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Comment YouTube rémunère les discours haineux, misogynes et racistes

Vu ailleurs De nombreux contenus qui contreviennent clairement à la politique de YouTube restent visibles sur la plateforme. Des chaînes diffusant des vidéos avec des discours haineux, misogynes ou racistes sont même grassement rémunérées par YouTube en raison de leur visibilité importante, rapporte le cabinet d'analyse Bot Sentinel. Ce dernier publie un rapport accablant pour la plateforme d'hébergement vidéo, notamment concernant des faits de harcèlement à l'encontre de célébrités comme Meghan Markle ou Amber Heard.
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Comment YouTube rémunère les discours haineux, misogynes et racistes
Comment YouTube rémunère les discours haineux, misogynes et racistes © Christian Wiediger/Unsplash

Misogynie, racisme et harcèlement ciblé… Certains de ces contenus seraient largement rémunérés par YouTube en dépit de ses règles de modération. Le cabinet d'analyse Bot Sentinel a mené une enquête sur la plateforme de partage de vidéos qui peut être assimilée à un réseau social en raison des espaces d'échanges qu'elle propose.

Christopher Bouzy, le fondateur de Bot Sentinel, explique dans une interview exclusive accordée à Rolling Stone, avoir mis au jour un stratagème grâce auquel des discours haineux, misogynes, racistes et incitants au harcèlement (visant principalement des femmes connues et identifiables) ne sont pas modérés. L'entreprise s'est concentrée sur 29 chaînes YouTube pour identifier des commentaires toxiques, et sur près de 24 autres chaînes suspectées de ne pas respecter le droit d'auteur.
 

Des chaînes rémunérées 42 000 dollars par mois

Bot Sentinel a trouvé qu'au moins deux douzaines de chaînes YouTube contreviennent de manière flagrante à la politique de la plateforme en matière de modération. Elles continuent malgré tout de publier du contenu et d'être rémunérées pour cela. Meghan Markle, une actrice américaine qui est devenue membre de la famille royale britannique en épousant Harry de Sussex, ainsi que l'actrice Amber Heard, ex-femme de Johnny Depp, sont parmi leurs cibles privilégiées. Ces deux personnalités se sont déjà exprimées sur les effets dévastateurs et au long terme sur leur santé mentale et leurs émotions du harcèlement à leur encontre, rappelle Rolling Stone.

Le cabinet d'analyse rapporte que 5 chaînes qui diffusent des discours haineux vis-à-vis de Meghan Markle ont reçu un total de 42 000 dollars par mois de la plateforme, l'ensemble de leurs vidéos contenant des publicités. YouTube perçoit évidemment une partie des revenus, précise l'étude. Pourtant, en théorie la plateforme prohibe les insultes ciblant des personnes célèbres ou identifiables, basées sur l'apparence de quelqu'un ou visant une catégorie de personnes (en raison de son origine ethnique ou des victimes de violences conjugales, etc.).

Mais les chaînes YouTube visées par l'enquête de Bot Sentinel se livrent à la publication de contenus diffamatoires absolument non vérifiés. D'autres mettent en œuvre des pratiques trompeuses, comme d'utiliser des images de prévisualisation ou "thumbnails" qui ne correspondent pas au contenu de la vidéo afin de passer outre la modération.

Meghan Markle et Amber Heard, des cibles privilégiées

Au moins 29 chaînes YouTube monétisent du contenu blessant ou diffamatoire, voire même menaçant à l'encontre de Meghan Markle. 22 autres chaînes ont posté au moins 30 000 vidéos dont 80% des titres sont anti-Meghan Markle. Ces chaînes ont pour unique but de diffuser du contenu visant à provoquer un sentiment anti-Markle, puisque 94% de l'ensemble de leur contenu est constitué de remarques négatives ou diffamatoires à son encontre, relève Bot Sentinel. Trois des principales chaînes mentionnent le nom de Meghan Markle au moins 15 000 fois dans des vidéos qui ont reçu 76 millions de vues combinées.

Un autre youtubeur publie continuellement du contenu violant les règles de YouTube concernant la duchesse de Sussex. Dans une vidéo en direct, il a déclaré qu'elle méritait de se faire "étrangler à mort", rapporte encore Bot Sentinel. Misant sur la passion du public pour le procès entre Johnny Depp et Amber Heard, un créateur a réalisé 128 vidéos avec des commentaires blessants sur le corps d'Amber Heard ou ayant un caractère diffamatoire sur son témoignage lors du procès. Dans les vidéos son nom est mentionné plus de 6000 fois.

Bot Sentinel détaille également des infractions au droit d'auteur de chaînes YouTube spécialisées sur la famille royale ou se positionnant comme étant anti-Markle. Au moins 22 chaînes ont publié des milliers de vidéos réalisées en récitant à l'oral des articles de presse. Une majorité de ces 34 000 vidéos, qui ont reçu plus de 441 millions de vues, ne créditent pas les articles ou les titres de presse d'où proviennent le contenu.

La modération de YouTube, inexistante ?

Christopher Bouzy a assuré avoir signalé à de multiples reprises les vidéos à YouTube, voire auprès de Google. Sans succès. En revanche, moins d'une heure après que des commentaires sur différentes vidéos spécifiques aient été demandés, YouTube a retiré au moins deux vidéos en expliquant qu'elles ne respectent pas ses règles sur le harcèlement, glisse Rolling Stone.

Pour Christopher Bouzy, YouTube est responsable : "Beaucoup des responsables de ces chaînes ne feraient pas ce qu'ils font si YouTube ne les récompensait pas. Et soyons clair ici, ils sont récompensés. Quand vous autorisez ces personnes à monétiser ce type de contenu, vous, la société qui les rémunère, facilitez le harcèlement."

Contacté par le média américain, un porte-parole de YouTube, qui n'a pas vu le rapport, assure prendre ce type d'infraction à leurs règles au sérieux. Il affirme que YouTube cherche à faire appliquer auprès de l'ensemble des créateurs de contenu ses politiques de modération, et ce de façon égalitaire, et encourage les utilisateurs à signaler les contenus ne respectant pas les règles émises par la plateforme.

Quelle modération sur les réseaux sociaux ?

Pour Christopher Bouzy cette étude met en lumière les lacunes de YouTube en matière de modération. Ces vidéos qui mettent en avant des contenus racistes ou misogynes enferment les personnes qui les regardent dans une vision du monde particulière, explique-t-il auprès de Rolling Stone. Et selon lui, un manque de modération sur ces contenus peut entraîner une augmentation des propos haineux et racistes à l'encontre d'autres populations, comme des journalistes ou même de simples citoyens.

"Je pense qu'une plateforme aussi grande que YouTube, avec des milliards de vues, a des responsabilités", ajoute Christopher Bouzy. Le sujet de la modération concerne également Twitter, Facebook, Instagram ou encore TikTok. Il est d'autant plus essentiel que les jeunes se tournent de plus en plus vers les réseaux sociaux pour s'informer.

Un rapport publié par la société NewsGuard alerte sur la désinformation publiée sur TikTok : près de 20% des contenus diffusés sur des sujets d'actualités contiennent des informations fausses ou trompeuses. L'application de partage de vidéos est pourtant utilisée comme un moteur de recherche par les jeunes qui s'informent énormément dessus.

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