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Covid-19 : "Tout le monde doit être exemplaire", estime Benoist Grossmann de France Digitale

Entretien France Digitale vient de publier un guide de bonnes pratiques à destination des investisseurs. Benoit Grossmann, co-président de France Digitale, a répondu à nos questions sur la raison d'être de ce guide et sur la conjoncture actuelle et à venir de l'écosystème français.
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Covid-19 : Tout le monde doit être exemplaire, estime Benoist Grossmann de France Digitale
France Digitale regroupe des représentants des start-up et des investisseurs. © France Digitale

L'Usine Digitale : France Digitale publie une charte des bonnes pratiques à destination des VC. Est-ce un rappel à l’ordre ?

Benoist Grossmann :  Face à la situation économique exceptionnelle, le gouvernement a réagi fortement et rapidement. Pour les start-ups, les décisions prises par Cédric O sont très satisfaisantes. Avec cette charte, nous entendons indiquer que nous en sommes reconnaissant et être dans le “give back”. Nous voulons rappeler qu’il est possible de faire du business en respectant les gens, en ayant un comportement loyal. Cette déclaration engage les 20 signataires qui l’ont signée, à savoir les administrateurs de France digitale, 10 issus des start-ups et 10 venant du monde du financement. Nous espérons qu’un grand nombre de nos adhérents y souscriront aussi.

Quelles sont ces bonnes pratiques ?  

Elles concernent aussi bien les investisseurs que les entrepreneurs. Par exemple, il nous semble important de rappeler qu’il ne faut pas abuser du chômage partiel. Je ne suis pas naïf :  il y a des chefs d’entreprises qui demandent à en bénéficier tout en faisant travailler leurs salariés à distance par exemple. C’est certain qu’on en trouvera, mais ce n’est pas la majorité. De même, la situation économique ne doit pas être l’occasion de licencier à tour de bras en profitant d’une sorte d’effet d’aubaine.

Coté investisseurs, nous espérons qu’ils n’en profiteront pas pour créer un rapport de force en leur faveur et, et donc au détriment des entreprises. Nous vivons des temps perturbés et nous appelons à l’exemplarité de toute le monde. Pardon de me répéter mais le gouvernement a réagi fortement, soyons responsable.

Dans les bonnes pratiques destinées aux investisseurs, vous insistez beaucoup sur la nécessité de tenir sa parole pour les projets de financement en cours. Vous craignez des dédits qui seraient fatals aux start-ups ?  

Il y aura forcément des deals initiés qui n’iront pas à leur terme. C’est jusqu’à un certain point normal, tant nous vivons une discontinuité du business. Pour caricaturer un peu et marquer les esprits, ce qui se passait en février 2020, c’est désormais d’un autre siècle pour moi. L’esprit de ce guide de bonnes pratiques est d’appeler les uns et les autres de ne pas abuser des circonstances. Les objectifs que nous avons sont plutôt qualitatifs que quantitatifs : personne ne doit abuser de la situation.

Pour les start-ups qui prévoyaient une levée de fonds dans les mois qui viennent, la situation risque-t-elle d’être tendue, en raison de moindre liquidités disponibles ? 

Oui, évidemment et ça va aller vite. Aujourd’hui, les investisseurs sont davantage focalisés sur leur portefeuille que sur la recherche de nouvelles opportunités. Je suis moi-même investisseur, et même si je ne m’interdis pas de regarder quelques dossiers, je suis submergé par l’existant. C’est la priorité absolue.

Est-ce la fin de ce qu’on pourrait appeler le moment "start-up", soit cette période de temps où les jeunes pousses ont été mises en avant comme LA solution ?  

Toutes les entreprises vont souffrir, pas seulement les start-ups. Les boîtes du digital ont davantage de ressources pour résister et peut être rebondir. D’abord, elles étaient déjà en perte. Elles vont se restructurer, baisser leurs coûts. Ensuite ce sont des entreprises jeunes qui savent s’adapter. Je crois beaucoup dans la capacité qu’ont beaucoup d’entre-elles à pivoter. Elles sauront changer de business model beaucoup plus vite que les entreprises traditionnelles, installées.

On voit aussi des start-ups qui tirent leur épingle du jeu, dans la téléconsultation, l’organisation à distance de réunions... Cela pourrait-il compenser les pertes enregistrées par d’autres ?  

Je passe ma vie sur Zoom. Doctolib, c’est parti. Avant, pratiquement personne ne voulait faire de téléconsultations. Désormais, tout le monde y passe, notamment parce qu’il n’y a souvent pas d’autres solutions. Du coup, les octogénaires, geeks ou pas, s’y mettent. Nous avons investi dans Molotov TV qui profite de la situation aussi. Les gens sont chez eux et passent davantage de temps à regarder les programmes proposés. Cela ne suffira pas pour compenser les pertes que connaissent d’autres secteurs. Beaucoup de start-ups voient leur activité réduite, quand elles en ont encore. La capacité de résilience dans les mois qui viennent sera essentielle. Raison de plus pour adopter les bonnes pratiques dès aujourd’hui.

 

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