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Comment le Français Microoled veut conquérir le marché des lunettes connectées

Meta, Apple, Niantic... Nombreuses sont les entreprises à vouloir capturer le marché des lunettes de réalité augmentée, perçu comme la clé de voute de l'informatique post-smartphone. Mais les limites actuelles de la technologie ne leur permettent pas de mettre un produit sur le marché qui puisse être porté toute la journée par le consommateur lambda. En France, le bien nommé Microoled, spécialiste des micro-écrans Oled, a fait le pari d'aller à contre-courant. Avec son système basse consommation ActiveLook Next, il veut conquérir le marché des lunettes connectées pour le sport... et pour l'industrie.
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Comment le Français Microoled veut conquérir le marché des lunettes connectées
Nouveau modèle de lunettes connectées utilisant le système ActiveLook NexT. © Emmanuel Dal Fabbro

La société française Microoled, basée à Grenoble, a présenté le 9 novembre à l'occasion de la conférence Augmented World Expo (AWE) 2021 la nouvelle génération de son produit ActiveLook. Il regroupe bloc optique, composants électroniques et batterie pour fournir une solution clé-en-main de lunettes connectées aux fabricants de lunettes de sport. Elle inclut également une partie logicielle, avec le kit de développement qui va bien.

Créée en 2007, l'entreprise s'est hissée aujourd'hui au rang de deuxième fournisseur de microdisplays Oled au monde d'après son cofondateur et PDG, Éric Marcellin-Dibon. Spécialiste de l'Oled basse consommation, elle fournit notamment des systèmes de visualisation pour des appareils utilisés dans la défense et la sécurité, qui représente une part importante de sa clientèle, ainsi que pour le sport, la chasse et le médical. Des appareils comme des caméras, jumelles et lunettes de visée, microscopes... 97% de ses ventes sont à l'export.

"Nous avons passé plusieurs caps récemment, explique Éric Marcellin-Dibon à L'Usine Digitale. Le million d’écrans vendus, la centaine d’employés, et les 20 millions d’euros de chiffre d'affaires en 2020, en sachant que nous sommes rentables." L'entreprise a triplé son chiffre d'affaires en deux ans, et se targue d'avoir eu 50% de croissance en 2020 en dépit du Covid-19. Outre cette clientèle existante très B2B, Microoled mise surtout beaucoup sur le marché naissant des lunettes connectées.

Une approche qui va à l'inverse des géants technologiques
"Nous y pensions dès le départ, mais le marché ne s'était pas encore matérialisé, confie le dirigeant. Nous avons développé notre propre vision pour adresser ce marché, un peu différente de celle des grands acteurs de la réalité augmentée. Le plus important pour nous c’est l’esthétique, la compacité, le poids et le confort." Des éléments sur lesquels tout le monde s'accorde, mais qui ne sont pas compatibles à l'heure actuelle avec les cas d'usage dont rêvent les grandes entreprises comme Meta, Microsoft ou Apple.

Elles sont attirées par le potentiel de la réalité augmentée immersive, c'est-à-dire avec un affichage stéréoscopique et en couleur et des capteurs permettant de placer des objets virtuels dans l'environnement comme s'ils s'y trouvaient physiquement, voire même de permettre une interaction entre le virtuel et le réel. Une approche très ambitieuse mais encore technologiquement limitée. Même des produits comme Magic Leap 2 ou Nreal Light, dont le design se rapproche autant que faire se peut de lunettes classiques, restent loin du compte.
 


Écran Amoled Yellowstone utilisé par ActiveLook NexT


Avec ActiveLook, Microoled fait donc le pari inverse : les lunettes d'abord et la technologie ensuite. Elle se concentre sur l'affichage d'informations simples pour des cas d'usage bien précis. L'entreprise s'appuie ce faisant sur son point fort : ses micro-écrans dont la consommation énergétique est très basse (moins d'un milliwatt) tout en étant très lumineux (suffisamment pour être lisibles en extérieur par temps ensoleillé). Le résultat de cinq années de R&D et d'un investissement de plusieurs millions d'euros.

"Nous avons eu cette vision de lunettes qui restent esthétiques et légères en 2013, détaille Éric Marcellin-Dibon. Il faut pour cela que la technologie soit invisible, ce qui nécessite de limiter la consommation d’énergie, car c’est ça qui fait le poids et la compacité du système. C'est pourquoi nous nous sommes concentrés sur ces deux points : très basse consommation et très forte luminosité." Concrètement, ses écrans monochromes consomment "30 à 40 fois moins" que ce que propose Sony aujourd'hui.

Proposer une solution clé-en-main aux fabricants
Microoled a ensuite remonté la chaîne de valeur en intégrant la partie électronique et la batterie, et en s'assurant que le système reste invisible du point de vue d'un observateur. Hors de question en effet d'avoir l'air "bizarre", car le premier domaine d'application de cette technologie est celui des lunettes de soleil pour le sport. "C'est un cas d'usage que les gens comprennent très bien, et qui va de pair avec le développement des applications sur smartphone et smartwatch pour avoir ses statistiques sportives", commente le dirigeant.

