Comptes bloqués : Lydia menacée par une action de groupe

170 clients mécontents, qui ont vu leur compte bloqué par l'application et se trouvent dans l'impossibilité de récupérer leur argent pour le moment, participent à un recours collectif en pré-contentieux contre Lydia.

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Comptes bloqués : Lydia menacée par une action de groupe

Le recours collectif en pré-contentieux entamé le 21 février contre la super-app bancaire Lydia rassemble désormais 170 clients. Ils étaient une centaine il y a un mois. Ces clients ont vu leur compte bloqué depuis plusieurs mois ou clôturé, et ne parviennent pas à récupérer leurs fonds malgré la procédure mise en place par l'application. Soit ils ne parviennent pas à transmettre leurs coordonnées bancaires pour le transfert de compte, soit ils attendent toujours que l'argent leur soit viré.

500 000 euros bloqués
L'avocat du cabinet Ziegler & Associés, qui est en charge du recours collectif, nous indique aboutir à un chiffrage total de l'ordre de 490 000 à 520 000 euros. Individuellement, le préjudice varie entre 100 euros et 320 000 euros (certains clients utilisaient Lydia comme compte professionnel) par participant.

"Nous avons instruit l'ensemble des pièces. Les courriers officiels partiront début avril", ajoute Jocelyn Ziegler, avocat associé au cabinet. "Pour certains clients, c'est dramatique, il faut comprendre que ce n'est pas de l'épargne, c'est de l'argent qui est dépensé par ces clients."

Une procédure loin d'être exceptionnelle
En elle-même, la situation des clients de la fintech tricolore n'est pas exceptionnelle. Les enquêtes diligentées à la suite de transferts d'argent inhabituels sont chose commune. "Ce qui est exceptionnel, c'est que cela concerne autant de clients", explique maître Ziegler, qui précise qu'il s'agit du premier recours collectif de ce type en France.

En juin 2021, la néobanque N26 a écopé d'une amende de 4,25 millions d'euros en Allemagne pour des failles dans son dispositif de lutte contre le blanchiment. Un rappel à l'ordre pour toutes les nouvelles structures du monde de la fintech, qui auraient été tentées de jouer avec le feu. La réglementation européenne LCB-FT (lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme) s'applique à tous : établissements de paiement, de monnaie électronique, et intermédiaires en opérations de banque et en services de paiement.

Des retards dus à des sous-effectifs ?
Lydia, enregistrée auprès de l'ACPR comme agent prestataire de services de paiement, fait partie de ces acteurs régulés. A ce titre, la société se doit de signaler à Tracfin, le service du ministère de l'Economie chargé de la lutte contre la fraude fiscale et le blanchiment d'argent, lorsqu'elle repère des transactions suspectes, ce qui peut aboutir à des demandes de justificatifs, des blocages de comptes temporaires le temps d'effectuer les vérifications, voire à des fermetures de comptes.

"Dans le cadre de son devoir de diligence, Lydia est, face à des transactions atypiques, dans l'obligation de suspendre l'activité d'un compte, le temps de confirmer ou d'infirmer les soupçons, en collaboration avec l'organisme d'Etat en charge de la lutte contre les circuits financiers clandestins", expliquait-elle au site Moneyvox.

"La plupart des acteurs financiers, soumis à une pression monstre de la réglementation européenne LCB-FT, réorganisent leurs services de compliance pour y faire face. Etant un cabinet spécialisé en droit bancaire et numérique, nous sommes en relation avec eux. Et d'après nos observations Lydia est l'un des seuls qui n'a pas augmenté ses effectifs", expose Jocelyn Ziegler à L'Usine Digitale. "Je pense que le problème vient d'un sous-effectif." L'application compte 5,5 millions de clients en Europe. Contactée, Lydia n'a pas souhaité faire de commentaire.

Pour certains, la situation se décante
Depuis un mois, certains clients sont néanmoins sortis du recours collectif, mais c'est parce qu'ils ont réussi à dénouer la situation en entamant une procédure individuelle. C'est le cas d'une entreprise belge qui utilisait Lydia pour verser les salaires à ses intérimaires en France.

Le principe du recours collectif consiste à mutualiser les frais de procédure pour les requérants. Le cabinet Ziegler facture la mise en demeure à chacun des participants au recours 95 euros HT. En cas d'échec de la procédure, le cabinet compte passer par une association afin d'entamer une action de groupe.

Mise à jour le 24/03/2022 : la réponse de Lydia à notre demande de réaction.

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