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Bilan : Un an après son lancement, où en est le plan quantique national ?

Début 2021, le président de la République annonçait un ambitieux plan national de développement des technologies quantiques. Un an plus tard, qu'a-t-on accompli, et quelles sont les prochaines étapes ?
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Bilan : Un an après son lancement, où en est le plan quantique national ?
Bilan : Un an après son lancement, où en est le plan quantique national ? © Unsplash

Un an après l'annonce du plan quantique par Emmanuel Macron, quelles actions ont été accomplies ? La plus importante est sans doute la validation du programme et équipement prioritaires de recherche (PEPR) quantique, qui a eu lieu fin septembre avec un montant de 150 millions d'euros à la clé.

Les choses avancent à bon rythme. "Le premier appel à projets mené dans le cadre du PEPR, sur le thème des 'qubits volants', sera ouvert dès la semaine prochaine et les autres suivront peu après, nous précise Neil Abroug, coordinateur national pour la stratégie quantique. Quant aux neuf premiers projets sélectionnés en amont, ils sont en phase de contractualisation."

L'enjeu stratégique de la formation des talents
Autre point majeur : l'ouverture le 16 décembre d'un appel à manifestation d'intérêt de 60 millions d'euros relatif à la formation. Il va de la licence jusqu’au doctorat et couvre des domaines comme la physique, l’informatique, l’ingénierie de formation, les contenus digitaux type MOOC. Il pourra également concerner les formations entrepreneuriales pour y faire de la sensibilisation aux enjeux des technologies quantiques. La première date de relève aura lieu fin février, avec une seconde session au printemps. Cependant, Neil Abroug souligne qu'il faut un maximum de positionnements dès février de la part des établissements pour s'assurer de ne pas rater la rentrée 2022.

A noter qu'une expérimentation pilote a déjà été financée par le Plan d'investissement d'avenir à hauteur de 3 millions d'euros sur les sites Paris, Saclay et Grenoble. "Nous n'avons pas voulu perdre de temps, donc nous avons discuté directement avec ces trois pôles, qui regroupent la majorité des étudiants dans le quantique en France", pointe Neil Abroug. Chaque site s'est vu attribuer un million d'euros, dont la majorité va vers des bourses de thèse, mais qui peut aussi financer des bourses de master, universités d’été ou modules d’introduction au quantique.

Préparer la maturation des futures innovations de rupture
Un autre appel à manifestation d'intérêt, de 15 millions d'euros cette fois-ci, a aussi été publié le 16 décembre. Il concerne la maturation et prématuration des technologies de calcul et de capteurs quantiques. Il part d'un constat simple : il est impossible de prédire quelles avancées fera la recherche fondamentale d'ici deux ou trois ans. En conséquence, si une innovation de rupture naît du PEPR Quantique, il faudra pouvoir l'accompagner dans sa valorisation, son développement par la création d'une start-up, son association potentielle à un industriel...

Le souhait est donc de pouvoir s'appuyer sur les structures de maturation françaises telles que le start-up studio du CEA pour aider d'éventuels projets entrepreneuriaux ou transferts de technologie, avec des tickets allant de 200 à 700 000 euros suivant la phase dans laquelle se trouve l'innovation concernée. "Typiquement, lorsque la mission parlementaire a rendu son rapport, Alice & Bob et C12 Quantum Electronics n'existaient pas", rappelle Neil Abroug. Tout comme elles, d'autres pépites émergeront au fil des ans et devront être rapidement accompagnées.

Une plateforme nationale de calcul quantique hybride
Début janvier, le gouvernement a confié au GENCI, au CEA et à INRIA la mission de mettre en place une plateforme nationale de calcul quantique hybride pour un budget de 72 millions d'euros. Hébergée au Très Grand Centre de Calcul du CEA-DAM, elle doit favoriser l'émergence d'un écosystème autour des technologies quantiques. L'écosystème regroupe laboratoire de recherche, start-up et industriels, qu'ils soient implantés en France ou ailleurs.

Coopération internationale
La France a signé en septembre un accord de collaboration avec les Pays-Bas au vu des complémentarités fortes entre les deux écosystèmes. L'objectif est de créer des synergies européennes, qui commencent au niveau scientifique mais peuvent se poursuivre au niveau industriel. Exemple récent : la fusion de Pasqal et Qu&Co pour créer le premier acteur européen "full-stack".

Par ailleurs, une coopération bilatérale a été décidée avec les Etats-Unis en décembre 2022. Elle doit porter sur les applications du calcul quantique, la mutualisation des infrastructures, les réseaux de communication quantique, l’hybridation du calcul classique et quantique et le développement de standards. L’ambition du gouvernement est d'avoir une déclaration commune sur un accord de coopération (comme avec les Pays-Bas) en 2022.

Déjà des projets pour 2022
Les efforts pour déployer la stratégie du plan quantique ne faibliront pas en 2022. "Nous allons essayer de lancer dans les deux mois qui viennent un appel à projets sur la cryptographie post-quantique", confie Neil Abroug. A mesure que le calcul quantique se rapproche d'une utilisation concrète, il devient nécessaire de prévoir des méthodes de protection des données capables d'y résister, car c'est en effet l'une de ses applications les plus stratégiques (démontrée par le mathématicien Peter Shor en 1994).

"La valeur ajoutée est dans la qualité de l’implémentation, car même si cela ne changera pas fondamentalement nos infrastructures, pallier l'émergence du quantique demander plus de ressources, calcul ou mémoire", précise le coordinateur national pour la stratégie quantique. Nos champions nationaux (Gemalto, Cryptonext, Thales, Atos…) doivent s'emparer du sujet.

Deuxième grand sujet : le lancement d'un "grand défi" concernant le passage à l'échelle de l'ordinateur quantique. L'enjeu est de maîtriser au cours de cette décennie un ordinateur quantique disposant de plusieurs milliers de qubits, c'est-à-dire qui puisse être utilisé pour des applications réelles. Enfin, des actions seront menées pour les technologies habilitantes du quantique : la cryogénie et le laser, qui sont stratégiques.

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1 commentaire

HUET Jean-Marie
25/01/2022 11h04 - HUET Jean-Marie

Article très intéressant, l'ordinateur quantique sera certainement le futur écosystème de demain. Bien sûr, le "grand défi" sera le passage à l'échelle de l'ordinateur quantique facilement utilisable (fabrication d'une grande quantité de qubits,....,amélioration de la cybersécurité). Très cordialement.

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