Bilan des levées de fonds en 2022 : une French Tech résiliente, des investisseurs plus prudents

Malgré la conjoncture, 2022 est une année record pour les entreprises de la French Tech avec près de 14 milliards d'euros de fonds levés. Mais elles vont à présent devoir composer avec des investisseurs attentistes privilégiant la rentabilité plutôt que l’hypercroissance.

 

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Bilan des levées de fonds en 2022 : une French Tech résiliente, des investisseurs plus prudents

Le contexte macro-économique incertain qui a marqué 2022 (guerre en Ukraine, inflation, crise de l’énergie) a refroidi les investisseurs. Mais les start-up françaises se sont montrées jusqu’à présent pour le moins résilientes face à la crise que les États-Unis, la Chine et certains autres pays européens ont subi de plein fouet.

13,7 milliards d’euros levés, un record

La French Tech s’en tire bien. Elle est même parvenue à battre un record avec 13,7 milliards d’euros de levées de fonds en 2022 selon le baromètre de la société de conseil en fusions-acquisitions Avolta Partners, soit une croissance de 11% par rapport à l’année précédente. Les deux plus gros tours de table (500 millions d’euros chacun) ont été attribués à Doctolib et Ecovadis.

source : Avolta Partners

La France revient ainsi à la deuxième place en Europe avec 19% du montant total des investissements européens, derrière l’Angleterre, qui cumule 21,6 milliards d’euros de levées de fonds, celles-ci ayant tout de même baissé de 20%.

Les fonds d’amorçage et de série A représentent 90% des transactions. "L’ajustement sur les valorisations, qui a démarré sur le segment du late stage au début 2022, se propage à l’early stage depuis la fin de l’année. L’incertitude sur les valorisations contribue à diminuer le nombre d‘opérations, certaines sociétés préférant décaler (lorsqu’elles en ont la possibilité) leur tour de table plutôt qu’acter une valorisation flat ou un down round", explique le Baromètre des levées de fonds d’In Extenso et ESSEC Business School.

Pour la première fois depuis 2017, les acquéreurs français sont aux manettes de plus de 50% des opérations, tant en volume qu’en valeur. Les américains et les britanniques se sont en revanche beaucoup moins positionnés cette année.

source : Avolta Partners

Les investisseurs lèvent le pied

Mais malgré une année tout à fait correcte, la décrue amorcée au 3ème trimestre 2022 s’est poursuivie sur le 4ème avec seulement 1,8 milliard d’euros de collecte totale.

L’année est également assez décevante pour la French Tech en termes de sorties : elles ont retrouvé leur tendance de long terme de 5 milliards d'euros de valeur totale annuelle des opérations, la principale étant attribuée à la plateforme de streaming Deezer.

"Les investisseurs attendent désormais de leurs participations qu’elles atteignent rapidement une rentabilité (…), ce qui commence à se traduire par des premiers plans de licenciement y compris au sein de sociétés ayant récemment levé des fonds substantiels", indique le rapport.

La rentabilité plutôt que l’hypercroissance

Après une période post-Covid pendant laquelle les investisseurs ont été très dynamiques et généreux, enchaînant les levées aux montants exorbitants, il semble que la tendance soit à la mesure. Pour Maya Noël, directrice générale de France Digitale, "cette période va permettre à la French Tech de sortir de l’hypercroissance, qui était aussi très difficile pour les opérationnels. Nous rencontrons notamment des RH qui, s’ils vont certes avoir une année pleine de challenges, voient le bon côté des choses : recruter 20 personnes au lieu de 200, ça reste de la croissance, mais ça permet de travailler différemment."

Par ailleurs, les critères à impact comme la politique ESG des entreprises (le fait qu’elles s’inscrivent dans une trajectoire de décarbonation par exemple), comptent de plus en plus pour les investisseurs. "Si je devais donner des conseils aux entrepreneurs dans ce contexte, c’est de travailler sur un temps plus long (pas avec des levées de fonds tous les 18 mois), et de mettre en place des trajectoires de rentabilité et d’impact", poursuit Maya Noël.

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