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Cinq pistes pour financer le jeu vidéo Made in France

L'industrie française du jeu vidéo n'est pas en crise, mais cela ne l'empêche pas de s'interroger sur les leviers de son développement futur. Les éditeurs et les pouvoirs publics planchent sur de nouveaux mécanismes de financement, publics ou privés, alors que les coûts de production augmentent.
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Cinq pistes pour financer le jeu vidéo Made in France
Cinq pistes pour financer le jeu vidéo Made in France © ubisoft

Le jeu vidéo n'a pas traversé de crise comparable à celle vécue par d'autres industries culturelles, comme la musique ou la vidéo. A chaque nouvelle génération de console de salon, le chiffre d'affaires de l'industrie a été multiplié par deux. Mais les coûts de production ont également augmenté (entre 300 et 400 millions d'euros par an). La France souffre face à des contrées fiscalement beaucoup plus accueillantes, comme le Canada. "En France, depuis 20 ou 30 ans, nous avons les meilleurs créatifs et ingénieurs, d'excellentes équipes de production, mais nous sommes incapables de les retenir. Il y a urgence à agir" alerte Julien Villedieu, délégué général du Syndicat national du jeu vidéo (SNJV).
Depuis le mois d'avril, un groupe de travail planche sur l'avenir de l'industrie, qui passe notamment par la mise en place de nouveaux mécanismes de financement afin de pallier le déficit de fonds propres, l'un des points faibles de la filière française.

Une taxe sur les jeux en boite

En ces temps de ras-le-bol fiscal, la mesure est politiquement sensible. Mais pas dénuée de logique. Si le cinéma prélève une taxe sur les entrées en salles pour financer les nouvelles productions, la filière jeu vidéo ne peut-elle pas en faire de même grâce à une taxation, même très faible, des ventes de jeux ? L'idée est avancée par deux sénateurs, André Gattolin et Bruno Retailleau, qui ont publié en septembre un rapport parlementaire sur le jeu vidéo en France. Elle est rejetée par les géants du secteur.
Une taxe de quelques centimes par jeu vendu permettrait de récolter plusieurs millions d'euros afin d'abonder un Fonds d'aide à la production française géré par le CNC. Mais cette dîme vidéoludique ne constituerait pas une solution à long terme : les ventes de jeux en boîte sont en baisse, contrairement aux jeux dématérialisés souvent vendus sur des plateformes étrangères, donc impossibles à taxer. Il n'est pas non plus certain que le produit de cette taxe soit affecté à 100% à l'industrie du jeu vidéo.

Un fonds de soutien abondé par les éditeurs

Conscients des limites d'un système de financement public reposant sur une taxe, les poids-lourds du secteur (regroupés au sein du SELL, le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs) ont un plan B. Ils réfléchissent à une contribution forfaitaire qui permettrait de compléter les dispositifs publics existants. Un fonds privé dont les modalités (montant de l'enveloppe, critères d'éligibilité, contreparties) sont en discussions. Le risque serait peut-être de renforcer les liens de dépendance entre grands et petits studios, fabricants de consoles et créateurs indépendants.

Des prêts participatifs innovation

Pour faire émerger de nouveaux champions français du jeu vidéo, des "prêts participatifs innovation" pilotés par l'Institut de financement du cinéma et des industries culturelles et Bpifrance, pourraient être créés. Ils seraient dédiés à la modernisation des outils de production, aux nouvelles technologies, à l'innovation. "Cette mesure nous tient particulièrement à cœur. L'idée est d'investir dans les futurs Ankama et Ubisoft" précise Julien Villedieu. Le syndicat espère 75 millions d'euros de prêts à une cinquantaine d'entreprises sur les trois premières années. Pour le SNJV, plus largement, il est urgent de repenser les critères d'attribution des aides publiques (notamment le crédit d'impôt jeu vidéo) pour coller aux évolutions du marché et aux nouveaux modèles économiques.

Une plateforme dédiée aux jeux Made in France

Les sénateurs Gattolin et Retailleau ont sorti de leur chapeau une autre proposition : lancer une plateforme d'achats dédiée à la production hexagonale, un "Steam" à la française. Une idée qui fait sourire les professionnels du secteur. "Les entreprises françaises ne revendiquent pas du tout leur origine. C'est comme si Daft Punk se produisait en concert avec un drapeau tricolore sur scène" glisse Emmanuel Forsans. Une proposition d'autant plus étrange que plusieurs entreprises françaises réussissent déjà sur ce créneau au niveau mondial, comme Metaboli ou Ubisoft avec sa plateforme UPlay.
Les studios français préfèrent aller à la rencontre des joueurs là où ils se trouvent, avec des coups éditoriaux sur les plateformes de téléchargement existantes. "Lors de la Gamescom, Capital Games – le cluster parisien du jeu vidéo – a monté une opération sur Steam. Un pack de jeux français a bénéficié d'une visibilité maximale pendant une semaine. Résultat : certains jeux ont vu leur vente augmenter de 5 000%" confie Emmanuel Forsans, directeur général de l'Agence française du jeu vidéo.

du financement participatif

Le financement participatif de jeux vidéo est encore balbutiant en France mais monte doucement en puissance. "Le crowdfunding, cela a concerné moins de cinq jeux français au premier trimestre 2013. Depuis septembre, nous en sommes à une dizaine de projets" constate Julien Villedieu. "C'est plus qu'un effet de mode : cela répond à la nécessité pour les entreprises de la filière de trouver des relais de financement". Le projet d'encadrement du financement participatif par les autorités inquiète les professionnels du secteur. "Le projet de loi ne nous semble pas satisfaisant,. On a peur que la mise en place de plafonds ne bride cette activité". Dommage, car ce mode de financement colle bien à la philosophie du jeu vidéo et semble promis à un bel avenir.

Sylvain Arnulf

 
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