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Casino présente à son tour un magasin autonome, BlackBox, mais sans application ni caméra

Reportage Exploité sous enseigne Monop’, BlackBox est la nouvelle démonstration en matière d’innovation digitale du groupe Casino. Il diffère de la technologie Just Walk Out d'Amazon par l’absence d’application mobile et de caméras. Mais la simplicité du dispositif révèle certaines faiblesses. 
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Casino présente à son tour un magasin autonome, BlackBox, mais sans application ni caméra
Casino présente à son tour un magasin autonome, BlackBox, mais sans application ni caméra © Monop'

Avec BlackBox, Casino devient le premier distributeur français à présenter officiellement son concept de magasin automatisé. Avant ses concurrents – Carrefour, Auchan et Intermarché sont également sur le coup – le distributeur a révélé à la presse ce 8 octobre son container automatisé, réalisé par la société Hexagone, et situé au siège social de Monoprix, rue Marc Bloch à Clichy.

"Ce projet, construit de A à Z en interne, est une étape supplémentaire pour la fluidité du parcours client", résume en introduction Martin Calmels, directeur de l’innovation du groupe Casino. "Il marque l’ambition de tester une technologie qui rend les clients autonomes dans ce parcours", ajoute Lorraine Gentin, directrice adjointe. Pour cela, Casino s’est tout de même appuyé sur des partenaires technologiques : l’Israélien Shekel Brainweigh pour les capteurs, ainsi qu’Ingenico, le LAB by CB et Oreka, une société réunionnaise qui édite des logiciels d’encaissement open source.
 


300 références et 800 m²
C’est d’abord à Amazon Go et à sa technologie Just Walk Out que l’on pense. BlackBox a été éprouvé, comme son modèle américain, auprès des collaborateurs de l’enseigne. Quelques semaines de tests pour vérifier le fonctionnement de cette boutique entièrement autonome de 18 m², et accessible 24h/24 et 7 jours sur 7. Comme Amazon Go – mais aussi comme Boxy, que L’Usine Digitale a pu tester en septembre – l’offre est réduite, avec 300 références composées de snacking salé et sucré, ainsi que de produits d’hygiène, comme du gel hydro-alcoolique et du déodorant. Une offre calibrée sur les produits de dépannage, sans personnel ni caisse enregistreuse.
 

 


La comparaison s’arrête là. C’est l’absence d’application qui surprend. Contrairement aux autres magasins automatisés, l’entrée dans le container se fait après avoir présenté sa carte bleue, avec ou sans contact. On peut aussi entrer en scannant son smartphone via Apple Pay et Google Pay. On se sert ensuite dans les rayons – les achats étant plafonnés à date à 30 euros pour le paiement sans contact – puis avant de sortir, un écran tactile affiche les produits achetés. Il suffit de valider la commande et, si on le souhaite, recevoir la facture en inscrivant son email. C’est fini.
 


Pas de caméras mais des capteurs
Autre différence très importante, pas de caméras à l’intérieur. Un dispositif qui permet à la technologie d’être "RGPD compliant", puisque la solution ne se base que sur des capteurs qui, à l’aide de technologies d’intelligence artificielle, identifient les produits prélevés via leurs poids et constituent le panier d’achat.

A notre premier essai, ce parti-pris révèle néanmoins une faiblesse, et non des moindres : un produit étant tombé (seul) d'un rayon, le système va considérer que nous souhaitons l’acheter, et va nous le facturer. Impossible de revenir en arrière, même en ramassant le produit et en le replaçant sur le rayon. Le système doit alors faire l’objet d’une réinitialisation. A notre deuxième essai, nous ne paierons que le produit que nous souhaitons acheter.

Autre limite du système : deux références dont le poids sont très proches pourraient être confondus par les capteurs. Pour pallier le problème, un Coca et un Coca Zéro ne sont par exemple pas implantés côte à côte, contrairement à un planogramme classique. "Nous faisons beaucoup de tests et désormais nous obtenons moins d’1% d’erreurs", affirme Lorraine Gentin.

Alimentation électrique et un réseau 4G nécessaires 
A l’heure du "sans contact", BlackBox répond évidemment aux problématiques sanitaires. Les clients y passent en moyenne moins d’une minute et une seule personne peut y pénétrer. L’absence de personnel et de poste d’encaissement permet des gains de place. L’installation est rapide et nécessite peu de prérequis techniques : une alimentation électrique et un réseau 4G sont nécessaires pour installer le container, qui est doté de trois serveurs. L’approvisionnement se fait quotidiennement d’un magasin de l’enseigne situé à proximité. Contrairement à un magasin, pas de nécessité d’obtenir un permis et pas de coût lié à l’immobilier, ce qui change la donne de la rentabilité.

Le concept a vocation à se développer dans les zones de flux, comme les aéroports et les gares mais aussi les écoles, universités et hôpitaux. Des clients pas forcément récurrents, d’où la conviction pour l’enseigne de ne pas recourir à une application mobile. Se pose cependant la question des commerces de proximité, y compris ceux du groupe Monoprix, qui seront directement concurrencés par ce système. Pour Olivier Régo, directeur de l’enseigne Monop’, "il ne s’agit pas de la même offre et nous estimons qu’il n’y aura pas de cannibalisation".

Un contexte de lancement compliqué
Ce premier container, designé par Dragon Rouge, sera déplacé sur un site encore confidentiel, mais vraisemblablement en région parisienne, et ouvert au grand public dans huit semaines environ. L’enseigne ne précise pas la feuille de route, tout en reconnaissant que l’implantation dans des zones comme les aéroports, très affectées par la crise sanitaire et connaissant une chute du nombre de clients, dépendra des prochains mois. Dragon Rouge précise de son côté que 10 BlackBox vont être déployées d’ici un à deux ans. 

"Nous avons un plan de développement qui est amené à évoluer en fonction de la situation sanitaire, poursuit Olivier Régo. La technologie est appelée à être exploitée dans des magasins traditionnels, notamment auprès des franchisés". Après l’avènement des caisses automatiques, décriés par les syndicats, pas sûr que ces derniers partagent l’engouement très vif du groupe pour les nouvelles technologies. "L’idée est de segmenter un magasin existant en proposant un espace de vente aux horaires classiques et un autre aux horaires décalés. Ou d’utiliser une petite surface jusque-là inexploitable en commerce traditionnel", précise-t-on chez Casino.

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