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Cybersécurité, résilience des réseaux télécoms : la stratégie de l'UE précipitée par la guerre en Ukraine

Dans le contexte de guerre en Ukraine, les États européens souhaitent renforcer leur stratégie de réponse et de protection face aux cyberattaques. Le sujet de la sécurité et de la résilience des infrastructures télécoms est également brûlant.
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Cybersécurité, résilience des réseaux télécoms : la stratégie de l'UE précipitée par la guerre en Ukraine
Thierry Breton, le 9 mars 2022. © twitter.com/Economie_Gouv

"L'actualité nous rappelle la nécessité absolue de renforcer la souveraineté et la sécurité de nos infrastructures télécoms", a déclaré ce mercredi à Nevers le commissaire européen au marché intérieur Thierry Breton, à l'issue de la réunion des ministres européens des télécoms et des communications électroniques qui se tenait les 8 et 9 mars dans le cadre de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne. "Deux jours d'échanges intenses", selon les termes du ministre français Cédric O. Y participaient les 27 Etats membres, ainsi que la Suisse et la Norvège. Au menu, outre la désinformation en ligne, figuraient la résilience des infrastructures télécoms et la protection du cyberespace européen.

Envoi d'équipements informatiques en Ukraine et fonds d'urgence
A court terme, deux nouvelles annonces. Les ministres ont décidé de faire parvenir une aide matérielle coordonnée à l'Ukraine, sous la forme d'équipements civils informatiques et électroniques, afin de "permettre à l'administration ukrainienne d'assurer la continuité de son action".

Les 27 ont également demandé à la Commission européenne la mise en place d’un fonds d'intervention d'urgence pour la cybersécurité, qui permettrait aux Etats de faire face à des cyberattaques systémiques.

Le reste des sujets figurant dans la déclaration commune concerne des projets déjà développés par la Commission au travers de divers textes législatifs en préparation et stratégies européennes. 

Assurer la redondance par les réseaux satellites
Concernant le volet résilience des infrastructures, Thierry Breton a mentionné notamment la question des câbles sous-marins et de la redondance satellitaire des réseaux télécoms. Le projet européen consiste à mettre en place une connectivité par satellites placés en orbite basse au-dessus du continent, qui intégrera des technologies de cybersécurité, notamment quantiques.

"La question satellitaire devient de plus en plus prégnante", a souligné Cédric O au cours d'une conférence de presse. Le 24 février, jour de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, un satellite de l'entreprise américaine Viasat a subi un "cyberévénement" causant une panne partielle de l'accès à internet chez les clients des opérateurs Nordnet (Orange) et Bigblu (Eutelsat), en Ukraine, en Allemagne, en France et ailleurs en Europe. Cédric O a confirmé la "forte présomption qu'il s'agissait d'une cyberattaque". Hasard du calendrier, a été mené par l'armée française le 24 février et pendant plusieurs jours, depuis la Cité de l'Espace à Toulouse, un exercice tactique et opérationnel de réponse à des attaques de satellite, simulant une opération spatiale militaire européenne.

"On ne peut pas dépendre d'une seule infrastructure. Il est important d'avoir des backup de l'infrastructure terrestre", a souligné Thierry Breton, faisant référence aux infrastructures télécoms satellitaires en orbite terrestre basse (jusqu'à 2000 km d'altitude), qui ont l'avantage de pouvoir se substituer avec plus de performance aux réseaux terrestres que les satellites en orbite géostationnaire (36 000 km). C'est ce que l'Europe appelle la "redondance spatiale souveraine".

bouclier cyber européen
Sur le plan de la cybersécurité, Cédric O a résumé les enjeux en appelant à la "nécessité de se coordonner et d'adopter le plus rapidement possible la directive NIS 2". Thierry Breton a rappelé les travaux en cours relatifs à la construction d'un "bouclier cyber européen", comprenant la mise en place de "centres opérationnels de sécurité" (SOC) "dotés d'intelligence artificielle pour surveiller et anticiper les attaques", sur lesquels l'UE "va avancer dans les tout prochains mois et travailler en coordination avec la 'boussole stratégique' de la défense européenne", détaille Thierry Breton.

Ce "bouclier" se compose en outre d'une plus grande coordination face aux menaces via l'"Unité conjointe cyber", d'une plus grande solidarité européenne en cas de cyberattaque sur un Etat membre, et de tous les outils de résilience du marché intérieur : directive NIS 2, Cyber Resilience Act et cloud souverain.