. 

En fait, BBGS exploite l'ensemble des failles du système : pollueurs-payeurs en mal de greenwashing, projets d'énergies renouvelables mal dimensionnés ou mal servis par les infrastructures locales, recherche de rendement à tout prix de la part des mineurs… Une somme d'intérêts individuels qui aboutirait à la satisfaction de l'intérêt général. Grâce à cette stratégie, l'entrepreneur espère rallier des grandes entreprises de l'écosystème Bitcoin (exchanges, investisseurs…). La diversification internationale lui permettra par ailleurs de lisser les risques géopolitiques (au Kazakhstan, sa production a été arrêtée plusieurs jours pendant la récente coupure d'Internet).

Petit poucet du minage avec selon ses dires 0,15% des capacités mondiales, BigBlock ambitionne également de créer une coopérative française de minage "pour avoir une force de frappe plus importante et des récompenses plus linéaires". Car plus la capacité est grande, plus la probabilité de créer des nouveaux blocs est élevée. En attendant, l'entreprise espère continuer sur sa lancée. Elle indique avoir multiplié par six son chiffre d'affaires l'année dernière, mais n'a pas souhaité nous communiquer son montant exact.

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