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Carrefour : 2,8 milliards d'euros pour devenir omnicanal

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Alexandre Bompard a présenté ce mardi 23 janvier son très attendu plan de transformation baptisé "Carrefour 2022". Il prévoit une multiplication par six des investissements dans le numérique, une inflation des drives, une batterie de partenariats dont une alliance stratégique avec le géant chinois Tencent mais aussi d'importantes suppressions de postes dans les sites du siège pour réduire les coûts structurels du groupe. 

Carrefour veut devenir un géant de l'omnicanal, voici comment
Carrefour : 2,8 milliards d'euros pour devenir omnicanal © Carrefour

Nouveaux concurrents, nouvelles attentes des clients et modification des comportements alimentaires… Le modèle de la grande distribution est chahuté par trois profondes mutations. "Ces chocs sont d'une magnitude exceptionnelle, d'autant plus pour Carrefour qui a tardé à en prendre la mesure et à les intégrer au sein de sa stratégie. Nous avons été plus attentifs à la relation fournisseur qu'au contrôle de notre offre. Le digital ne nous a pas permis de nous rapprocher de nos clients. Notre échec dans le drive en est un exemple". Ce mardi 23 janvier 2018, lors de la présentation de sa très attendue feuille de route, Alexandre Bompard, le nouveau PDG du groupe Carrefour, s'est d'abord prêté à un exercice d'humilité en récapitulant les failles du géant de la distribution. Il a ensuite exposé, avec conviction, son plan d'attaque.

 

Les investissements dans le numérique multipliés par six

Sans surprise, celui-ci s'articule autour de l'omnicanalité. "La mise en place d'un écosystème omnicanal est une condition indispensable à notre croissance future", a martelé le nouveau patron du distributeur. "Le client doit être dans un même univers, qu'il soit en ligne ou en magasin. C'est comme ça qu'il devient plus fidèle". Cette  ambition s'accompagne de moyens. Carrefour va investir 2,8 milliards d'euros d'ici 2022 dans le digital. "Cela représente 560 millions d'euros par an. C'est six fois plus qu'aujourd'hui", a souligné l'ancien patron de Fnac Darty.

Au moins 2400 suppressions de postes
Le plan de transformation de Carrefour passe par la suppression de 2400 postes via un plan de départs volontaires. "Il n'y aura pas de départ contraint", a insisté Alexandre Bompard. Ces suppressions concernent les fonctions au sein des sites siège du groupe (10 500 au total). "La taille de nos sièges est démesurée par rapport à celle de nos concurrents. Simplifier notre organisation est un impératif. Nous avons 12 sites de siège en Ile-de-France. Il nous faut rationnaliser ces implantations", a poursuivi le nouveau PDG du distributeur. Cela se traduira par la fermeture du site de Boulogne (92) qui rejoindra celui de Massy (91) en 2019 et par l'abandon d'un projet de nouveau siège en Essonne. La mise en œuvre de ce plan de départs volontaires se déroulera entre l'été 2018 et le début de l'année 2019.
A ces 2400 suppressions de postes dans les sites siège, pourraient s'ajouter d'autres suppressions d'emplois puisque Carrefour prévoit de se séparer de 273 ex-magasins Dia, qui constituent des "foyers de pertes massifs". La priorité sera donnée à la recherche de repreneurs, mais dans les cas où il n'y aurait pas de repreneurs, Carrefour fermera les magasins concernés et privilégiera le reclassement au sein du groupe pour chaque suppression de poste. Les 273 ex-magasins Dia représentent environ 2100 collaborateurs.

 

Comment cette enveloppe sera ventilée ? Une partie sera consacrée à la création d'un portail e-commerce unique Carrefour.fr, contre huit sites marchands aujourd'hui et 14 applications… Cette volonté d'unité mettra un terme à la marque Ooshop. Pour mener à bien cette mission, Carrefour se fera accompagner par l'entreprise Sapient, filiale du groupe Publicis spécialisée dans la transformation digitale.

 

170 nouveaux drives et des livraisons sur mesure

Cette enveloppe financera également l'ouverture de 170 nouveaux drives dès 2018 et la création d'un outil logistique hautement automatisé. Le distributeur prévoit aussi de transformer, dès 2019, plus de 50% de ses magasins en points de click & collect. Autre champ de bataille : les services de livraison. Carrefour officialise ce jour un partenariat avec Stuart, la filiale de La Poste spécialiste de la gestion du dernier kilomètre. La livraison en une heure sera étendue à 10 villes supplémentaires et la livraison à domicile sur rendez-vous sera déployée dans 26 villes.

