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Comment Amazon apprend à la police à obtenir des enregistrements vidéo... sans avoir de mandat

Vu ailleurs Au travers de sa filiale Ring, spécialisée dans la télésurveillance, Amazon entraînerait la police américaine à mieux convaincre ses clients de partager leurs enregistrements vidéo avec elle. Une technique qui permet aux autorités de se passer d’un mandat et qui est dénoncée par des associations de défense des libertés numériques.
mis à jour le 07 août 2019 à 15H33
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Comment Amazon apprend à la police à obtenir des enregistrements vidéo... sans avoir de mandat
Comment Amazon apprend à la police à obtenir des enregistrements vidéo... sans avoir de mandat © Ring

Recueillir des données vidéo n’est pas une mince affaire pour la police américaine. La législation, relativement stricte, impose aux autorités d'avoir un mandat pour avoir accès aux caméras de particuliers. C’était sans compter sur l’action, en coulisses, d’Amazon. La multinationale mettrait sa filiale Ring, spécialisée dans la télésurveillance (notamment au travers de sonnettes connectées placées sur les portes d'entrée), au service de la police pour lui apprendre à convaincre les personnes équipées de coopérer. Ce qui la dispense du contrôle judiciaire.

 

Environ 200 départements concernés

Selon nos confrères américains de Motherboard, qui se sont procurés des correspondances par email, le partenariat officieux de la police avec Amazon lui donne accès au "Law Enforcement Neighborhood Portal", une carte interactive permettant aux officiers de demander directement aux particuliers la permission de collecter leurs données vidéo. Et, dans ce dispositif, l’application Neighbors de Ring joue les intermédiaires… puisque des messages sont envoyés aux clients.

 

Quelque 200 départements de la police américaine auraient aujourd’hui recours à cette pratique, selon Motherboard. "Ceux qui arrivent à convaincre le plus de monde sont ceux qui sont les plus actifs sur les réseaux sociaux et qui prennent régulièrement la parole lors de réunions publiques, encouragerait ainsi Ring dans certains de ses mails destinés aux forces de l’ordre de Bloomfield (New Jersey). Plus vous convaincrez d’usagers à collaborer, plus les informations que vous recueillerez vous seront utiles." Dans les faits, la filiale d'Amazon cherche surtout à ce que la police encourage les citoyens à utiliser ses produits.

 

Une pétition en ligne

Des groupes de défense des libertés numériques, Fight for the Future en tête, sont montés au créneau suite à ces révélations. L’association a lancé une pétition en ligne pour faire interdire cette pratique, qu’elle juge "dangereuse pour les personnes pauvres et de couleur, historiquement malmenées" par la police. Cette nouvelle affaire intervient trois semaines seulement après que Fight for the Future a établi un fichier d’envergure nationale pour répertorier tous les cas d’usage de la reconnaissance faciale dans les espaces publics aux Etats-Unis. Les autorités sont toujours plus sous pression.

 

 

Fight for the Future recense sur une carte interactive
les localités où ce partenariat officieux est en place.

 

"Si la police voulait installer des caméras sur toutes les portes d’entrée, elle aurait besoin de l’accord du législateur. Amazon a trouvé le parfait tour de passe-passe pour contourner le processus démocratique", s’exaspère Fight for the Future. Car cela représente dans les faits un réseau de télésurveillance privé, situé hors du cadre légal classique auquel est soumis la police. L'association rappelle néanmoins aux maires et aux conseillers municipaux qu’ils ont le pouvoir de mettre fin à ces pratiques à l’échelle de leur ville. Mais sera-t-elle entendue ?

 

La position de Ring

Suite à notre article, Ring a souhaité réagir et indique notamment ce qui suit : "Les accords avec les forces de l’ordre ne sont pas confidentiels. Les protocoles d’entente qui les accompagnent sont régulièrement étudiés par les services publics comme les mairies, où ils sont alors mis à la disposition du grand public avant leur signature. Les partenariats avec les forces de police sont également annoncés sur l’application Neighbors et par le biais de communiqués de presse."

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