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Comment les véhicules autonomes et les drones vont transformer la logistique

Les différents maillons de la chaîne logistique cherchent à tirer profit des nouvelles technologies. Les véhicules autonomes et les drones promettent d'automatiser le transport des marchandises que ce soit au sein d'un entrepôt, au sein de la chaîne logistique ou pour la livraison du dernier kilomètre. De nombreux partenariats se forment et les essais se multiplient. L'Usine Digitale fait un tour d'horizon de ces transformations touchant le secteur de la logistique.
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Comment les véhicules autonomes et les drones vont transformer la logistique
BP teste un véhicule autonome Oxbotica dans sa raffinerie de Lingen en Allemagne. © Oxbotica

Le secteur de la logistique se transforme tranquillement. Les véhicules autonomes et les drones sont deux technologies prometteuses. A la clé : réduction des coûts, sécurité renforcée et fin des éventuelles pénuries de main d'œuvre. Mais quand est-il vraiment ? Où en sont rendues ces technologies ? Quels sont les cas d'usages ?

Contrôle à distance et automatisation
Geodis a fait le choix du contrôle à distance. L'entreprise française spécialisée dans le transport et la logistique veut équiper ses entrepôts de chariots élévateurs contrôlés à distance. Cela fait deux ans maintenant qu'elle teste le logiciel de contrôle à distance de Phantom Auto dans des entrepôts situés au Mans et à Levallois. L'objectif est qu'une même personne, située à plusieurs milliers de kilomètres, puisse contrôler plusieurs chariots élévateurs situés dans différents entrepôts. Cette technologie semble dans l'immédiat plus facilement industrialisable à grande échelle.

La pépite britannique Ocado, spécialisée dans l'automatisation et la robotisation des entrepôts logistiques, a pris les devants et investit dans les systèmes de conduite autonome développés par la start-up Oxbotica. Ensemble les entreprises veulent opérer des véhicules autonomes à l'intérieur des entrepôts et dans les cours extérieurs qui les entourent. A terme, l'idée est d'utiliser des véhicules autonomes pour réaliser les livraisons du dernier kilomètre.

La start-up Outrider se concentre sur l'automatisation des opérations de transfert des marchandises de la route à l'entrepôt et inversement. Sa solution repose sur un système intégré en trois parties qui inclut un logiciel de gestion, des tracteurs autonomes et des équipements pour l'infrastructure du site. Les Français Navya et EasyMile se sont aussi mis au développement de tracteurs autonomes mais sans l'ensemble de la solution proposée par Outrider.

Par exemple, l'aéroport de Toulouse-Blagnac a testé un tracteur à bagages autonome développé par Navya et Charlatte Manutention. De même, le tracteur logistique autonome d'EasyMile dédié à la manutention de bagages sur zones aéroportuaires, ou de charges sur sites industriels est déjà déployé sur le site industriel de Stellantis à Sochaud et sur l'aéroport de Narita, au Japon.
 


Le tracteur à bagages autonomes de Navya et Charlatte Manutention.


Un espace idéal pour les véhicules autonomes et les drones
Cette technologie de conduite autonome n'est pas encore au point. Si une des promesses de ces véhicules est de pouvoir se passer du conducteur, pour l'instant très rare sont les start-up qui testent des véhicules autonomes sans opérateur de sécurité à leur bord. Toutefois, le terrain de jeu de l'entrepôt logistique ou des zones ultra-réglementées (aéroport, usine) semblent être un bon point de départ pour entraîner les systèmes embarqués.

Les entrepôts, et usines 4.0 de façon plus générale, sont des lieux au sein desquels les personnes sont habituées à voir circuler de petits robots plus ou moins autonomes. Ces espaces sont souvent extrêmement réglementés et il est possible d'équiper rapidement l'infrastructure pour lui permettre de communiquer directement avec le véhicule. La circulation des véhicules autonomes sur de tels fermés semble facilitée.

Un terrain de jeu également idéal pour… les drones. Volocopter l'a bien compris. La start-up allemande, connue pour développer un taxi volant ou eVTOL, planche également sur un VoloDrone destiné à des cas d'usages industriels et plus particulièrement à aider les entreprises au milieu de leur chaîne logistique. Les drones peuvent également être utilisés dans le cadre de la surveillance de site ou pour réaliser l'inventaire d'un entrepôt, une tâche fastidieuse qui peut être automatisée. Si certains peuvent être pilotés à distance, le but est d'automatiser leurs taches.
 


Le VoloDrone développé par la start-up Volocopter.


Les camions autonomes au secours de la longue distance
A la sortie de l'entrepôt, il faut transporter les marchandises sur de grandes distances pour les amener au point final ou à un nouveau hub logistique. Ce transport longue distance peut être réalisé avec des camions autonomes. De très nombreuses start-up se penchent sur ce sujet, notamment aux Etats-Unis. Les routes en Amérique du Nord se prêtent plus facilement à ces déploiements qu'en Europe. Larges et généralement moins sinueuses, elles sont plus accessibles pour les technologies de conduite autonome. Amazon, qui s'est emparé de la start-up Zoox spécialisée dans la conduite autonome pour le transport de personnes, a commandé 1 000 systèmes de conduite autonome pour poids lourds auprès de Plus.ai et a pris une option lui permettant d'acquérir 20% des parts de la start-up.