Un premier produit est arrivé sur le marché en 2020 : les lunettes Evad-1 de Julbo, spécialiste des lunettes sportives. Le 25 octobre 2021, c'est la start-up française Cosmo Connected, surtout connue jusqu'ici pour son feu arrière à destination des deux roues, qui a sorti des lunettes pour la mobilité urbaine baptisées Cosmo Vision. Les prix sont de 499 euros pour les lunettes Julbo et de 489 euros pour celles de Cosmo. Microoled veut maintenant accélérer avec la nouvelle version de son système, baptisée NexT.

Créer un écosystème ouvert autour d'ActiveLook
ActiveLook NexT sera disponible au cours du premier trimestre 2022. Le module dispose de 12 heures d'autonomie, propose une résolution de 304 x 256 pixels et pèse moins de 7 grammes, ce qui permet de créer des lunettes dont le poids total varie entre 30 et 35 g. La solution s'appuie sur un verre unique mais sur lequel plusieurs découpes sont possibles en fonction du look souhaité. Le verre est photochromique (devient plus foncé quand il y a du soleil) et la luminosité de l'écran augmente et diminue aussi en fonction de la lumière ambiante.

L'écran Amoled est monochrome, comme indiqué plus haut, et fournit une image sur un champ de vision d'environ 12°, "l'équivalent d'un écran de smartphone tenu à bout de bras ou un gros cadran de montre", d'après Éric Marcellin-Dibon. De quoi afficher des informations simples, qui sont envoyées sur l'œil gauche par un projecteur conçu en interne par Microoled. L'image apparaît au centre à gauche de la vue de l'utilisateur et reste visible en permanence.
 


Machine réalisant l'assemblage automatisé du projecteur utilisé par le système ActiveLook


Les informations affichées sont définies par avance dans l'application mobile (la connexion au smartphone se fait par Bluetooth LE), puis il est possible de passer la main devant les lunettes pour changer de page affichée pendant la session. Chaque page permet de voir entre une et six informations. En plus de son application native, Microoled propose un kit de développement logiciel et l'API qui va avec pour permettre aux fabricants de lunettes de développer leurs propres applications (c'est d'ailleurs ce qu'à fait Cosmo Connected). Tout est librement disponible sur GitHub.

La PME démarche par ailleurs les applications tierces pour qu'elles prennent en charge ActiveLook. L'application OpenRunner l'a intégré au mois d'octobre. "Des discussions sont en cours avec d'autres partenaires dans le domaine du sport et de la navigation", indique Éric Marcellin-Dibon. L'idée est de créer un écosystème ouvert qui regroupe tout type de capteurs et qui puisse fonctionner en tandem avec une montre connectée par exemple.
 


A gauche, le wafer avant séparation des écrans, à droite, les lunettes sur leur ligne d'assemblage


Made in France
Les micro-écrans de Microoled sont fabriqués à Grenoble dans une usine dédiée. "Nous travaillons avec différents fournisseurs de wafers, puis nous déposons les couches Oled dans notre usine. C’est le cœur de notre technologie, notre savoir-faire historique, expose le PDG. Ensuite nous segmentons le wafer et réalisons l'assemblage des écrans sur circuit imprimé. Nous avons également un sous-traitant à Taïwan et en Chine pour l’assemblage final de l’écran par souci d'optimisation, car nous avons beaucoup de clients là-bas." La dernière étape est l’assemblage des lunettes avec les composants fournis par des spécialistes de l'optique (montures, verres).

Prochain marché : l'industrie
La feuille de route de Microoled est chargée tant du point de vue technologique que business. L'entreprise travaille notamment sur une version couleur d’ActiveLook ainsi que sur une miniaturisation encore plus poussée du système. Elle développe également d'autres fonctionnalités logicielles, entre autres pour standardiser la façon dont les appareils tiers communiquent avec son écran.

L'entreprise planche aussi sur la pénétration de nouveaux marchés, dont celui de l'industrie. "Cela va arriver assez rapidement, car il y a un besoin, déclare Éric Marcellin-Dibon. L'erreur jusqu’à présent a été de faire des lunettes intelligentes mais qui sont trop grosses, avec un pad sur le côté, ce qui fait que le poids, même à 100 grammes, fini par peser à l'opérateur s'il le porte toute la journée."

Microoled vise là-encore des appareils plus légers, calqués sur les lunettes de protection couramment utilisées dans ces milieux. De quoi s'adresser aussi bien au manufacturing qu'à la logistique ou la construction. "Les cas d'usage sont nombreux, assure le dirigeant. Cela peut être d'avoir une liste d'étapes à réaliser en salle blanche, de références à récupérer pour de la manutention, ou simplement pour donner le statut des câbles électriques aux techniciens opérant sur de la haute tension." Et de conclure : "au final, que ce soit pour les sportifs, opérateurs industriels ou militaires, le poids et l'esthétique restent très importants."

Avec, en filigrane, l'ambition de s'adresser un jour aux cas d'usage dits "lifestyle", c'est-à-dire au grand public.

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