Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

Covid-19 : Contre l'avis de la Cnil, des lycées s'équipent de caméras thermiques

Comment éviter l'apparition de foyers épidémiques dans les établissements scolaires ? C'est pour répondre à cette problématique que trois lycées de la région Auvergne Rhône-Alpes ont décidé de s'équiper de caméras thermiques pour prendre la température des élèves et du personnel. Une expérimentation qui va durer deux semaines minimum et qui soulève de nombreuses questions sur la protection des données personnelles.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

Covid-19 : Contre l'avis de la Cnil, des lycées s'équipent de caméras thermiques
Covid-19 : Contre l'avis de la Cnil, des lycées s'équipent de caméras thermiques © Withplex/Pixabay

Trois lycées de la région Auvergne Rhône-Alpes viennent de s'équiper de caméras thermiques, fraîchement lancées pour la rentrée sous le signe du Covid-19. Le lycée Descartes à Saint-Genis-Laval, le lycée agricole Louis Pasteur de Marmilhat à Lempdes et la Maison familiale rurale (MFR) privée de Vignieu-Moreste espèrent ainsi prévenir l'apparition de foyers épidémiques. Pour rappel, la fièvre est l'un des nombreux symptômes d'une infection au SARS-CoV-2.

Une phase expérimentale de deux à quatre semaines
"Nous amorçons aujourd’hui une phase d’expérimentation dans laquelle la Région intervient en soutien des établissements et des familles", précise la collectivité territoriale dans son communiqué. Cette première étape se déroulera sur deux à quatre semaines et sera suivi d'un bilan. Si ce dernier s'avère "positif", le dispositif sanitaire sera élargi à "l'ensemble des établissements de la région" sur décision volontaire du chef d'établissement.

Cela pourrait même aller encore plus loin. "Il est possible d’avoir un système connecté, qui donnerait à la fin de chaque journée des statistiques au proviseur quant à l’évolution des températures élevées constatées", suggère Franck Zulian à 20 Minutes, CEO de l'entreprise française Stackr, qui fournit des caméras.

Présent sur les lieux pour l'occasion le 1er septembre 2020, le président de la région Laurent Wauquiez s'est réjoui de cette initiative "unique en France" qui va permettre "d'assurer la sécurité sanitaire de tous dans nos établissements". "Il vaut mieux agir avant un cluster plutôt qu’après. En tout cas, il n’y aura pas de contrainte budgétaire pour la protection de nos élèves", a-t-il poursuivi lors d'un discours cité par Le Parisien.
 



La prise de température repose sur le volontariat
Installées à l'entrée des lycées, ces caméras "fiables à 0.1° près" ne pourront prendre la température corporelle que des élèves et du personnel volontaires. En d'autres termes, l'acceptation ou le refus ne conditionnera pas l'entrée dans l'établissement. D'après la région, à peine 10 secondes devant l'objectif suffisent à obtenir la température de l'utilisateur. Lorsque la température est au-dessus de 37,5 degrés, celle-ci s'affichera en rouge sur l'écran de contrôle. La personne concernée devra alors se rendre dans l'infirmerie de son établissement où le protocole sanitaire en vigueur sera appliqué.

"Ce système m'est apparu intéressant dans la mesure où il respecte les données personnelles", explique Eric Dupraz, le proviseur du lycée Descartes cité par le Parisien. En effet, le dispositif promet de ne conserver aucune donnée. Est-ce pour autant légal ? La réponse n'est pas si simple. Dans un document publié le 17 juin, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) affirme que les caméras "intelligentes" – capables de prendre la température, détecter le port du masque… – "ne respectent pas le cadre légal applicable à la protection des données personnelles".

jugées trop risquées, La Cnil s'oppose aux caméras "intelligentes"
Concernant la prise de température, la Cnil exige que le refus n'empêche pas la personne de rentrer dans le lieu. Cette condition est donc respectée par les trois lycées. Mais au-delà, l'autorité française demande aux acteurs de s'interroger sur la proportionnalité du recours à de tels dispositifs et sur les garanties nécessaires. Elle appelle également à "une grande vigilance" afin de ne pas multiplier et pérenniser ces caméras dans les lieux publics ou ouverts au public, qu’il s’agisse d’une rue, de locaux professionnels ou d’autres types d’établissements.

La Cnil n'est pas la seule institution à s'être positionnée sur le déploiement de ces caméras. Saisi par la Ligue des droits de l'Homme, le Conseil d'Etat a récemment ordonné à la commune de Lisses dans l'Essonne de cesser l'usage des caméras thermiques déployées dans les écoles dans le cadre du Covid-19. La collectivité territoriale avait installé une caméra thermique fixe à l'entrée d'un bâtiment municipal et des caméras thermiques portables dans les bâtiments scolaires et périscolaires. Dans son ordonnance, la plus haute juridiction administrative note que dans le bâtiment principal, les personnes n'ont pas à se soumettre à la prise de température car elles ont le choix de "se placer ou non dans l'espace" dédié et le refus n'empêche pas l'accès aux locaux. En conséquence, l'usage de cette caméra est légal.

A contrario, les caméras thermiques placées dans les écoles doivent immédiatement être retirées. Le Conseil d'Etat constate que la prise de température conditionne l'entrée dans l'établissement pour les élèves, les enseignants et les personnels. "Un résultat anormal entraîne l’obligation pour eux de quitter l’établissement", note le juge. Une position beaucoup plus ferme que la Cnil mais qui montre la difficulté à obtenir une réponse tranchée sur ce sujet.

La région promet avoir respecté la législation en vigueur
De son côté, la Région tente de rassurer. Contactée par L'Usine Digitale, elle affirme "avoir bien pris en compte l'avis de la Cnil et le jugement rendu par le Conseil d'Etat ". Elle ajoute que les lycéens et les parents d'élèves semblaient ravis et se sont dit rassurés par ce dispositif. "Cela reste une expérimentation qui repose sur la base du volontariat", finit-elle par conclure.

Au-delà des considérations réglementaires, rappelons que la température corporelle n'est pas un indicateur fiable d'une contamination au SARS-CoV-2 car la fièvre n'est pas toujours présente chez les malades et elle peut être masquée par la prise de traitements médicamenteux. La température fluctue également en fonction du cycle féminin. Le Haut Conseil de la Santé Publique s'est d'ailleurs prononcé contre ce type de contrôle à l'entrée des lieux accueillant du public.

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media