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Comment le Français Drone Volt veut s'imposer dans l'inspection de lignes électriques grâce à un partenariat avec l'EDF québécois

Reportage Le fabricant de drones français Drone Volt vient de s’associer avec Hydro-Québec, le plus grand producteur d’électricité au Canada, pour développer et commercialiser un modèle unique en son genre, avec pour ambition l’inspection des réseaux électriques du monde entier. Reportage sur place.
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Comment le Français Drone Volt veut s'imposer dans l'inspection de lignes électriques grâce à un partenariat avec l'EDF québécois
Martin Laporte, directeur général au Canada de Drone Volt, dans ses locaux. © Kévin Déniau

Au bord de l’autoroute 440, dans une zone industrielle de Laval, au nord de Montréal, une façade de bureaux des plus classiques. Ce qui s’y trouve à l’intérieur, l’est moins : positionnés sur les étagères et des cubes rétroéclairés d’une légère lumière bleue, une vingtaine de drones en exposition. "C’est l’un des plus grands showrooms de drones en Amérique du nord", présente fièrement Martin Laporte, le directeur général au Canada de Drone Volt, le spécialiste français des drones civils professionnels.  

Installée dans la Belle province depuis 2016, cette entreprise villepintoise n’était pourtant, à sa création en 2011, qu’un simple distributeur de drones. Avant de, progressivement, s’orienter vers le métier d’intégrateur, pour répondre aux besoins précis des industriels, au-delà de la traditionnelle captation de photos et de vidéos. Destruction de nids de frelons asiatiques, livraison de matériels, arrosage de champs, nettoyage de toitures, surveillance…

Les usages des drones de cette société cotée en Bourse et implantée dans neuf pays (France, Benelux, Canada, Danemark, États-Unis, Suisse et Indonésie), sont aujourd’hui nombreux. "La beauté des drones, c’est qu’on ne connaît pas encore l’immense majorité de leurs applications futures, témoigne Martin Laporte. On connaît le potentiel de nos machines mais pas tous les problèmes spécifiques des industries."
 


Un premier modèle "Fait au Québec"
Lunettes de soleil vissées sur la tête, ce pionnier canadien (il a conçu, en 2012, le premier cours de pilotage professionnel de drones légers en Amérique du nord, avec le Centre québécois de formation aéronautique) passe en revue les différents modèles de l’entreprise : ici, les Hercule 10 et 20, capables de soulever des charges jusqu’à 15 kg. Là, l’Altura Zenith, doté d’une caméra intégrant de l'intelligence artificielle (IA) pour détecter, par exemple, de la fumée. Si tous ces drones sont exclusivement importés de France et des Pays-Bas, Martin Laporte s’attend à concevoir son premier modèle sur place d’ici quelques mois.

Et pour cause : la société vient de signer un accord avec Hydro-Québec, l'EDF québécois (qui est aussi accessoirement le plus grand producteur d’électricité du Canada et l’un des plus grands producteurs d’hydroélectricité au monde) pour l’industrialisation et la commercialisation d’un drone destiné à l’inspection des lignes à haute tension. Plus précisément, ce dernier, baptisé LineDrone, permet de réaliser des mesures très fines de la résistance électrique de manchons, des connecteurs entre les câbles d’un réseau qui sont cruciaux pour le bon fonctionnement d’une ligne.
 


Conçu spécialement pour les lignes haute tension
Les avantages du drone ? La rapidité et simplicité d’exécution, l’appareil pouvant se poser de manchon en manchon, sans besoin d’interrompre le courant. L’élimination du danger pour les monteurs humains, qui n’ont pas à escalader les pylônes. L’accès à des endroits reculés ou accidentés, le drone pouvant être transporté à l’arrière d’un 4X4 ou d’une motoneige. Sans oublier le bénéfice écologique, avec la réduction potentielle des inspections traditionnelles par hélicoptère équipé de caméras thermiques.

L’originalité du projet, c’est que ce drone... existe déjà ! Du moins son prototype. Cela fait en effet plusieurs années que le centre de recherche de l’énergéticien québécois travaille sur le sujet. En 2020, le LineDrone a d’ailleurs fait une quinzaine de sorties à titre expérimental. L’heure était donc venue de passer à l’étape supérieure. "À ma connaissance, il n’y a pas d’équivalence actuellement sur le marché, explique Matthieu Montfrond, Ingénieur en recherche/développement (R/D) au sein de l’Institut de recherche d'Hydro-Québec. On voulait ainsi trouver un partenaire pour l’industrialiser. On a le prototype fonctionnel mais il faut désormais le fabriquer en nombre, créer un manuel usager, former ses utilisateurs… ce qui n’est pas vraiment notre métier."

Ainsi, en échange de la mise à disposition de sa technologie et de royalties, Hydro-Québec laisse à Drone Volt le soin d’améliorer techniquement et de commercialiser le LineDrone dans le monde entier. "Les éventuelles redevances, c’est la cerise sur le sundae !, sourit ce Français installé outre-atlantique depuis 1998, reprenant une expression québécoise. Pour nous, la véritable valeur que l’on va en retirer, ce sont les résultats que le drone va nous amener sur le terrain."

Intérêts communs
Il faut bien voir que le LineDrone n’est, très schématiquement, qu'une sonde tractée par un drone. "Sans outil dessus, tous les drones ne sont que des objets volants", confirme Martin Laporte. Si Hydro-Québec a optimisé la sonde ces dernières années, Drone Volt doit désormais, de son côté, apporter son expertise pour améliorer l’aéronef. "On avait tellement d’autres défis qu’on ne s’est jamais posé la question du temps de vol de l’appareil ou de la facilité à le monter et le démonter rapidement par exemple," concède en effet Matthieu Montfrond.

Les premières commercialisations devraient avoir lieu au milieu de l’année 2021, sachant qu’hydro-Québec a déjà prévu de se porter acquéreur des premiers exemplaires. "L’avantage dans ce partenariat, c’est qu’on ne paie pas une entreprise pour qu’elle fasse un drone pour nous. Drone Volt a aussi intérêt à faire le meilleur modèle possible pour le vendre derrière", précise Matthieu Montfrond. Avant d’évoquer, pour l’avenir, potentiellement des appareils autonomes, pouvant transporter du matériel ou faire de la reconnaissance automatique d’objets grâce à l’IA.

S'imposer face au chinois DJI
Toujours est-il que ce projet est une aubaine pour la firme française : "On a l’ambition de positionner Drone Volt comme le leader mondial du drone sur l’énorme marché des lignes électriques. Le LineDrone est la première étape en vue du développement d’une gamme complète dédiée à ces opérations complexes", dévoile Martin Laporte.

Un défi de taille quand on sait que le leader mondial en matière de drones, le chinois DJI, représente 77 % des ventes aux États-Unis, selon le Drone Industry Insights, cité par Bloomberg. Mais pas impossible quand on voit les problèmes récents des technologies chinoises sur le marché américain, sur fond de tensions stratégiques et géopolitiques. Ou encore le contrat de licence conclu en octobre 2020 entre Drone Volt et la société américaine Aqualine drones pour la production et la commercialisation d’au moins 1 000 de ses modèles par mois.

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