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Comment Dassault Systèmes veut s'imposer au sein de l'industrie du futur chinoise

Dassault Systèmes veut s'imposer dans l'industrie manufacturière en Chine et déploie les grands moyens pour le faire savoir. Le champion français du logiciel sait qu'il a une carte à jouer alors que la Chine investit massivement pour moderniser (et informatiser) ses usines à travers son programme d'industrie du futur "Made in China 2025". Un exemple à suivre pour le reste de l'industrie française ?

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Comment Dassault Systèmes veut s'imposer au sein de l'industrie du futur chinoise
Xie Shaofeng sur scène à la conférence "Manufacturing in the Age of Experience". © D.R.

Dassault Systèmes organisait les 3 et 4 novembre 2016 un évènement à Shanghai en marge de la China International Industry Fair. Il s'agissait pour l'éditeur français de son premier évènement chinois se voulant d'envergure internationale, avec deux jours de conférences, un hall rempli de démonstrations, et plus de 800 participants.

 

Dassault Système veut s'imposer dans la fabrication

L'accent était mis tout spécialement sur la solution Delmia de Dassault Systèmes, destinée à l'industrie manufacturière, domaine dans lequel la Chine est la reine inconstestée. "L'évènement est symbolique pour plusieurs raisons, explique Pascal Daloz, Directeur Général Adjoint de Dassault Systèmes en charge des marques et du développement. La Chine est l’atelier du monde, et les problématiques de manufacturing sont aigues ici. Et puis il y a cette grande initiative Made in China 2025 qui veut que la Chine monte en gamme, qu’elle soit capable de produire à bas coût tout en créant des produits de grande qualité. C'est encore un oxymore aujourd'hui, mais nous pensons que c'est possible."

 

Cette offensive s'est aussi accompagnée d'une évolution de Delmia. Conçue à l'origine comme une extension de l'ingénierie de la production, elle se focalise désormais sur l'exécution ainsi que sur la supply chain (au travers des rachats de Quintiq et Ortems). L'industrie est un secteur qui, s'il souffre en France, continue de croître au niveau mondial. Il représente aujourd'hui 18 milliards de dollars, soit une augmentation de 7% depuis l'an 2000. Les arguments de Dassault Systèmes sont les mêmes que ceux des autres entreprises du secteur : l'industrie a besoin d'une personnalisation des produits poussée à l'extrême, de plus de fiabilité (5% de capacité de production globale est perdue chaque année à cause de pannes) et d'un meilleur contrôle qualité (51 millions de voitures ont été rappelées aux US en 2015).

 

Pour la Chine, le software est la clé de l’industrie du futur

La keynote d'ouverte de l'évènement a été tenue par le docteur Xie Shaofeng, directeur général du département "informatisation et administration logicielle" au sein du ministère chinois de l'industrie et des technologies de l'information (MIIT). Il y a mis en avant l'importance du logiciel pour l'industrie et a déploré que l'informatique industrielle soit souvent délaissée au profit de technologies faisant le buzz comme le big data, l'intelligence artificielle ou la blockchain. "Le software redéfinit complètement l'industrie manufacturière, affirme Xie Shaofeng. Il définit les produits, les processus, les méthodes, les moyens de production et l'écosystème. C'est d'autant plus vrai aujourd'hui avec l'avènement de l'Internet des objets." Il a également détaillé les quatre piliers de l'industrie du futur en Chine : les capteurs et la robotisation, le logiciel, l'internet des objets industriel, le cloud industriel.

 

La Chine ne veut plus se reposer sur sa simple puissance démographique, mais s'appuyer sur une automatisation des processus, des flux de données, et de la fabrication. Plus que la robotique, pour Xie Shaofeng c'est l'automisation des flux de données qui est la véritable clé du "smart manufacturing". L'objectif final est de créer un énorme écosystème industriel ouvert à toute la société, un système de systèmes qui incluera l'ensemble de la supply chain des entreprises. "La Chine veut créer une infrastructure industrielle sur Internet, résume Pascal Daloz. L'Internet média c'est les Etats-Unis, et ils veulent que l’internet industriel ce soit la Chine. Il y aura bientôt des centaines de prestataires cloud en Chine."

 

Le MIIT a défini une plateforme pour aider les entreprises nationales à monter en gamme sur le plan informatique qui regroupe plus de 70 000 sociétés. Il évalue leur degré de développement et les aide à s'améliorer. Cette nouvelle manière de penser et de travailler définit aussi le management du futur. Pour Xie Shaofeng, les entreprises doivent devenir des "plateformes d'opportunité" pour les employés. Il prend l'exemple de Haier, qui est passé d'un management pyramidal très hiérarchisé à un management "de plateforme" dans lequel les employés deviennent des "makers" et ont un réel impact sur l'entreprise.

 

Le logiciel, une force française sous-exploitée ?

Benjamin Gallezot, directeur du programme Industrie du Futur au sein du ministère de l'Economie, est intervenu par vidéo interposée pour mettre en avant les tenants du programme français – montée en compétence des ouvriers et coopération internationale – et a rappelé que 3000 entreprises en font partie. Un chiffre qui peut sembler dérisoire face à ceux avancés par la Chine, mais là n'est pas vraiment la question. Car après tout, si la quatrième révolution industrielle se fait en Chine grâce aux logiciels de Dassault Systèmes, la France en sortira aussi gagnante.

 

Et c'est en bonne voie. La Chine représente aujourd'hui environ 6% du chiffre d'affaires total de Dassault Systèmes (qui s'élève à 3 milliards de dollars par an générés par 120 000 clients). L'éditeur y connaît "une croissance à deux chiffres" chaque année depuis dix ans, et se félicite de sa dynamique. Quant à sa part de marché en Chine, elle varie suivant les secteurs. Le marché reste très fragmenté, mais il est en au global l'acteur le plus important avec plus de 10%. Dans l'industrie manufacturière elle-même, Pascal Daloz le décrit comme "co-leader avec 2 autres entreprises". Peut-être est-ce la leçon à tirer de cet évènement : plutôt que de s'accrocher à une gloire industrielle passée, la France peut tirer son épingle du jeu en proposant son expertise dans les domaines industriels (en l'occurrence le logiciel) où d'autres ont des lacunes.

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