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Crashs de drones, départs, problèmes de sécurité... La galère d'Amazon Prime Air

Vu ailleurs Turnover important des effectifs, problèmes de sécurité et lacunes techniques : le projet de drone de livraison d'Amazon ne semble pas beaucoup avancer. De nombreux crashs ont été recensés l'année passée et un changement de culture négatif est évoqué par les salariés interrogés par Bloomberg. Amazon semble vouloir aller trop vite pour développer son drone, au détriment de la sécurité.
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Crashs de drones, départs, problèmes de sécurité... La galère d'Amazon Prime Air
Crashs de drones, départs, problèmes de sécurité... La galère d'Amazon Prime Air © Amazon

Si Amazon a déboursé plus de 2 milliards de dollars dans son projet de drone de livraison, celui-ci semble aujourd'hui loin d'être au point. Le projet Amazon Prime Air, lancé en 2013, souffre de nombreux problèmes techniques, d'un turnover important des effectifs et de problèmes de sécurité. Bloomberg évoque le 10 avril 2022 un projet qui semble peu avancé après s'être entretenu avec 13 actuels et anciens salariés et avoir consulté des documents internes et des rapports du gouvernement.

Une technologie prometteuse
Des crashs sont attendus lorsque des aéronefs expérimentaux sont testés, mais des anciens et actuels employés d'Amazon assurent que les pressions exercées pour que le programme se poursuivre a conduit certains managers à prendre des risques inutiles qui ont mis le personnel en danger. Suite au crash d'un drone survenu en juin, le régulateur américain a questionné la navigabilité de l'appareil car plusieurs dispositifs de sécurité ont échoué à se mettre en place. Le drone est devenu incontrôlable et a provoqué un feu de brousse.

"Avec des tests rigoureux comme celui-ci, nous nous attendons à ce que ces types d'événements se produisent, et nous appliquons les enseignements de chaque vol pour améliorer la sécurité, a expliqué de son côté Av Zammit, un porte-parole d'Amazon auprès de Bloomberg. Personne n'a été blessé lors des vols d'essai, et chaque test est réalisé selon les règles en vigueur". La Federal Aviation Administration (FAA) a refusé de commenter les crashs et a ajouté que les tests sont essentiels en vue de la certification et prendre en compte la sécurité.

La FAA est loin d'approuver des vols commerciaux pour la livraison par drone. Mais l'agence autorise les entreprises à réaliser des vols d'essais dans des zones habitées tant qu'il n'y a pas de risque significatif. Cette technologie promet de faciliter la livraison rapide et, à terme, d'en baisser le coût en se passant des livreurs. En Europe la multiplication du nombre de start-up dans ce secteur pourrait effectivement conduire à ce que la livraison rapide devienne un standard.

Le potentiel de cette technologie n'est d'ailleurs pas remis en cause. Même parmi les critiques internes les plus dures. Mais Amazon essaye d'aller vite et semble reléguer la sécurité au second plan afin de battre la compétition. "Ils prendront les questions de sécurité au sérieux lorsque quelqu'un se fera tuer ou blesser", a déclaré Cheddi Skeete, un ancien gestionnaire de projet qui a expliqué avoir été renvoyé le mois dernier pour avoir évoqué ses inquiétudes auprès de ses managers. Un point démenti par le porte-parole d'Amazon.

Un changement de chef
En 2013 lors du lancement du projet, Amazon a embauché Gur Kimchi pour le mener. L'entreprise fait alors le choix de développer elle-même son propre drone de livraison au lieu d'acheter des pièces auprès de fabricants et de faire fabriquer le prototype par un tiers. Une stratégie qui a ralentie le projet. Deux douzaines de concepts ont été mis au point. Mais le travail long et compliqué visant à mettre au point un drone pouvant parcourir 11 kilomètres et transporter jusqu'à 2,3 kg de charge ce qui correspond à 85% des livraisons effectuées par Amazon.

Gur Kimchi avait à cœur la sécurité et laissait le temps nécessaires à ses équipes pour réparer les éventuels défauts plutôt que les presser, selon des personnes ayant travaillé pour lui. Les employés pouvaient regarder les vidéos des crashs pour évaluer ce qui ne fonctionnait pas. Mais l'équipe a rencontré des difficultés pour assembler les différents composants ensemble.

