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Ce que les nouvelles conditions d'utilisation de WhatsApp changent (et ne changent pas) en France

Contrairement à ce qu'il a pu être affirmé, les nouvelles conditions d'utilisation de WhatsApp ne représenteront pas un changement majeur pour les résidents de l'Union européenne, en vertu du RGPD. En d'autres termes, l'application de messagerie ne peut toujours pas partager les données de ses utilisateurs français à Facebook, sa maison-mère. Applicable en dehors de l'UE, cette réforme a pour objectif principal de faire de WhatsApp un canal d'achat pour les PME.  
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Ce que les nouvelles conditions d'utilisation de WhatsApp changent (et ne changent pas) en France
Ce que les nouvelles conditions d'utilisation de WhatsApp changent (et ne changent pas) en France © Pixabay/Arivera

A partir du 8 février 2021, les conditions d'utilisation et la politique de confidentialité de WhatsApp changent. Les deux milliards d'utilisateurs de l'application de messagerie instantanée seront obligés de les accepter, sous peine de ne plus pouvoir utiliser ce service.

Un partage avec les autres entités de Facebook
Ces nouvelles mesures obligent les utilisateurs de WhatsApp à accepter que certaines données – telles que les noms, les images de profil, les numéros de téléphone des utilisateurs et de leurs contacts, le statut indiquant la dernière connexion… – soient partagées avec les autres entités du groupe Facebook, dont Instagram et Messenger. Auparavant, les utilisateurs ne pouvaient pas refuser la collecte, mais pouvaient s'opposer au partage de ces informations.

Précision importante, le contenu des messages échangés (texte, photo, vidéo) reste exclu de ce partage car WhatsApp est une messagerie qui utilise un chiffrement de bout en bout. Ce protocole de communication, en l'occurrence le protocole Signal développé par Open Whisper Systems, permet de s'assurer que seuls l'expéditeur et le destinateur d'un message peuvent le consulter, éliminant toute possibilité d'interception.

Faire de WhatsApp un canal d'achat
Ces nouvelles règles s'inscrivent dans la stratégie B2B de WhatsApp, dont WhatsApp Business constitue le cœur. Lancée en janvier 2018, cette application a pour objectif d'aider les petites et moyennes entreprises (PME) à communiquer plus facilement avec leurs clients. Le but : faire de WhatsApp un canal d'achat et ainsi monétiser ses services. A ce titre, grâce à l'élargissement des données partagées, les applications tierces comme Instagram pourront connaître les noms des entreprises avec lesquels les utilisateurs interagissent et ainsi améliorer leur publicité ciblée.

Alors qu'elles ne les concernent pas directement, ces nouveautés ont semé un vent de panique chez les utilisateurs non professionnels inquiets pour la protection de leurs données personnelles, au point où la messagerie sécurisée Signal s'est retrouvée en tête des téléchargements sur les boutiques d'applications d'Apple et de Google dans certains pays européens, dont la France. Une tendance qui peut surprendre, car les changements opérés par WhatsApp ne concernent pas les utilisateurs résidant dans l'Union européenne, contrairement à ce que certains de nos confrères ont rapporté depuis quelques jours.

Les résidents britanniques ne sont pas non plus soumis à ces nouvelles dispositions, bien que le Brexit soit entré en vigueur, car le RGPD continue de s'y appliquer jusqu'au 1er juillet 2021

Face au RGPD, WhatsApp ne fait pas ce qu'il veut
Soumis au Règlement général sur la protection des données (RGDP), l'application de messagerie doit se plier à certaines règles. La preuve, s'il en faut, que ce texte permet réellement de protéger les internautes européens envers les stratégies des grandes entreprises technologiques, qui ne s'embarrassent pas forcément de la vie privée de leurs utilisateurs.

"Il n'y a aucun changement dans les pratiques de partage de données de WhatsApp dans la région européenne (y compris au Royaume-Uni) suite à la mise à jour des conditions d'utilisation", a certifié un porte-parole de WhatsApp aux Echos. Ainsi, il rappelle que le partage des données entre la filiale et sa maison-mère a été suspendu en 2018 par la Data Protection Commission (DPC), l'équivalent de la Cnil en Irlande, en attendant une conformité avec le RGPD.

En principe, le partage des données personnelles entre une filiale et sa maison-mère n'est pas contraire au RGPD tant qu'il respecte certaines conditions. Comme le rappelle UFC-Que choisir, les utilisateurs doivent notamment être informés et donner leur libre consentement.

Or, en excluant un utilisateur qui refuserait sa nouvelle politique, WhatsApp ne respecte pas les obligations du RGPD. Ainsi, "si le consentement est présenté comme une partie non négociable des conditions générales, l’on considère qu’il n’a pas été donné librement", rappelle le Groupe de travail "Article 29" (G29), l'ancêtre du Contrôleur européen de la protection des données (CEPD).

Quelles répercussions en dehors de l'UE ?
Outre-Atlantique, l'annonce de WhatsApp a également beaucoup fait réagir. Elon Musk, CEO de Tesla, connu pour ne pas porter Mark Zuckerberg dans son cœur depuis un désaccord au sujet des dangers représentés par l'intelligence artificielle, a appelé dans un tweet à télécharger l'application de messagerie Signal. Ce message a été partagé par Jack Dorsey, patron de Twitter, qui ne porte pas non plus Facebook dans son cœur.

Pour continuer à utiliser l'application, les utilisateurs américains sont donc obligés d'accepter que "la famille d'entreprises" de Facebook aient accès à de nouvelles données. Au-delà de la collecte, c'est la réutilisation de ces informations qui inquiètent. "Nous (Facebook, ndlr) pouvons utiliser les informations que nous recevons d'eux (WhatsApp ndlr), et ils peuvent utiliser les informations que nous partageons avec eux, pour aider à exploiter, fournir, améliorer, comprendre, personnaliser, soutenir et commercialiser nos services et leurs offres", peut-on lire dans les conditions d'utilisation.

Mais un flou demeure sur le sort exact qui sera réservé à ces informations. Pourront-elles par exemple être revendues à des annonceurs ? Une porte-parole de WhatsApp a démenti la chose, répondant à Ars Technica qu'il "n'y aura aucun changement dans la façon dont les partages WhatsApp fournissent des données à Facebook pour les discussions non professionnelles et les données des comptes utilisateurs".

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