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"Créons un Airbus du calcul", exhorte Jean Gonnord, personnalité de la simulation numérique 2016

Entretien L’ex-responsable du programme simulation numérique du CEA Jean Gonnord veut que l’Europe prenne sa place dans le marché des supercalculateurs.
mis à jour le 29 juin 2016 à 09H56
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Créons un Airbus du calcul, exhorte Jean Gonnord, personnalité de la simulation numérique 2016
Jean Gonnord au cœur du supercalculteur du CEA, à Bruyères-le-Châtel (Essonne). © C. Dupont / CEA

Vingt ans après le lancement du programme simulation numérique du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, quelle est la place de la France sur le sujet ?

Pendant trente ans, la communauté scientifique, principale utilisatrice des ordinateurs de grande puissance, ne s’est pas souciée des machines qu’elle utilisait. Seule la défense s’inquiétait qu’elles soient toutes américaines. À raison. Par deux fois, en 1976 et 1981, pour des raisons stratégiques ou politiques, les Américains ont mis un embargo sur la vente de ces ordinateurs à la France. Avec la généralisation de la simulation numérique en 1990, le HPC (high performance computing) a dépassé les programmes scientifiques et de défense pour devenir essentiel à l’industrie et à la société. Aujourd’hui, lorsqu’une nouvelle souche de grippe apparaît, l’industriel qui dispose d’un ordinateur plus puissant que son voisin remporte la course pour la sortie d’un vaccin. Il est donc économiquement stratégique d’être capable de fabriquer ces ordinateurs comme les États-Unis, le Japon et la Chine. C’est mon cheval de bataille depuis vingt ans.

 

La Commission européenne a annoncé pour septembre un plan sur ce sujet, HPC et applications du big data. Que contiendra-t-il ?

La Commission précédente avait déjà lancé un grand programme de près de 2 milliards d’euros sur le sujet. Le budget de ce nouveau plan est de 6,7 milliards d’euros (dont au moins la moitié viendra du privé), mais le plus important, c’est qu’il s’agit d’un Ipcei , un « important project of common european interest ». Ce dispositif permet d’aménager les règles de sélection qui ont cours dans l’Union et qui multiplient les projets par saupoudrage. Grâce à lui, des sommes très importantes vont pouvoir être dirigées vers un petit nombre de projets industriels. L’Espagne, l’Italie, le Luxembourg et la France vont créer ensemble un Airbus de l’informatique de grande puissance en Europe. Un consortium d’acteurs (du stockage, des processeurs…) va pouvoir se monter autour du français Bull (Atos), seul industriel européen capable de fabriquer ce genre d’ordinateur. Aujourd’hui, l’Europe consomme 33 % du marché de l’informatique de grande puissance et n’en fournit que 3 %. L’objectif est d’arriver à une situation de fair share [répartition équitable, ndlr].

 

Mais la simulation ne converge-t-elle pas vers le big data ?

Absolument. Et c’est aussi l’une des raisons qui justifie cet intérêt de l’Europe. Le traitement de très grandes quantités de données fait émerger de nouveaux business models qui mettent à mal une partie de notre économie. De nouveau, ces disruptions sont trustées par les Américains. Le désir de l’Europe de reprendre le contrôle et le futur du big data est dans la capacité d’analyse quasi instantanée et beaucoup plus fine que la simple connaissance des centres d’intérêt des internautes. Cela ne se fera qu’à l’aide d’ordinateurs ultrapuissants… made in France ! Une autre convergence est intéressante à souligner. Avec la multiplication des smartphones et des objets connectés, les acteurs de l’embarqué veulent de plus en plus de puissance quand ceux de l’informatique de grande puissance se trouvent face au mur de l’énergie. Demain, les mêmes technologies vont répondre à des besoins qui divergeaient encore hier. Cela va se traduire par des concentrations industrielles.

 

Jean Gonnord en trois dates

1971 - Il entre au CEA après avoir obtenu le diplôme d’ingénieur en physique de l’ESPCI et entame une thèse de physique atomique.

1996 - À l’arrêt des essais nucléaires, il devient chef du projet simulation numérique à la Direction des applications militaires du CEA.

2016 - Il s’implique dans la partie technologie du plan européen HPC et applications du big data (Ipcei en construction).

 

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1 commentaire

François Vervial
29/06/2016 10h55 - François Vervial

Totalement d'accord avec les propos de M. Gonnord! J'ajouterais qu'à côté des capacités à développer les super calculateurs, l'Europe (et la France en particulier) dispose d'un réservoir immense de talents reconnus capables de créer les algorithmes et développer les logiciels qui fonctionneront sur ces ordinateurs. Ne manquons pas cette fenêtre de tir!

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