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Cinq défis à relever pour le réemploi des anciens appareils électroniques

Tribune En cette journée mondiale de la Terre, la question de la fin de vie des appareils électroniques est plus prégnante que jamais. Qu'il s'agisse de recyclage ou de reconditionnement, les options sont de plus en plus nombreuses et accessibles, mais les consommateurs peinent encore à passer le cap. Dans cette tribune, Raphaël Goumain, directeur marketing chez Google, expose cinq freins majeurs et suggère des pistes pour les surmonter.
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Cinq défis à relever pour le réemploi des anciens appareils électroniques
Cinq défis à relever pour le réemploi des anciens appareils électroniques © Pascal Guittet

Qui dit retour des beaux jours, dit ménage de printemps : exercice thérapeutique pour certains, véritable corvée pour d’autres, vider ses placards est aussi l’occasion de donner une seconde vie à d’anciens objets ou vêtements dont on ne se sert plus. Et pour cause, le marché des produits d’occasion séduit toujours plus les Français : les recherches sur la “seconde main” ont quadruplé entre 2020 et 2021, celles pour le “reconditionné” ont doublé.

Mais qu’en est-il du tiroir rempli de vieux appareils électroniques : que faire de nos anciens téléphones, ordinateurs et lecteurs MP3 ? La question est loin d’être anodine. Selon l’ADEME, près de 50 millions de téléphones dormiraient dans les tiroirs, alors que les deux tiers d’entre eux fonctionnent encore. Comment expliquer ce paradoxe entre d’un côté l’intérêt grandissant du grand public pour le recyclage et de l’autre, cette tendance des foyers à faire “hiberner” leurs anciens produits électroniques ?

Au-delà des engagements des constructeurs pour maximiser la durée de vie des appareils ou proposer du neuf plus responsable - en utilisant des matériaux recyclés dans les nouveaux modèles par exemple - l’avenir du recyclage des produits électroniques dépendra également du développement de meilleures technologies pour extraire les matériaux des produits mis au rebut. Mais il ne s’agit pas là du seul défi à relever pour créer des systèmes de recyclage efficaces. Dans l'étude "Electronics Hibernation", les utilisateurs listent cinq obstacles au recyclage des appareils électroniques, nous permettant d’esquisser des pistes pour les surmonter.

1. L’obstacle de la sensibilisation
Les consommateurs connaissent très mal les options qui s’offrent à eux, même si certaines sont facilement accessibles. S’il n’y a pas besoin d’être un expert en cinéma ou en littérature pour choisir et utiliser un service de streaming ou une librairie, les services de recyclage des appareils électroniques sont loin d’avoir la même visibilité, même quand ils sont proposés par de grandes marques. Et si une recherche rapide sur Internet donne de nombreux résultats, les consommateurs peuvent rapidement se sentir noyés entre les différents appareils éligibles, les coûts variables et la fiabilité des divers services existants.

2. L’obstacle de la valeur
Dans l’esprit du consommateur, un vieil ordinateur portable qui fonctionne encore a forcément une certaine valeur. Or, celle-ci est bien souvent en deçà de ses attentes et cette déception n’est pas très motivante pour effectuer un échange ou recycler un appareil. D’autres encore prêtent à leurs appareils une valeur sentimentale, même s’ils ne sont plus utilisés - c’est le “device nostalgia” : un ordinateur portable dont on s’est servi pendant ses études ou un ancien baladeur CD qui rappelle ses années de jeunesse, par exemple. Autre cas de figure : les consommateurs qui voient en leur vieil appareil une solution de secours, au cas où ils perdraient ou endommageraient leur modèle plus récent. Tout cela confère à ces objets une valeur qui peut, paradoxalement, faire passer le recyclage pour du gâchis.

3. L’obstacle des données
Autre point bloquant : la complexité du processus de transfert de toutes les photos, vidéos et documents personnels vers un nouvel appareil, un phénomène qui ne fait que s’accentuer avec le temps. Plus un appareil est ancien, plus il devient difficile de trouver les câbles adaptés, de les connecter correctement, voire de se souvenir comment les utiliser. Des professionnels proposent ces services, mais leur coût peut être un frein. Et comme il n’y a généralement pas d’urgence à récupérer des données qui ne sont pas nécessaires dans l’immédiat, cette tâche est souvent reportée et devient plus ardue à mesure que le temps passe.

4. L’obstacle de la sécurité
Même s’ils n’ont pas toujours besoin de transférer leurs données, la plupart des utilisateurs veulent au minimum les effacer en toute sécurité avant de donner ou de recycler leur appareil. C’est un processus technique qui peut se dérouler différemment selon les appareils. S’il existe des ressources permettant de le faire soi-même, cela prend du temps et l’effort demandé peut paraître dantesque pour une opération dont la priorité est perçue comme peu élevée.

5. L’obstacle de la commodité
Dans ce cas de figure, les utilisateurs trouvent des options de recyclage, mais celles-ci ne sont pas suffisamment pratiques à leurs yeux : recycleries trop éloignées, horaires de collecte qui ne collent pas à un emploi du temps chargé… Autant de freins qui peuvent décourager.

Pour lisser ces points de friction, plusieurs pistes peuvent être envisagées :

Des messages de sensibilisation plus clairs et visibles. Les campagnes de communication peuvent jouer un rôle clé pour sensibiliser davantage les consommateurs aux options de recyclage à leur disposition. Car les options de reprise ou de réemploi ne manquent pas : le succès de Back Market vient naturellement à l’esprit pour le reconditionné, et on peut aussi citer pêle-mêle l’option de déposer sans frais les anciens appareils chez les opérateurs ou distributeurs comme Fnac Darty et Boulanger – un dispositif qui répond d’ailleurs à une obligation légale – les structures de reconditionnement ou recycleries, ou encore les collectes solidaires d’associations comme Emmaüs ou Les Ateliers du Bocage. L’enjeu se situe sur le faire savoir.

Les entreprises doivent pouvoir mettre en avant tous leurs services de recyclage, aussi bien dans leur vitrine physique qu'en ligne dans les résultats de recherche. Alors que l’omnicanal est sur toutes les lèvres dans le retail, la même logique de parcours hybride se retrouve aussi dans le service de reprise: une requête en ligne sur un service de proximité est souvent un préalable à une visite en magasin. La mise en avant des services de recyclage sur le web n’est donc pas à négliger. Et c’est en simplifiant les efforts de recherche de consommateurs de plus en plus soucieux de l’environnement que les entreprises pourront durablement se démarquer.

Des incitations financières ou sociales au recyclage. Les consommateurs attachent toujours de la valeur à leurs appareils inutilisés. Des communications qui mettent l'accent sur l'utilité sociale du recyclage susciteront probablement plus l'intérêt du grand public que de caractériser les anciens appareils comme "déchets électroniques". Les incitations financières peuvent aussi encourager le passage à l’action, à l’image de certains fabricants offrant des bons d’achat en échange d’un ancien appareil.

Assurer le réemploi et le recyclage rapides des appareils est un domaine d'intervention critique pour faire de l'industrie de l'électronique plus circulaire et durable. Si l’ensemble du secteur doit continuer d’innover pour une conception plus durable des nouveaux produits, il nous faudra aussi agir pour enlever les points bloquants pour les consommateurs, abaisser les barrières réelles ou perçues au passage à l’action et permettre ainsi une circulation accrue des produits électroniques inutilisés.

 

Raphaël Goumain, directeur marketing, Google








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