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Comment Wall Street a eu la peau de Steve Ballmer 

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Sous la pression des investisseurs, le patron de Microsoft, Steve Ballmer, va quitter son poste dans un an. Son départ anticipé est motivé davantage par des considérations boursières que par des résultats financiers qui restent au beau fixe. Sa stratégie n’a jamais obtenu l’adhésion de Wall Street.

Comment Wall Street a eu la peau de Steve Ballmer
Comment Wall Street a eu la peau de Steve Ballmer  © Wired Photostream

Wall Street jubile. Steve Ballmer, dont les investisseurs réclamaient la tête depuis deux ans, est sur le départ. Le successeur de Bill Gates à la tête de Microsoft depuis 2000 l’a annoncé lui-même, vendredi 23 août 2013, par mail, aux 100 000 salariés du groupe. Alors qu’il devait rester en poste jusqu’en 2017 ou 2018, il va se retirer d’ici un an, le temps de lui trouver un successeur.

Echec dans la recherche Web, retard dans le cloud computing, ratage dans les mobiles... Wall Street reproche à Steve Ballmer tous les maux dont souffre aujourd’hui Microsoft. Le flop de Windows 8 et de la tablette Surface a fini par ôter toute confiance des investisseurs. David Einhorn, patron du fonds spéculatif Greenlight Capital et l’un des hommes d’affaires les plus influents à Wall Street, n’hésitait pas, en 2011, à comparer Microsoft à un bateau en train de couler par la faute de son commandant.

Le groupe de Redmond est-il en si mauvaise posture ? "Pas du tout", répond Ashraf Eassa, analyste spécialisée dans les technologies de l’information, sur le blog de la finance Seeking Alpha. "Le but de toute entreprise cotée en bourse est de générer du cash pour ses actionnaires, et à cet égard, Steve Ballmer a accompli un travail admirable en doublant le flux de trésorerie en dix ans, ce qui est impressionnant pour une entreprise d’une taille aussi gargantuesque." Sur le dernier exercice fiscal décalé, clos le 30 juin 2013, Microsoft affiche un chiffre d’affaires de 77,8 milliards de dollars et un bénéfice de 21,9 milliards de dollars, contre respectivement 25,2 et 7,3 milliards de dollars pour l’exercice 2001, le premier sous la mandature de Steve Ballmer. Le groupe reste donc l’une des entreprises les plus profitables au monde et celui qui est accusé de menacer les intérêts des actionnaires et des salariés semble avoir conforté cette profitabilité.

Microsoft, un innovateur suiveur très profitable

Mais ce qui préoccupe les investisseurs, c’est l’évolution de l’action en bourse. En décembre 1999, la capitalisation boursière de Microsoft atteignait le record de 616 milliards de dollars, alors la plus élevée dans le monde. Sous la mandature de Steve Ballmer, elle est tombée de moitié puis est restée quasiment stable depuis dix ans, alors que l’action de Google a bondi de 770% et celle d’Apple de 1850%. Les investisseurs s’estiment privés d’une plus-value importante que Microsoft aurait créée si son patron avait su prendre le virage du Web, du cloud et des mobiles. Mais pour Ashraf Eassa, l’important est que l’action n’a pas baissé non plus. C’est le signe que Microsoft garde une position robuste, résultat d’un portefeuille de produits diversifié, allant des systèmes d’exploitation au jeux vidéo, en passant par les logiciels de gestion en entreprise, les services en ligne, le cloud ou encore le matériel.

L’un des points de cristallisation des critiques réside dans les mobiles. Si Microsoft demeure à la traîne, loin derrière les systèmes d’exploitation iOS d’Apple et Android de Google, avec, selon le cabinet IDC, seulement 4% de part de marché dans les tablettes et 3,7% dans les smartphones au deuxième trimestre 2013, il est peu affecté par la chute du marché des PC. Windows, qui équipe PC, serveurs, supercalculateurs, tablettes et smartphones, ne représente que 24% des revenus du groupe. Microsoft s’en sort mieux qu’Intel, qui dépend davantage des PC pour ses microprocesseurs.

Un autre menera la stratégie "services et matériel"

Le fond du problème vient d’une incompréhension de la nouvelle stratégie "Services & Devices" de Steve Ballmer par le marché financier. Avec cette stratégie, l’homme fort de Microsoft voulait transformer le modèle industriel du groupe en le faisant passer d’un simple éditeur de logiciels à un fournisseur de services et de matériel. Avec le développement du cloud computing et l’explosion des mobiles, les logiciels se vendront demain sous la forme de services en ligne. Microsoft a entamé cette migration, avec notamment le lancement, en juin 2012, de son service Office 365 (l’équivalent de Docs chez Google) et, en octobre 2012, de sa tablette Surface. Et pour réussir son pari, Steve Ballmer n’a pas hésité à chambouler l’organisation du groupe en juillet dernier dans l’objectif d’être plus intégré et plus efficace. Face aux critiques, il a demandé à chaque fois du temps pour mener à terme cette transition par définition longue et difficile. Mais pour Wall Street, du temps, il en a eu plus que nécessaire : 13 ans. L’heure est au changement.

Ridha Loukil

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