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Ce qu’il faut savoir sur le scandale Cambridge Analytica qui fait vaciller Facebook

mis à jour le 22 mars 2018 à 10H54
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Suite aux révélations de l’affaire Cambridge Analytica, Facebook vit certainement la pire crise de son histoire. Afin d’influencer les votes des électeurs américains en faveur de Donald Trump, la société incriminée aurait récolté les données personnelles de 50 millions d’utilisateurs du réseau social, entre 2014 et 2015.

Ce qu’il faut savoir sur le scandale Cambridge Analytica qui fait vaciller Facebook
Ce qu’il faut savoir sur le scandale Cambridge Analytica qui fait vaciller Facebook © Facebook

Actualisation du 22 Mars 2018 : Mark Zuckerberg sort du silence

 

Le 4 janvier 2018, Mark Zuckerberg, vraisemblablement plein de bonne volonté, prenait de grandes résolutions pour lutter contre les fake news, bête noire de Facebook : “Nous faisons actuellement énormément d'efforts pour prévenir de mauvaises utilisations de nos outils (...) Si nous réussissons, alors 2018 se terminera sur une bien meilleure trajectoire ". Trois mois plus tard, cela semble bien mal parti pour le réseau social aux 2 milliards d'utilisateurs. Le géant de Menlo Park est, depuis ce week-end, au coeur d’un scandale double-face : interne à l’entreprise mais aussi politique.

 

Que s'est-il passé ?

Samedi 17 mars 2018 au matin, le Guardian et le New York Times publient conjointement une enquête sur une société spécialisée dans le profilage d’électeurs, nommée Cambridge Analytica. Les deux journaux affirment que cette dernière se serait emparée des données personnelles de 50 millions d’utilisateurs de Facebook à des fins politiques.

 

À chaque grand scandale, son lanceur d’alerte. Cette affaire a été révélée par Christopher Wylie, un Canadien de 28 ans aux cheveux teints en rose, qui a “contribué à la fondation de Cambridge Analytica”. Dans les colonnes des deux médias, Christopher Wylie explique avoir travaillé main dans la main avec Aleksandr Kogan, un universitaire russo-américain de la Cambridge University, afin de mettre au point une application tierce permettant de récolter des données personnelles : “Nous nous sommes servis de Facebook pour récupérer les profils de millions de personnes. Nous avons ainsi construit des modèles pour exploiter ces connaissances, et cibler leurs démons intérieurs".

 

En analysant ces données, Cambridge Analytica a eu la possibilité de prédire et d’influencer le vote des électeurs lors de la précédente élection américaine. Dans un communiqué publié le vendredi 16 mars, Paul Grewal, le vice-président et directeur juridique adjoint de Facebook, a annoncé avoir suspendu le compte de Cambridge Analytica : "En 2015, nous avions appris qu'Aleksandr Kogan nous avait menti et avait violé la politique de la plateforme en transmettant les données récupérées sur une application utilisant une interface de connexion de Facebook à Cambridge Analytica". Facebook précise avoir supprimé en 2015 l’application en question et dit “agir vigoureusement pour déterminer la véracité de ces informations”, tout en laissant entendre des poursuites en justice.

 

Lundi 19 mars 2018, le sénateur démocrate Ron Wyden a envoyé un courrier à Mark Zuckerberg - toujours muré dans le silence - afin d'obtenir des précisions concernant le partage des données des utilisateurs du réseau social avec des tiers. Le patron de Facebook a ensuite été invité, mardi 20 mars, à venir s’expliquer devant le Parlement européen par son président lui-même, Antonio Tajani, sur “le fait que les données personnelles ne soient pas exploitées pour manipuler la démocratie”.

 

 

Que sait-on sur Cambridge Analytica ?

Comment les données personnelles d’utilisateurs de Facebook ont pu être utilisées à des fins électorales ? C’est la sauce secrète de Cambridge Analytica. La société anglo-américaine de communication stratégique, filiale du groupe britannique SLC Group, a été fondée en 2013. Pour comprendre le lien de l’entreprise avec la campagne présidentielle de Donald Trump en 2016, il suffit de jeter un oeil à son organigramme passé : le controversé Steve Bannon, ex-éminence grise de Donald Trump, a été son vice-président à ses débuts, et un certain Robert Mercer, milliardaire républicain, l’aurait financée à hauteur de 15 millions de dollars.

