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Comment ANote Music transforme les droits d'auteurs en actifs négociables

La fintech ANote Music, basée au Luxembourg, est une plateforme d'achat et de vente de droits musicaux qui fait passer ses transactions par la blockchain. La société vient de se lancer en France en mettant notamment aux enchères une partie du catalogue de Vianney, qu'elle présente comme une nouvelle catégorie de produit d'épargne.
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Comment ANote Music transforme les droits d'auteurs en actifs négociables
ANote Music lance sa plateforme d'investissement dans les royalties, basée sur la blockchain. © Unsplash/ Marius Masalar

La start-up luxembourgeoise ANote Music, qui a développé une plateforme d’investissement et d’échange de droits musicaux, se lance en France en annonçant un premier partenariat avec l'éditeur EL Éditions, qui gère notamment les droits d'auteur-compositeur du chanteur Vianney.

La plateforme d'ANote Music permet aux artistes et aux acteurs de l'industrie musicale de lever des fonds en cédant une partie de leurs droits, en transformant les droits de propriété intellectuelle en titres négociables. Parmi les artistes disponibles sur la plateforme figure aussi Laura Pausini.

Investir dans les droits Sacem des 10 ans à venir
Concrètement, la plateforme négocie la cession d'une partie de leur catalogue, généralement une dizaine de pourcents pour une dizaine d'années, la transforme en instrument représentant un droit à revenus futurs (par exemple 10% des droits Sacem issus de ce catalogue à venir pendant les 10 prochaines années), et offre une bourse d'échange sur laquelle peuvent se revendre ces titres.

Pour pouvoir être mis aux enchères, le catalogue musical doit avoir minimum trois ans d’existence et générer au moins 10 000 euros de redevances par an. En France, EL Editions a ainsi cédé 5% des droits de son catalogue, pour 60 000 euros auprès de quelques centaines de souscripteurs.

Les droits Sacem sont générés lorsqu'une œuvre est exploitée pour sa diffusion publique ou sa reproduction. Ils sont donc plus ou moins variables et réguliers. ANote Music détermine le prix du catalogue en analysant l'historique des droits et en proposant un multiple de ces revenus historiques, de sorte que les investisseurs puissent en retirer un rendement.

Un rendement moyen de 7,5%
Elle prélève entre 10 et 15% des montants levés par les artistes, et 4% des revenus réguliers distribués aux investisseurs. Les titres sont attribués sur un système d'enchères dites "néerlandaises", qui consiste à ajuster la demande à l'offre en utilisant la variable du prix. L'ensemble de la plateforme fonctionne sur une blockchain.

Pour les artistes, ANote Music peut par exemple "permettre de financer un nouveau projet en levant de l'argent, ou de racheter des droits dont ils ne disposent pas", explique à L'Usine Digitale Steve Sabatier, qui travaille dans la gestion d'actifs et est conseiller stratégique de la plateforme en France et actionnaire de la société. "C'est un outil de trésorerie."

Pour les investisseurs, ANote Music se présente comme "un outil d'épargne ludique à l'abri des chocs financiers mondiaux" et un moyen de "rendre accessible l'industrie de la musique au grand public". Historiquement sur la plateforme, l'enchère la plus basse permettant d'accéder à une part a été de 6 euros. La société communique sur un rendement moyen depuis le début de son activité, mi-2020, de 7,5% sur l'ensemble des titres de la plateforme. 

La blockchain, source infinie de créativité financière
Que vient faire la blockchain dans cette histoire ? Elle est partout là où il y a de la finance décentralisée, et l'offre d'ANote Music est un produit d'investissement et de financement. Ses cofondateurs, qui ont lancé la société en 2018, viennent du monde de la finance. En quelque sorte, chaque mise aux enchères de catalogue de droits est une petite ICO. Grâce à la blockchain, le service fonctionne avec un seul intermédiaire, la plateforme en l'occurrence, en lieu et place d'intervenants financiers multiples. La traçabilité de la blockchain est là pour offrir les garanties que la banque ou le dépositaire de titres, dans le monde de la finance traditionnelle, ne sont pas là pour offrir sur la plateforme. La blockchain sert de dépositaire.

Outre le fait d'éviter la multiplication des intermédiaires pour tenir le registre des titres de propriété, la blockchain permet aussi de créer ces titres de propriété à partir de n'importe quel actif immatériel. La start-up vend d'ailleurs sa technologie à d'autres sociétés pour pouvoir l'adapter à d'autres secteurs. Au Japon, Royalty Bank va l'utiliser pour faire la même chose qu'ANote Music, mais dans l'édition de mangas.

Pas de régulation
Ici, on parle de titres de propriété sur des produits financiers qui ne sont pas des instruments financiers à part entière, comme peuvent l'être des actions, des obligations ou des parts d'organismes de placement collectif. Ils ne sont pas régulés comme tels. Les parts échangées sur ANote Music sont des droits de créance dématérialisés sur les royalties futures.

A partir de là, se pose la question de présenter les investissements sur la plateforme comme un produit d'épargne. "C'est un produit d'épargne au sens où il délivre régulièrement du cash-flow", justifie Steve Sabatier. Reste à savoir comment va réagir l'AMF si ce genre de produits continue à se multiplier.

ANote Music, déjà présente en Italie et en Pologne, revendique 8000 clients, tous des particuliers. La société a levé 1 million d'euros depuis sa création. Depuis son lancement, elle a déjà permis à l'industrie musicale de lever plus de 600 000 euros et a pour objectif d'atteindre un million d'euros d'ici la fin de l'année. Outre son activité de plateforme d'échange, elle exerce également une activité d'intermédiaire pour la vente et l'achat de catalogues de droits entre professionnels. 

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