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Comment la data visualisation permet au CHU de Montpellier de gérer la crise du Covid-19

Étude de cas Le CHU de Montpellier travaille depuis trois ans avec l'éditeur américain SAS. Ce partenariat s'est renforcé depuis l'arrivée du Covid-19 car l'établissement hospitalier a développé un tableau de bord, via un logiciel "datadriver", pour gérer le flux de patients en temps réel. Caroline Dunoyer, responsable de l'unité Science des données de santé au sein du Département d'information médicale, et l'infectiologue David Morquin expliquent à L'Usine Digitale en quoi ce "Covid board" est devenu indispensable au CHU pour gérer la crise sanitaire.
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Comment la data visualisation permet au CHU de Montpellier de gérer la crise du Covid-19
Comment la data visualisation permet au CHU de Montpellier de gérer la crise du Covid-19 © SJ Objio/Unsplash

Le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Montpellier, composé de 8 établissements répartis sur deux sites principaux, a développé un tableau de bord pour piloter la crise sanitaire actuelle. Répertoriant toutes les données liées au Covid-19, il est utilisé à chaque cellule de crise pour redistribuer les ressources humaines et matérielles, soit le personnel soignant et les lits.

Avoir une longueur d'avance sur le virus
Déjà utilisé lors de la première vague mais amélioré depuis, cet outil permet de "faire de l'épidémiologie appliquée de façon concrète", raconte David Morquin, infectiologue et responsable de l'organisation de la filière Covid-19 au CHU de Montpellier, interrogé par L'Usine Digitale. Ce "Covid board" a permis "d'avoir toujours un peu d'avance sur l'épidémie et d'éviter des situations catastrophiques", ajoute le médecin.

Pour créer cette plateforme, le Département d'information médicale du CHU a choisi le logiciel Report Viewer commercialisé par SAS, éditeur américain spécialiste de l'analyse des données. Un choix logique, les deux entités étant liées par un partenariat depuis trois ans. "Nous n'avons jamais eu un outil aussi plastique pour mesurer la réalité d'une filière sur notre territoire", affirme David Morquin.

Ce ressenti est partagé par Caroline Dunoyer, responsable de l'unité Science des données de santé au sein du Département d'information médicale du CHU. "Ce tableau est la chose la plus opérationnelle que nous n'avons jamais produite", relate-t-elle auprès L'Usine Digitale. On y trouve le nombre de patients hospitalisés, de décès, le taux d'occupation des lits, le taux de positivité des tests...

Convertir des données en représentation visuelle simple
Mis à jour toutes les heures, cet outil permet de transformer des données multiples, et parfois complexes, en représentations visuelles pour faciliter leur compréhension et leur exploitation. "C'est une photo à l'instant T de la situation", schématise Caroline Dunoyer.

Les données insérées dans le "Covid board" sont issues des dossiers médicaux remplis par les professionnels de santé à chaque patient accueilli au sein du CHU. Les informations récoltées comportent le nom, le prénom, l'âge, le sexe, le poids, la taille, l'adresse postale, les antécédents médicaux, les symptômes…

Des dossiers patients au Covid board
Grâce à des programmes développés par une équipe dédiée du Département de l'information médicale, l'extraction des données patients vers le tableau se fait de manière automatique. "Nous ne voulions pas que ce soit aux personnels soignants de remplir la plateforme manuellement ou qu'une personne dédiée fasse le tour des services pour récolter le nombre de patients infectées, les décès, les lits occupés… comme c'est le cas dans certains hôpitaux", explique Caroline Dunoyer.

Concrètement, le tableau de bord est composé d'une multitude de graphiques (diagramme en bâton et circulaire, courbe, pyramide…) à la disposition du personnel soignant et de direction pour monitorer la crise. Ils y accèdent grâce à un identifiant et un mot de passe.

La page de garde du tableau liste le nombre de personnes infectées en temps réel. Elles sont réparties entre différents services (médecine, réanimation, soins critiques, soins intensifs, urgences…). L'utilisateur du tableau peut ensuite naviguer entre différents graphiques, via des onglets, pour accéder à l'information qu'il cherche (nombre de décès, d'hospitalisation, de lits…). Pour chaque graphique, il peut également connaitre la moyenne, la médiane, l'écart-type, les quartiles…

La proportion d'hommes atteints est plus importante
Par exemple, un graphique sur la démographie de la filière Covid permet de savoir la proportion d'homme et de femmes, la répartition de la pyramide des âges et la durée de séjour. "Nous voyons qu'il y a plus d'hommes atteints par le Covid-19 que de femmes", analyse la responsable de l'unité Science des données de santé. Une ligne du temps permet de déplacer le curseur pour comparer la situation à des dates différentes.
 


Très utilisé par la cellule de crise, un graphique montre l'évolution du nombre de patients hospitalisés dans le temps. "On y voit très clairement la première vague puis la deuxième, qui est plus forte à Montpellier", explique Caroline Dunoyer. Il est également possible de connaître le nombre de patients hospitalisés en fonction des différentes prises en charge (réanimation, médecine, urgences…) en cochant la case dédiée.
 


Un autre graphique répertorie l'origine géographique des personnes infectées par le SARS-CoV-2. "Cette carte montre que les secteurs où l'hospitalisation est la plus forte correspondent à des quartiers défavorisés", résume Caroline Dunoyer. Une conclusion qui corrobore une étude publiée fin juillet 2020 par l'Institut national d'études démographiques (Ined) qui explique la corrélation entre pauvreté, discrimination techniques ou raciales et augmentation des risques liés au virus.
 


Créer deux filières pour accélérer les résultats des tests PCR
Le "Covid board" a permis de réorganiser certains secteurs dans l'hôpital, qui ont été bouleversés par la pandémie. Il a, par exemple, permis de restructurer les circuits liés aux tests PCR. La mise en place de deux filières internes de dépistage, au lieu d'une seule, a réduit le temps d'attente des résultats et ainsi éviter d'engorger les urgences inutilement. "Grâce à cette restructuration, les résultats des tests liés aux urgences arrivent beaucoup plus rapidement", explique l'infectiologue David Morquin.

En plus du personnel soignant, les pharmaciens utilisent régulièrement cette plateforme, notamment pour connaître le taux d'occupation des personnes hospitalisées en réanimation afin d'anticiper les ruptures de stock éventuelles de médicaments anesthésiques. Ces chiffres leur permettent de moduler leurs commandes et leurs circuits d'approvisionnement.

Conserver un cadre éthique
"Ce tableau de bord est véritablement au cœur de la crise", souligne David Morquin. Au-delà d'une gestion des ressources au plus près des besoins, cette plateforme permet de "conserver un cadre éthique autour de la structure du soin", poursuit-il. L'objectif central de maintien du temps médical et de l'accompagnement des familles a été rempli jusqu'ici, conclut le médecin qui craint tout de même que la situation ne se tend les prochaines semaines.

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