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Coronavirus : les fabricants d'électronique sur la corde raide pour relancer la production

L’épidémie de coronavirus frappe de plein fouet les fabricants d’électronique grand public, opérant principalement depuis la Chine pour les grandes marques. Si la majorité de leurs usines ont progressivement rouvert cette semaine, les lignes de production tournent toujours en sous-régime, augurant de possibles retards de livraison.
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Coronavirus : les fabricants d'électronique sur la corde raide pour relancer la production
L'entrée de l'usine Foxconn de Zhengzhou. © China Labor Watch

La reprise du travail dans la majorité des provinces chinoises n’empêche pas l’épidémie de COV-2019 de continuer à perturber la production de l’électronique grand public. Lundi, Apple annonçait avec fracas revoir à la baisse ses objectifs pour le deuxième trimestre. "Les sites de production de nos partenaires manufacturiers pour la production de l’iPhone […] redémarrent à un niveau plus lent qu’anticipé", justifie notamment la marque à la pomme dans son communiqué.

 

Aux premières lignes de cet enraiement se trouvent les entreprises dites ODM (Original Design Manufacturer), qui conçoivent, manufacturent et assemblent les produits électroniques au service de grandes marques. Leurs principales usines se situent pourtant hors de la province centrale du Hubei, épicentre de l’épidémie, mais pâtissent des mesures d’urgence adoptées à l’échelle du pays.

 

Les trois quarts des ouvriers manquent à l'appel

"Les employés ne parviennent pas à regagner les sites de production en raison des mesures de contrôle ou de quarantaine imposées dans de nombreuses provinces", observe ainsi Shin-Hui Chen de l’Institut de recherche en économie Chung-Hua à Taipei, en lien constant avec les ODM taïwanais (et en charge de la réalisation de l’indice des directeurs d’achat taïwanais). Selon un sondage de la chambre américaine de commerce à Shanghai, à peine 25% des 300 millions "travailleurs migrants" avaient ainsi regagné leur lieu de travail au 15 février.

 

Les ODM doivent aussi composer avec les exigences des gouvernements locaux, chargées d’accorder les autorisations de réouverture. "Les autorités locales font face à deux injonctions contradictoires […]  : enrayer au plus vite la propagation du virus tout en relançant rapidement l’activité économique", analyse Aymeric Mariette, chargé d'études au Comité France Chine.

 

A leur retour des congés du nouvel an chinois, les ouvriers doivent notamment respecter un placement en quarantaine d'une quinzaine de jours. "Seuls les employés qui n’avaient pas quitté les sites de production pendant les vacances sont aujourd’hui en mesure de travailler, bien que certaines entreprises essayent d’embaucher des travailleurs locaux, parfois sans expérience, rapporte Brady Wang, directeur associé à Counterpoint Research, basé à Taïwan. Puisque la plupart des usines ont rouvert entre le 10 et le 14 février, nous anticipons que les employés plus expérimentés reprendront le travail entre le 24 et le 28 février."

 

Les usines de Foxconn tournent au ralenti

En conséquence, l’activité des fabriques d’électronique reste pour l’heure largement entravée. "Notre usine en Chine tourne actuellement à 60%", confie à L’Usine Digitale un de ces ODMs taïwanais, dont l’usine située à Shangaï manufacture des composants électroniques. Foxconn, principal assembleur de l’iPhone et premier employeur privé de Chine, est de son côté bien parvenu à rouvrir ses deux principaux sites dédiés à la fabrication de l’iPhone, dont la fameuse "iPhone City" de Zhengzhou. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. "Les taux de production de Foxconn à Chengdu et à Zhengzhou étaient d’entre 25 et 35% avant ce lundi, estime Brady Wang. Nous n’attendons pas un retour à la normale avant au moins la fin du mois de février."

 

Et l’effet sur la production des biens électroniques grand public pourrait rapidement se faire sentir. Dans un rapport paru hier, le cabinet spécialisé Trendforce anticipe une contraction de la production de l’électronique en Chine pour le premier semestre, avec un effet plus marqué pour les ordinateurs, les smartphones ou encore les montres intelligentes. Alors que la production de téléphones entre habituellement dans sa saison haute, Trendforce pronostique une chute de 12% de la production de smartphones pour le premier semestre par rapport à l’an passé. Face à cette torpeur généralisée, Trendforce pointe aussi le risque de pénuries d’éléments de base, tels que les composants passifs ou les modules de caméras. Dans ce contexte, les petits donneurs d’ordre pourraient être les premiers laissés sur le carreau. "Evidemment, si votre capacité est limitée, vous allez prioriser vos clients stratégiques", fait remarquer Shin-Hui Chen

 

Taïwan n'est pas hors de danger

Jusqu’alors épargnée, l’industrie des semi-conducteurs taïwanais, souvent considérée comme un baromètre de la production électronique, pourrait aussi être touchée. "Les contrôles et les mesures de quarantaines imposés aux navires entrant à Taïwan prennent davantage de temps qu’à l’accoutumée et les matières premières employées par l’industrie électronique, telles que les terres rares, pourraient venir à manquer", s’inquiète Shin-Hui Chen.

 

La période est particulièrement critique pour Apple, qui devait annoncer un nouveau modèle pour le mois de mars – l’iPhone SE2 ou iPhone 9. Citant des sources proches du dossier, la revue Nikkei rapportait hier que la production de ce nouveau téléphone allait être retardée, sans pour autant s’avancer sur le report de son lancement commercial. "Si l'épidémie s’arrête, j’ai vraiment confiance en la capacité de ces entreprises à reprendre rapidement la production, par exemple en demandant à leurs employés des heures supplémentaires pour réduire les délais, juge Shin-Hui Chen. Mais il est difficile de savoir si la situation va être sous contrôle dans les prochaines semaines."

 

Apple manœuvre pour minimiser l'impact sur ses produits

Pour anticiper un enlisement de la crise, les grandes marques semblent faire le choix du redéploiement de certaines de leurs commandes. Selon le site d'information taïwanais DigiTimes, Apple aurait dérouté la fabrication de plusieurs produits vers Taïwan. Contacté par L’Usine Digitale, un commercial d’une entreprise dont les usines sont situées à Taïwan confirme aussi une hausse des commandes de la part de ses clients américains de 20% depuis le début de l’épidémie.

 

La question est hautement stratégique pour la Chine. Les fabricants électroniques lorgnent depuis des années vers d’autres pays, notamment en Asie du Sud-Est, espérant réduire davantage les coûts comme les risques. "La réorganisation de la chaîne de production électronique mondiale a déjà commencé, mais le coronavirus va accélérer cette tendance", anticipe Shin-Hui Chen.

 

Preuve de ce phénomène, le géant taïwanais Pegatron Corp, qui produit téléphones, ordinateurs et consoles de jeu, a annoncé hier son intention d’investir environ 150 million de dollars dans une nouvelle unité de production au Vietnam. Le timing d’une telle décision n’a rien d’anodin. "Depuis le début de l’épidémie, nous avons reçu des consignes pour accélérer les projets [de constructions d’usines hors de Chine]", confirme sous couvert d’anonymat un employé de Foxconn.

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