 

Le géant chinois Tencent comme allié

Mais le partenariat le plus significatif a été conclu en dehors des frontières de l'Hexagone. Alors qu'Auchan s'est récemment rapproché d'Alibaba, Carrefour a officialisé une alliance stratégique avec le géant chinois Tencent, derrière l'application Wechat utilisée par un milliard de personnes chaque mois. Carrefour entend profiter de l'expertise en data et en marketing de Tencent pour enrichir ses données, personnaliser ses offres et migrer sur le mobile. Au menu également, le déploiement de systèmes de paiement et de crédit avec Webank (banque en ligne lancée par Tencent). "Ce partenariat va nous permettre de jouer un rôle de premier plan en Chine dans le e-commerce alimentaire", a affirmé Alexandre Bompard. Il est couplé à une prise de participation de Tencent et de Yonghui, distributeur spécialiste du frais et des petits formats en Chine, dans le capital de Carrefour Chine. Objectif : créer des magasins de proximité du futur.

 

5 milliards d'euros de CA dans le e-commerce alimentaire

Grâce à l'ensemble de ces initiatives, le distributeur tricolore entend porter à 5 milliards d'euros son chiffre d'affaires dans le e-commerce alimentaire en 2022, contre 1,2 milliard d'euros de volume d'affaires en 2016 pour les activités e-commerce alimentaires et non alimentaires. "Nous voulons devenir le leader du e-commerce alimentaire sur nos marchés en 2022 avec une part de marché en France supérieure à 20%", a précisé le patron du distributeur. Pas d'objectifs chiffrés sur le e-commerce non alimentaire mais Carrefour compte poursuivre sa politique d'"associations pragmatiques et stratégiques" à l'image de la récente prise de participation dans Showroomprivé.

 

La blockchain au service d'une alimentation de qualité
Si Carrefour multiplie les faiblesses dans le numérique, il y a en revanche un point où il n'a pas pris de retard. Le distributeur a d'ores et déjà déployé la technologie de la blockchain pour assurer la traçabilité de sa filière aviaire. Carrefour serait d'ores et déjà en mesure de retracer tout le parcours du poulet, de son lieu d'élevage à son lieu d'abattage en passant par son alimentation et les soins qu'il a reçus. Carrefour prévoit de généraliser l'utilisation la blockchain à l'ensemble de ses filières.
Toujours en matière de numérique, Carrefour prévoit de porter à 50% ses investissements marketing dans le digital à l'horizon 2022, contre seulement 8% aujourd'hui. Là encore, Alexandre Bompard partage sans tabou les faiblesses de Carrefour dans la gestion des données. "Nous avons des bases de données exceptionnelles, mais pour tirer parti de ce volume nous devons les harmoniser". Le distributeur entend ainsi revoir en profondeur ses programmes de fidélité, proposer une politique d'abonnement attractive et placer le mobile au cœur de cette stratégie via une nouvelle application Carrefour Pay, dont le déploiement en France est prévu en 2018.

 

Pas de transformation sans mobilisation humaine

Derrière ces rêves d'omnicanalité, Carrefour ambitionne de devenir "le leader mondial de la transition alimentaire" et de laisser au vestiaire l'image du leader de la consommation de masse. Pour transformer cet essai, les investissements, les partenariats et le déploiement de nouveaux outils technologiques ne suffiront pas. Alexandre Bompard et le Comex devront également relever le défi de la mobilisation générale des équipes autour d'un nouveau projet d'entreprise. Un challenge qu'avait habilement relevé La Redoute mais qui à l'échelle d'un groupe comme Carrefour (près de 400 000 collaborateurs dans 33 pays) prend une toute autre dimension.

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2 commentaires

Moncaut Fabrice

23/01/2018 17h04 - Moncaut Fabrice

Tout d'abord bravo à Mr Bompard pour développer aussi rapidement un vision moderne d'une belle maison, en remettant le consommateur au sein d'un dispositif global. L'expérience de ce dernier doit être unique, et la dimension omnicanale permet de recréer cette attractivité, ce liant avec la marque. Les enjeux du digital évoluent à la Vitesse grand "V", à travers l’omniprésence du mobile, il suffit de lever la tête dans le métro ! Il faudra donc être innovant tout en étant smart, d'autant que les Google Home et Amazon Alexa, et d'autres IOT, vont prendre leur marque dans les habitations et vont annoncer d'autres révolutions.

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Jdfor

27/01/2018 11h32 - Jdfor

Comme c'est extraordinaire de prophéties auto-réalisatrices, et c'est vrai qu'il n'est plus nécessaire de faire un métier dans l'informatique car le "cerveau" des anciens du métier est totalement sclérosés et ne comprennent rien comme moi qui est du métier et en plus dans des SSII qui font du digital. On voit que la Redoute a fait des étincelles...et est à peine rentable, malgré leur "révolution digital"...sauf a que le consommateur donne comme d'habitude le coup de pied de l'âne qui n'est absolument pas attendu...et que beaucoup de bases dans le monde et pas que chez Carrefour sont pas mal vérolées...mais du pognon il y en a pour voir venir! Je fait une totale confiance à Monsieur Bompard pour bruler du cash ! Ce n'ai pas une raison pour ne rien faire dirait le spécialiste de algorithme juteux !

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