Actualité web & High tech sur Usine Digitale

Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

Bosch ne veut pas laisser Google et la Silicon Valley seuls sur le terrain de la connectivité

Le président du directoire de Bosch, Volkmar Denner, l'a réaffirmé lors de la présentation des résultats du groupe le 29 avril : Google et la Silicon Valley ne peuvent pas bénéficier seuls de l'Internet des objets et du véhicule connecté.

Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Bosch ne veut pas laisser Google et la Silicon Valley seuls sur le terrain de la connectivité
Bosch ne veut pas laisser Google et la Silicon Valley seuls sur le terrain de la connectivité © D.R. - Bosch

"Les hommes politiques comme les industriels doivent saisir les opportunités qu'offrent la connectivité. Nous ne pouvons pas laisser la Silicon Valley seule à en bénéficier". Volkmar Denner, président du directoire de Bosch, s'est montré très clair lors de la présentation des résultats annuels du groupe le 29 avril. Bosch a en effet réalisé en 2014 plus de 37 milliards d'euros de chiffre d'affaires dans les départements "Mobility Solutions" et "Consumer Goods", deux secteurs où la connectivité est omniprésente. Pour continuer de tirer profit de ces technologies, l'équipementier allemand a mis en place une stratégie pour faire de Google et des acteurs de la Silicon Valley un partenaire, un client, mais pas un croqueur de business. "On ne peut pas séparer la connectivité et l'automatisation du véhicule. Dans ce domaine, le potentiel de croissance se chiffre en centaines de millions d'euros" estime Volkmar Denner.

Capteurs pour l'automobile

Pour entrer dans la connectivité, Bosch s'est d'abord appuyé sur son savoir-faire dans les capteurs pour l'automobile, l'un de ses savoir-faire historiques. Bosch est en effet l'un des premiers à avoir développé l'ABS et l'ESP. Aujourd'hui, le mouvement est inverse. Depuis dix ans, le groupe produit en effet aussi des capteurs et puces pour les téléphones portables. "Nous apprenons beaucoup de nos savoir-faire dans les puces développées dans les smartphones pour mettre au point les capteurs de pression ou les MEMs (microsystème électromécanique,ndlr) présents dans un moteur, explique un ingénieur de l'équipementier. Les temps de développements courts de l'électronique nous servent par exemple dans l'automobile".

Usine de semi-conducteurs

A Reutlingen, à une trentaine de kilomètres de Stuttgart, le groupe a installé depuis 2010 une usine de semi-conducteurs flambant neuve, qui tourne 24 heures sur 24: la Wafer Fab (les wafer sont des plaques de semi-conducteurs). Chaque jour, cinq millions de capteurs ou super-calculateurs MEMs sortent de ses murs blancs. Tout est propre et silencieux. Les conditions de production sont drastiques: un seul étage abrite les ateliers en chambre propre, au milieu du bâtiment. A l'étage du dessous sont installés les ventilateurs qui évacuent les particules et recyclent l'air. "Le bâtiment a été conçu pour ne pas subir les vibrations du vent, de la route toute proche ou de la voie ferrée, poursuit Ulricke Lang, ingénieur à Reutlingen. Les plaques des semi-conducteurs sont très fines, une poussière ou une vibration peuvent les endommager ou les briser".

Les 700 ingénieurs et techniciens de chaque équipe travaillent donc dans des vêtements spéciaux, avec combinaison, gants et masque. Presque toutes les opérations sont automatisées, car l'usine produit des capteurs pour des usages et secteurs très variés. A chaque nouvelle série doivent donc être appliquées les bonnes étapes de fabrication.

Un capteur, plusieurs fonctions

Ce savoir-faire très onéreux (l'usine a coûté plus de 600 millions d'euros) ouvre à Bosch de nouveaux marchés. Les MEMs peuvent aujourd'hui contenir quatre fonctions, indispensables pour les objets connectés. Ces outils le seront aussi dans le véhicule autonome, qui doit analyser simultanément les données de la route, de la cartographie et des voitures qui l'entourent. Bosch compte aussi s'appuyer sur les capteurs déjà présents dans le véhicule pour l'automatiser. "Pour améliorer les cartes, qui en l'état ne suffisent pas au véhicule autonome, on peut par exemple s'appuyer sur les capteurs d'un ABS, un des produits phare de Bosch, expose Rolf Bulander, membre du directoire en charge du département "Mobility Solutions", le nouveau nom du département automobile. En travaillant sur les différentiels de vitesse entre les roues, on peut déterminer la nature de la route, et donc affiner une carte GPS".

Collecte et traitement des données

Ce genre d'initiative demande d'activer deux grandes compétences : l'exploitation des données du véhicule et la conception de logicie Bosch travaille ainsi sur la collecte de données des véhicules, mais aussi sur leur exploitation, pour ne pas laisser des tiers spécialiste des services les utiliser. C'est le cas du System Drivelog, qui combine collecte et rendu des données aux clients, via une application. "Le conducteur peut ainsi suivre au plus juste le coût d'usage de son véhicule", explique Markus Holtz, senior manager en charge des ventes de Mobility Media, une filiale de Bosch qui a travaillé sur Drivelog. Le 29 avril, Volkmar Denner a réaffirmé que Bosch était aussi une société du logiciel, avec 15 000 ingénieurs travaillant uniquement sur leurs développements.

Savoir-faire mécanique et open-source

L'équipementier a notamment fait le choix de plates-formes ouvertes, sur lesquelles des partenaires peuvent venir travailler, en particulier pour l'internet des objets. "Nous contribuons aussi au projet de communauté open source Éclipse", rappelle Volkmar Denner. "Sur le véhicule autonome, Bosch fournit le CCU, l'outil permet de connecter le véhicule, dispose d'un cloud pour recueillir les données et peut aussi proposer les services. Bosch met ainsi en place des services pour les flottes par exemple", ajoute Rolf Bulander.

Google : "un client dans l'automobile, un concurrent dans les objets connectés"

D'équipementier automobile, Bosch dérive donc vers le fournisseur de services de mobilité. De quoi proposer des alternatives aux outils des GAFA. "Google est un de nos clients dans l'automobile, c'est un concurrent dans les objets connectés, notre relation est sophistiquée mais compliquée, reconnaît Volkmar Denner. Si on ne peut pas faire sans eux, nous contrôlons mieux le développement concret des objets, à côté de notre savoir-faire en matière de software". C'est notamment vrai dans l'automobile. Bosch est rompu au développement de capteurs qui résistent aux températures extrêmes des moteurs, à l'humidité ou la pression, mais sait aussi développer les logiciels qui les pilotent. L'allemand fournit d'ailleurs des capteurs radars, des moteurs électriques ou des éléments de direction pour la flotte de véhicules tests de Google.

Cinq milliards d'euros investis en R&D

L'année dernière, Bosch a investi cinq milliards d'euros en R&D, pour un chiffre d'affaires de 49 milliards d'euros. La production de l'usine de Reutlingen, la seule dans le groupe à produire les MEMs, augmentera cette année, passant de 900 wafer par jour à plus de 1000. Le groupe se dit ouvert à des acquisitions pour renforcer ses compétences techniques.

Pauline Ducamp, à Stuttgart

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media
Suivez-nous Suivre l'Usine Digitale sur twitter Suivre l'Usine Digitale sur facebook Suivre l'Usine Digitale sur Linked In RSS Usine Digitale