Aurora, spécialisée dans la technologie de conduite autonome, a noué un partenariat avec le constructeur Paccar et FedEx. L'objectif est de transporter des marchandises pour le compte de FedEx avec des camions autonomes sur la route reliant Dallas à Houston. Walmart s'est rapproché de la start-up Gatik avec laquelle le distributeur a mené un pilote pour transporter des marchandises dans des camions autonomes d'un entrepôt aux supermarchés qui l'entourent.

Certaines start-up spécialisées dans les camions autonomes nouent des partenariats avec des sociétés de transport et de logistique. L'objectif : se constituer facilement un réseau d'entrepôts et centres logistiques où pourront transiter leurs camions autonomes pour récupérer ou décharger leurs marchandises et réaliser les taches de maintenance. C'est par exemple le cas d'Embark, TuSimple et Ike Robotics qui ont noué un partenariat avec le spécialiste de la logistique Ryder. Volvo planche aussi sur ce sujet des camions autonome, BMW a investi dans Kodiak Robotics, Daimler a fait alliance avec la filiale d'Alphabet Waymo. Il y a une vraie effervescence aux Etats-Unis autour des camions autonomes.

L'engouement pour le transport par drone
Amazon voit plus loin que le transport terrestre et a investi dans les avions électriques de Beta Technologies qui pourront transporter jusqu'à trois palettes de marchandises (environ 680 kg), ainsi qu'un pilote, sur des moyennes distances. Une démarche similaire est entamée par DHL pour améliorer son réseau logistique. L'Allemand a noué un partenariat avec la start-up bulgare Dronamics. Le but est d'utiliser son drone cargo Black Swan, qui pourra transporter jusqu'à 350 kg de fret avec une autonomie de 2 500 km, pour des vols transfrontaliers et interurbains.

D'autres entreprises se tournent vers les drones pour gérer les livraisons du dernier kilomètre. Wing, la filiale d'Alphabet, réalise de nombreux tests de services de livraison par drone. Manna, Wingcopter ou encore Zipline développent également des drones pour la livraison du dernier kilomètre. Le distributeur américain Walmart s'intéresse à cette technologie et a testé plusieurs drones dans le cadre de services de livraison.
 


Le drone de livraison de Wing, la filiale d'Alphabet.


Les drones pour le dernier kilomètre…
Survey Copter (Airbus) et Colis Privé mènent une étude de faisabilité afin de définir les conditions de déploiement d'un service de livraison par drone pour les particuliers et d'établir sa viabilité économique. Le spécialiste américain de la logistique UPS est allé jusqu'à lancer une nouvelle filiale, UPS Flight Forward Inc, chargée d'industrialiser l'usage de drones pour la livraison de colis. L'entreprise, qui a reçu l'autorisation de réaliser des livraisons commerciales par drone aux Etats-Unis, a réalisé plus de 3 800 livraisons par drone depuis la création de sa filiale en 2019.

Si la division Amazon Prime Air est en pleine restructuration elle ambitionne toujours de réaliser des livraisons de colis de moins de 2,3 kg en 30 minutes dans un rayon de 12 kilomètres autour de ses entrepôts. Et Amazon s'intéresse également aux robots de livraison et il n'est pas le seul puisque l'automatisation des livraisons des derniers kilomètres, que ce soit par les airs ou à terre, promet également de doper le secteur de l'e-commerce ou de la livraison de repas.

Au-delà de la technologie elle-même, le transport par drone pose plusieurs difficultés. Souvent les appareils ne peuvent pas transporter de grandes quantités de marchandises et les distances parcourues sont courtes. La réglementation n'est pas encore tout à fait adaptée à l'utilisation de ces appareils dans le cadre de service de livraison. Les autorisations sont délivrées ponctuellement sur des zones précises et les critères de délivrance de ces autorisations varient d'un pays à l'autre. Cela semble assez logique puisque les drones sont amenés à survoler des zones habitées et cela peut être dangereux. L'espace aérien et sa gestion sont très fortement réglementés. Différents pays réfléchissent à un nouveau système de gestion permettant de prendre en compte les drones de livraison ou d'éventuels taxis-volants.


… et des véhicules autonomes
Les entreprises se tournent également vers les robots autonomes pour ces livraisons du dernier kilomètre. Amazon a dévoilé Scout, un robot autonome doté de six roues et spécialement conçu pour réaliser des livraisons du dernier kilomètre. Le russe Yandex a également développé son propre robot pour la livraison du dernier kilomètre. Hyundai s'est rapproché de la start-up Woowa Brothers. Walmart a lancé des pilotes avec Cruise, la filiale de General Motors qui développe un système de conduite autonome.
 


Scout, le robot de livraison autonome d'Amazon.


La pépite américaine Nuro a séduit FedEx avec ses robots de livraisons autonomes un peu plus grands que les autres. Un accord grâce auquel la start-up espère confronter sa technologie à des déploiements à grande échelle et passer à l'étape supérieure. En France, la pépite Twinswheel planche sur différents types de robots autonomes. Ses "droïdes" vont réaliser des livraisons à Montpellier dans le cadre d'une expérimentation d'une durée de 36 mois. Panasonic, Alibaba ou même Uber se sont saisis de cette technologie et développent leurs propres robots de livraison autonome.

L'engouement est réel pour cette technologie. Les robots de livraison autonome parviendront-ils à conquérir les trottoirs et circuler en toute sécurité parmi les piétons, poucettes et autres usagers de la route ? Que ce soit par les airs ou sur la terre, la promesse de l'automatisation séduit tous les échelons de la chaîne logistique. Les projets pilotes et les partenariats se multiplient. L'échelon de l'entrepôt semble être une bonne échelle pour tester et entraîner les algorithmes embarqués dans les appareils.

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