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Comment la start-up Second Sight a laissé les utilisateurs de son œil bionique dans le noir

Vu ailleurs Au bord de la faillite, la start-up américaine Second Sight laisse de nombreux utilisateurs de ses prothèses visuelles implantables dans une situation extrêmement délicate. Ne pouvant plus assurer les éventuelles mises à jour ou réparation, les patients risquent de se retrouver avec un dispositif médical inutilisable voire dangereux. C'est déjà le cas pour quelques-uns d'entre eux. Cette affaire montre l'importance de pouvoir garantir le fonctionnement des implants sur le long terme.
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Comment la start-up Second Sight a laissé les utilisateurs de son œil bionique dans le noir
Comment la start-up Second Sight a laissé les utilisateurs de son œil bionique dans le noir © Second Sight

Plusieurs patients équipés de l'oeil bionique commercialisé par la start-up Second Sight rapportent s'être retrouvés de nouveau dans le noir complet. C'est le cas de Barbara Campbell, atteinte d'une maladie génétique l'ayant rendu complètement aveugle à l'âge de 30 ans, qui porte l'implant "Argus II", raconte IEEE Spectrum, le magazine édité par l'Institut des ingénieurs électriciens et électroniciens.

350 personnes concernées
Problème : l'entreprise est désormais au bord de la faillite et dans l'impossibilité de réparer son dispositif médical en faisant des mises à jour. Plus de 350 personnes seraient concernées dans le monde, notamment aux Etats-Unis et en Europe. 18 patients en France sont équipés du dispositif. Second Sight vient d'annoncer un projet de fusion avec la société biopharmaceutique Nano Precision Medical. Or, aucun des dirigeants de la jeune pousse ne fera partie de l'équipe de direction de la nouvelle entité. Pire encore, celle-ci ne se concentrera que sur les travaux de Nano Precision Medical, c'est-à-dire développer un implant pour l'administration de médicaments. 

L'histoire avait pourtant plutôt bien débutée pour Second Sight. Robert Greenberg, un ingénieur électricien, a cofondé la société en 1998 après avoir développé un premier dispositif avec la fondation Alfred Mann, une organisation à but non lucratif qui développe des dispositifs médicaux. Les essais cliniques de l'Argus I (première génération) et de l'implant rétinien Argus II ont abouti à une approbation européenne en 2011 puis américaine en 2013.

Stimuler les cellules viables restantes
Second Sight commercialise des prothèses visuelles implantables, vulgairement appelées "oeil bionique". Contrairement à un oeil prothétique qui remplace la structure physique et l'apparence de l'oeil, ces dispositifs visent à restaurer la vue des patients atteints de cécité. L'Argus II, la deuxième génération de prothèse, produit une stimulation électrique permettant de contourner les cellules rétiniennes mortes et de stimuler les cellules viables restantes, ce qui induit une perception visuelle.

Dans les détails, l'Argus II convertit des images capturées par une caméra miniature montée sur les lunettes du patient en une série de petites pulsations électriques transmises sans fil vers une série d'électrodes implantées à la surface de la rétine.  Ces pulsations visent à stimuler les dernières cellules vivantes de la rétine, entraînant la perception de motifs lumineux dans le cerveau. Le patient apprend alors à interpréter ces motifs visuels, et regagne ainsi une certaine fonction visuelle. Le système est contrôlé par un logiciel qui doit régulièrement être mis à jour en fonction des nouveaux systèmes d'apprentissage automatique développés.
 


Des essais cliniques en cours
Second Sight était également en train de développer la prothèse corticale visuelle Orion, en cours d'essais cliniques. Elle est destinée à stimuler la surface du cortex visuel pour induire la perception chez les personnes aveugles. "Jusqu'à quelques jours avant que Second Sight n'annonce sa réorganisation, nous planifiions activement les prochaines étapes de la recherche", a confié le neurochirurgien Nader Pouratian, l'un des chercheurs impliqués dans l'essai clinique d'Orion, au média. Certains patients équipés ont pris les devants et se sont déjà fait retirer la prothèse. 

Plus généralement, cette affaire soulève la problématique suivante : comment s'assurer que les dispositifs médicaux de pointe ne seront pas obsolètes d'ici quelques années laissant des patients dans une terrible incertitude ?

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