 

Cambridge Analytica martèle avoir détruit les données récoltées à l’époque et ne pas les avoir utilisées durant la présidentielle américaine. Son conseil d’administration a fait part, mardi 20 mars, de la mise sur la touche de son patron Alexander Nix pendant toute la durée de l’enquête. Dans une vidéo compromettante filmée en caméra cachée et publiée par Channel 4, on voit Alexander Nix expliquer en détail comment sa société a manipulé des élections politiques (plus de 200) à travers le monde, en “travaillant dans l’ombre”. Il y raconte, entre autres, faire appel à des prostituées ukrainiennes pour déstabiliser des candidats.

 

 

Le New York Times rapporte également que Cambridge Analytica pourrait avoir un lien avec l’affaire de l’ingérence russe. En juin 2016, un mois avant que Wikileaks ne rende publics les emails piratés d’Hillary Clinton, la société anglo-américaine aurait approché Julian Assange pour obtenir ces mêmes courriers électroniques. Une information confirmée par le fondateur de WIkileaks, sur Twitter, en octobre 2017.

 

 

 

Qu'en est-il des données détournées ?

“Les données ont été collectées par le biais d’une application baptisée Thisisyourdigitallife développée par le chercheur Aleksandr Kogan”, détaille le Guardian. “En collaboration avec Cambridge Analytica, des centaines de milliers d’utilisateurs ont été rémunérés pour faire le test de personnalité, tout en autorisant l’accès à leurs données personnelles à des fins académiques”.

 

Au total, 270 000 électeurs américains ont téléchargé cette application, apportant ainsi sur un plateau de précieuses données telles que leur âge, leur profession ou bien les pages qu’ils ont "likées". Ces informations sont une véritable mine d’or pour élaborer ensuite une campagne très ciblée de messages publicitaires sur Facebook. Cette stratégie d’influence démocratique est très bien expliquée dans un second article publié par le Guardian : “sans fouiller dans les messages privés, ni même les photos publiées de Facebook (...) une douzaine de “like” suffisent pour faire un solide pronostic sur le parti pour lequel un utilisateur s’apprête à voter”.

 

Un détournement abusif des accès Facebook

Mais pourquoi parle-t-on de 50 millions d’électeurs américains concernés et non pas de 270 000 ? Car en donnant accès à leurs informations personnelles, les utilisateurs de “Thisisyourdigitallife” ont permis à Aleksandr Kogan de mettre la main sur les données de leurs amis Facebook.

 

En 2012, l’équipe de campagne de Barack Obama a également constitué une base de données d’électeurs américains via les data de Facebook, comme l’explique le Washington Post. À une différence près, et pas des moindres : les spécialistes qui entouraient l’ex-président des Etats-Unis ont profité à l‘époque du laxisme réglementaire de la plateforme, alors qu’Aleksandr Kogan a siphonné des données en faisant croire aux utilisateurs qu’ils participaient à une étude universitaire. Puis il les a transmises à l’entreprise tierce Cambridge Analytica, sans en avertir Facebook.

 

Face aux inquiétudes concernant l'utilisation abusive des données personnelles par des applications tierces, Facebook avait modifié sa politique de confidentialité en avril 2015. Une décision prise juste après le prétendu détournement de données de Cambridge Analytica.

 

Quelles conséquences pour Facebook ?

Le réseau social a tout d’abord vu son titre dégringoler en bourse lundi (- 6,8 %) et a clôturé en plus léger recul mardi (-2,5 %). Pour David Vladeck, l’ex-directeur du bureau de la protection des consommateurs de la Federal Trade Commission interviewé par le Washington Post, “une telle violation, si elle est avérée par la Federal Trade Commission, pourrait entraîner des amendes de plusieurs millions de dollars contre Facebook”.

 

Alors que la première banque nordique Nordea a annoncé, mardi, mettre ses investissements dans Facebook “en quarantaine“, un actionnaire, Fan Yan, a lancé une action de groupe contre Facebook pour “affirmations fausses ou trompeuses” sur la gestion des données personnelles.

 

Une réunion au sommet a eu lieu dans les locaux de Facebook mardi après-midi. Ni Mark Zuckerberg, ni Sheryl Sandberg n’étaient présents, rapporte le Daily Beast. Le site web d'information américain cite un porte-parole du réseau social qui assure que “Mark, Sheryl et leurs équipes travaillent sans relâche pour faire la lumière sur cette affaire et prendre les mesures qui s’imposent”.

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