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Comment fonctionne Blackpool Finance, cette société qui gère des NFT comme des placements financiers ?

Fondé par un Français, Blackpool est une sorte de gestionnaire d'actifs spécialisé dans les jetons non fongibles qu'il achète ou emprunte dans le but de les faire fructifier et d'en tirer un rendement pour ses investisseurs.
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Comment fonctionne Blackpool Finance, cette société qui gère des NFT comme des placements financiers ?
Comment fonctionne Blackpool Finance, cette société qui gère des NFT comme des placements financiers ? © Blackpool

Ils s'achètent, se revendent, parfois avec des plus-values. Ils peuvent aussi perdre toute leur valeur. Certains permettraient d'en tirer des rendements réguliers. Ils sont si nombreux qu'il est bien difficile pour un profane de s'y retrouver dans l'offre, et d'ailleurs ce sont les investisseurs professionnels qui savent en tirer le meilleur parti. Leur fonctionnement reste obscur pour la majorité du grand public.

Toute ressemblance avec les produits financiers existant ou ayant existé serait purement fortuite, il s'agit des NFT. Pas étonnant que des gestionnaires d'actifs un peu particuliers voient le jour pour s'emparer du phénomène. 

Un "hedge fund pour les NFT"
Blackpool Finance, fondé en 2020, se définit comme un "hedge fund dans le monde des NFT". Ce fonds, non régulé, gère une gamme d'actifs comprenant des objets virtuels à collectionner issus de jeux blockchain, de l'immobilier virtuel et de l'art numérique. Comme un fonds qui investirait dans des actions, des obligations ou du private equity et ferait fructifier son portefeuille par le biais d'arbitrages et de trading, lui achète des NFT pour les faire "travailler" et en tirer du rendement. Non pas des dividendes, mais par exemple des potions dans le jeu Axie Infinity ou des loyers tirés de la location de terrains sur Decentraland, comme on le ferait avec des SCPI.

Blackpool gèrerait actuellement 10 000 NFT représentant 20 millions de dollars d'actifs, avec l'objectif de générer entre 80 et 100% de rendement. Là, aucune comparaison avec la finance réelle n'est possible... 13 millions de dollars sont placés dans le jeu Sorare. La société est également investie dans les jeux Cometh, Aavegotchi, Guild of Guardians et OVR, sur The Sandbox, et sur les places de marché d'art numérique Hashmasks, Curiocards et Superrare.

Des petites mains qui font travailler les NFT
Dans les jeux, elle ne se contente pas de faire du trading. Elle investit pour construire des "guildes", qui recrutent des "joueurs" (appelés "scholars") auxquels elle prête ses NFT afin de les faire progresser dans le jeu et de gagner des récompenses. 60% des revenus générés par les scholars leur reviennent, le reste est reversé à Blackpool (30%) et au manager des scholars (10%). Difficile de vraiment parler de jeu lorsque l'activité des scholars consiste au final en une sorte de travail à la chaîne (mais numérique).

Il s'agit essentiellement de personnes basées aux Philippines, à qui cette activité permet de gagner un peu plus du revenu minimum local (environ 200 euros par mois). A noter qu'il est également possible pour les détenteurs de NFT Axie Infinity de laisser Blackpool gérer leurs actifs dans l'espoir d'augmenter leur rendement. Dans ce cas-là, les revenus sont répartis entre les quatre parties.

Une gouvernance "décentralisée"
Blackpool fonctionne sous forme de DAO, une "organisation autonome décentralisée", format répandu dans l'univers de la blockchain et de la finance décentralisée. Il s'agit d'une forme d'organisation théoriquement détenue et gérée collectivement par ses membres, même si c'est rarement le cas dans les faits. C'est la DAO, c'est-à-dire l'ensemble des personnes qui possèdent des tokens de gouvernance Blackpool, qui est propriétaire des NFT. En matière de gouvernance, cela donne quelque chose de relativement complexe.

"Tous nos utilisateurs participent à la construction de l'avenir de la plateforme et décident collectivement de son fonctionnement", déclare Julien Bouteloup, le fondateur de Blackpool. Concrètement, les choix stratégiques sont soumis à un vote et le poids de chaque votant est déterminé par son poids en tokens Blackpool. A l'heure de l'écriture de ces lignes, la valeur d'un token Blackpool (BPT) s'établit à 3,34 dollars. Evidemment, plus quelqu'un possède de jetons, plus son pouvoir décisionnaire est élevé. Comme pour les investisseurs d'une entreprise classique, cela peut donc rapidement conduire à une centralisation du pouvoir.

Chez Blackpool, ils sont une trentaine à former le cœur de la DAO, issus majoritairement des mathématiques financières et de l'analyse quantitative (ces mathématiciens spécialisés en finance de marché qui construisent des modèles et touchent de gros bonus). Ils utilisent des algorithmes d'analyse de la donnée pour appuyer leurs allocations.

En attendant les produits dérivés
Derrière la DAO se trouve en réalité une société de consulting enregistrée, présentée comme "travaillant pour la DAO". Une autre société fondée par Julien Bouteloup, StakeDAO, est ensuite supposée redistribuer l'ensemble des profits générés aux détenteurs de tokens en prenant 15% de commission. Initialement, 6 millions de dollars ont été levés auprès de Steven Cohen et de Fabric Ventures afin d'acheter les premiers actifs. Concrètement, le circuit emprunté par l'argent est difficile à cerner, mais le statut de registre partagé et non modifiable de la blockchain est mis en avant pour rassurer les investisseurs.

Julien Bouteloup s'est impliqué dans la blockchain à partir de 2017 et a découvert les NFT en investissant en early stage dans Sorare. Il est également à la tête de Stake Capital, qui fournit des services de finance décentralisée (produits dérivés, staking as a service, prêt, emprunt…), et souhaite d'ailleurs qu'à l'avenir, Blackpool déploie des produits dérivés (options, futures…) sur ses verticales, pour pouvoir par exemple parier à la hausse ou à la baisse sur les différentes catégories d'actifs. Investisseurs non avisés, s'abstenir.

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