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Cryptomonnaies : pour Binance, la lutte anti-blanchiment n'est vraiment pas une priorité

Vu ailleurs Une enquête fouillée de Reuters, riche en révélations, montre comment la bourse de cryptomonnaies resquillerait systématiquement pour échapper à tout contrôle des régulateurs.
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Cryptomonnaies : pour Binance, la lutte anti-blanchiment n'est vraiment pas une priorité
“CZ” Zhao, CEO de Binance. © facebook.com/binance

La plus grosse bourse d'échange de cryptomonnaies au monde échappe à tout contrôle. Reuters, qui a enquêté longuement sur Binance, révèle que la plateforme d'origine chinoise est une habituée de la dissimulation et que ses solutions pourraient être utilisées dans le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme.

D'anciens salariés témoignent que Binance ne se soumet pas aux exigences minimales de "KYC" (les réglementations qui imposent aux acteurs de la finance de rassembler des informations sur leurs clients) et de conformité, allant même à l'encontre des recommandations de ses propres équipes. 

des actes loin des discours
Reuters raconte comment Binance s'est toujours débrouillée pour ne pas répondre aux demandes des régulateurs, tout en communiquant à l'extérieur sur son engagement en faveur de la lutte anti-blanchiment. Un temps prête à s'installer à Malte, l'entreprise, qui a pour particularité de ne pas avoir de siège social, a abandonné ce projet en 2019 quand elle s'est rendue compte des exigences du régulateur local, pourtant bien disposé.

Officiellement, Binance a déclaré à l'agence de presse qu'elle accueillait positivement la régulation, mais sans répondre à ses questions détaillées. Reuters décrit la société comme excessivement "opaque".

pratiques douteuses
Contre l'avis de ses équipes conformité, Binance a par exemple continué en 2020 à recruter des clients en Ukraine et en Russie, où les risques de blanchiment étaient selon elles très élevés. Elle a aussi opposé une fin de non-recevoir aux autorités allemandes dans une affaire concernant le blanchiment de plusieurs millions d'euros. Et elle n'a pas bougé après le piratage d'une plateforme de cryptomonnaie japonaise en 2018, qui a permis de dérober plus de 60 millions de dollars dont 10 millions auraient été blanchis à travers Binance. La plateforme conteste toute dissimulation volontaire.

Binance, détenue via une holding basée dans les iles Caïmans, capterait plus de 50% de parts de marché dans le trading de cryptomonnaies. Après avoir été décrite comme non-régulable par le Royaume-Uni, en non-conformité avec la loi anti-blanchiment aux Pays-Bas et au Lichtenstein, sous le coup d'une enquête aux Etats-Unis pour blanchiment d'après Reuters, la société a déposé en fin d'année dernière un dossier d'enregistrement auprès de l'AMF en France, pour devenir prestataire de service sur actifs numériques (PSAN). Elle a promis 100 millions d'euros pour "soutenir le développement de l'écosystème français et européen" de la blockchain et des cryptomonnaies. Son dossier est en cours d'instruction.

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