Un des éléments qui est venue bousculer les chercheurs et ingénieurs planchant sur le projet est l'ambition de Jeff Wilke. L'homme, à la tête de la division clients, voulait réaliser une démonstration avec le drone lors d'une conférence qui s'est tenue en 2019. Il a annoncé à cette occasion que les livraisons par drone débuteront d'ici la fin de cette année. Les employés n'ont alors pas forcément réussi à lui dire que le calendrier était irréalisable et Gur Kimchi a quitté Amazon peu de temps après.

En mars 2020,  David Carbon est embauché pour le remplacer. L'homme est venu avec une réputation bien établie puisque une enquête de New York Times a rapporté qu'une usine de Boeing 787 qu'il dirigeait avait tendance à mettre en avant la production au détriment de la sécurité.

Et un changement de culture ?
Toutefois, sa longue expérience dans le milieu industriel a permis d'accélérer le développement et débuter un semblant de production. Il a également fermé des sites en Angleterre et en France travaillant sur ce sujet. De même, le travail de reconnaissance d'images a été transféré au Costa Rica pour que cela coûte moins cher. Des employés, qu'ils soient toujours en poste ou non, ont assuré que cela n'a pas mis longtemps avant qu'il pousse pour la rapidité au détriment de la sécurité.

Bloomberg évoque un test réalisé l'année dernière en Californie. Certains employés pensent qu'il a été mené en violation des recommandations de la FAA puisqu'un fermier conduisait un tracteur sur le plan de vol. Mais, un responsable a assuré que le test était sûr à partir du moment où le drone n'était pas exactement au-dessus du fermier. L'essai du drone a été mené sans aucun incident mais pour certains les règles de la FAA ont mal été interprétées dans ce cas. Le porte-parole d'Amazon a répondu que le fermier est entré sur le champ après le début du test et le drone a atterri rapidement et en toute sécurité.

200 départs en 2021
Amazon mène souvent des tests sans que l'équipe en charge de ces essais soit au complet, raconte David Johnson, qui a été assistant pour les vols de drone durant un an environ, principalement dans l'Oregon. L'équipement serait également inadéquat et les salariés seraient contraints de gérer plusieurs postes. Quelqu'un responsable de l'inspection du drone avant le vol devra rapidement devenir observateur de vol (ce qui signifie chercher les obstacles potentiels). "Ils donnent aux personnes de multiples tâches à réaliser dans un laps de temps très court pour essayer de booster leurs chiffres, et les gens prennent des raccourcis", affirme David Johnson.

Deux anciens salariés Amazon ont corroboré les propos de David Johnson selon lesquels un même employé était assigné à différents rôles lorsque l'équipe n'était pas au complet. Des informations démenties par le porte-parole.

Le changement de culture peut également se mesurer au fait que la parole serait moins libre au niveau des équipes. Seuls certains employés peuvent regarder les vidéos des crashs, les écrits sont scrutés de près et chaque mot est choisi avec attention. Plus de 200 personnes ont quitté ce service en 2021, première année complète où cette division a été dirigée par David Carbon, soit plus du double de départ que lors de l'année précédente. Au total plus de 1000 personnes ont travaillé sur ce sujet, selon Bloomberg.

Amazon poursuit sa stratégie
Au cours d'une période de quatre mois, 5 crashs ont eu lieu en 2021. Et ce alors même qu'Amazon espérait déployer ces appareils pour des tests publics. Toutefois, le géant de l'e-commerce ne semble pas vouloir abandonner son projet puisqu'il prévoit de renforcer ses essais dans les mois à venir. A l'origine son ambition était de réaliser 2500 vols d'essais l'année dernière. Un but qui n'a pas été atteint. Amazon s'est même fixé un objectif encore plus élevé de 12000 vols pour 2022. Mais près de 200 vols seulement ont été réalisé à fin février.

Amazon souhaite également avoir de nouvelles zones de tests, au Texas et en Californie. Surtout l'entreprise aimerait tester des vols de drones au-delà de la ligne de vue des contrôleurs. Une étape essentielle en vue des vols autonomes.

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