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Contrôle aux frontières : L'UE choisit Idemia et Sopra Steria pour sa base de données biométriques

Vu ailleurs D'ici 2022, l'UE possédera une vaste base de données biométriques pour contrôler les entrées et les sorties de l'espace Schengen. L'objectif est de lutter plus efficacement contre la criminalité clandestine et transfrontalière. Les entreprises françaises Idemia et Sopra Steria ont été sélectionnées pour fournir ce nouveau système dans le cadre d'un contrat quadriennal de 300 millions d'euros.
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Contrôle aux frontières : L'UE choisit Idemia et Sopra Steria pour sa base de données biométriques
Contrôle aux frontières : L'UE choisit Idemia et Sopra Steria pour sa base de données biométriques © Idemia

Pour lutter contre la criminalité transfrontalière, l'Union européenne prépare pour 2022 une vaste base de données afin de contrôler les entrées et les sorties dans l'espace Schengen. Euractiv révèle dans un article publié le 9 juin 2020 que ce sont deux entreprises françaises qui ont été choisies par l’agence européenne chargée de superviser les grands projets technologiques de défense et de renseignement (eu-LISA). Il s'agit d'Idemia, spécialisée dans l'identité numérique, et l'entreprise de services du numérique et de conseil Sopra Steria. Elles seront chargées de livrer ce nouveau système partagé de correspondances biométriques (sBMS) et de gérer son suivi et sa maintenance.

Lutter contre la criminalité

L'objectif de ce nouveau système est de "lutter contre la criminalité clandestine et la criminalité transfrontalière" en mettant en commun toutes les bases de données biométriques existantes au niveau national dans les États membres. Il compilera les empreintes digitales et les portraits de plus de 400 millions de personnes. "Basé sur des technologies biométriques européennes, ce système répondra d’abord aux besoins d’identification du nouveau système européen d’entrée/sortie (EES), élément central de la protection des frontières européennes", ont déclaré les deux entreprises technologiques.

D'après le cahier des charges, le contrat pourrait atteindre "un plafond maximum" de dépenses de 302,5 millions d'euros. Conclu initialement pour quatre ans, l'accord pourrait être prolongé de deux ans tout au plus. "Aux côtés de ses partenaires, le groupe déploiera des technologies biométriques de pointe et s’engage fièrement à contribuer à l’une des bases de données biométriques à grande échelle les plus exigeantes au monde en matière de précision et de rapidité, au service d’une Europe plus sûre", a déclaré le vice-président exécutif d’Idemia, Philippe Barreau.

A l'échelle européenne, les projets de bases de données biométriques se multiplient. Fin février 2020, The Intercept révélait dans une enquête qu'un groupe de 10 polices nationales de l'UE, dirigé par l'Autriche, plaidait pour l'interconnexion de bases de données de reconnaissance faciale. Actuellement, les forces de police européennes ont déjà accès à des bases de données qui compilent les empreintes digitales, les profits ADN et les numéros de plaques d'immatriculation des véhicules. Mais ce groupe veut aller encore plus loin. Le rapport autrichien considère cette technologie comme un outil biométrique "très approprié" pour identifier les individus jusqu'ici inconnus par la police. Il suggère que les bases de données soient créées et reliées entre elles "le plus rapidement possible".

Des projets qui inquiètent

Ces projets inquiètent les militants des droits de l'Homme. "Malgré la précision croissante de ces technologies de reconnaissance, le risque d’erreur demeure réel, [et cela peut poser des] préoccupations concernant les droits fondamentaux", indique un rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne de 2019 citée par Euractiv. C’est pourquoi toute utilisation de la technologie biométrique "doit être soigneusement évaluée" afin de déterminer son impact avec précision, notamment en ciblant les groupes minoritaires et en garantissant des droits fondamentaux, comme "la liberté d’expression, d’association et de réunion". "Au moins 15 pays européens ont testé des technologies biométriques comme la reconnaissance faciale dans les espaces publics, en déployant souvent ces systèmes de façon peu transparente, et [sans vraiment sensibiliser] le public [ou entamer] de débat social", a affirmé de son côté la fédération européenne des associations de droits numériques, European Digital Rights, dans un rapport publié en mai 2020.

L'UE a d'ailleurs du mal à trouver une position univoque sur la reconnaissance faciale. Début janvier 2020, la Commission européenne annonçait réfléchir à interdire temporairement les technologies de reconnaissance faciale dans les lieux publics. Elle a finalement changé d'avis. Dans son livre blanc publié en février dernier, l'exécutif européen rappelait que "la collecte et l’utilisation de données biométriques à des fins d’identification à distance, au moyen, par exemple, du déploiement de la reconnaissance faciale dans des lieux publics, comportent des risques particuliers en termes de droits fondamentaux". D'après le Règlement général sur la protection des données, le traitement de données biométriques aux fins d’identifier une personne physique de manière unique, sauf dans des conditions précises par exemple pour des raisons d'intérêt public important. La lutte contre la criminalité transfrontalière et clandestine en fait logiquement partie.

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