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Dans 5 ans, tout le monde aura un robot de téléprésence, mais pas un humanoïde, selon Bruno Bonnel

Le chantre de la robotique de service Bruno Bonnel a laissé la langue de bois au vestiaire à l’occasion de son intervention aux Rencontres internationales de la mécatronique.
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Dans 5 ans, tout le monde aura un robot de téléprésence, mais pas un humanoïde, selon Bruno Bonnel
Dans 5 ans, tout le monde aura un robot de téléprésence, mais pas un humanoïde, selon Bruno Bonnel © D.R.

Il était l’un des régionaux de l’étape. Le PDG de Robopolis, le président de Syrobo et le pilote du plan robotique de la nouvelle France industrielle, le lyonnais Bruno Bonnell est venu presque en voisin aux EMM (european mechatronics meeting) d’Annecy. Les embouteillages à la sortie de la capitale des Gaules avaient peut-être stressé l’ordonnateur du temps des Rencontres de la mécatronique, ils n’avaient pas entamé l’enthousiasme de Bruno Bonnell ni amoindri son franc-parler. Il a aujourd’hui un peu moins de cheveux que le jeune chef d’entreprise qui venait de créer Infogrames, l’un des premiers éditeurs de jeux vidéo français. Il montait alors à Paris rencontrer les très rares journalistes spécialisés de ce domaine pour leur montrer le jeu Mandragore. Trente ans plus tard, il continue de se projeter vers l’avenir avec autant de gourmandise.

Aux EMM, il s’est lancé dans un rappel historique moins anodin qu’il n’y paraît, remontant à la pièce de théâtre du tchèque Karel Capek qui "inventait" en 1920 des robots humanoïdes qui finissaient par vouloir exterminer les hommes. Isaac Asimov et ses lois de la robotique n’était pas encore passé par là. "Plus récemment, avec Star Wars, la robotique est entrée dans une nouvelle ère. L’humanoïde 6PO y est supplanté par R2-D2, une sorte de boîte de conserve sur roulettes. Ma définition d’un robot, ce sont des capteurs, des processeurs et de l’intelligence artificielle pour prendre des décisions et des actionneurs. Lorsque l’on prend un métro automatique, on entre dans un robot…"

Le chantre de la robotique de service croit toujours dans son concept de robolution. "Ce n’est pas seulement une révolution technologique, la robotisation à des impacts sur l’environnement, l’urbanisme, la production industrielle. Dans 25 ans, il sera incongru de posséder une automobile. Ce sera alors un luxe ou un hobby…" Une automobile reste garée 95% du temps, fait-il remarquer. La suppression de la voiture individuelle au cœur des villes dégagerait de la place, ce qui ouvre des perspectives pour l’urbanisme.

De la prestidigitation robotique

Quand on lui fait remarquer que le robot de téléprésence Beam ressemble à un Skype à roulettes, il démarre au quart de tour. "C’est la même différence qu’entre un téléphone fixe et un mobile. La qualité sonore n’a rien à voir avec celle d’une tablette, et le Beam pourra être équipé de capteurs, par exemple pour des applications de télémédecine." Avec son prix de l’ordre de 10 000 euros, le Beam reste confiné à un usage professionnel de niche. Mais dans quelques mois arrivera une version grand public à moins de 2 000 euros. "Dans deux ans, le prix d’un tel produit descendra entre 500 et 600 euros, pronostique Bruno Bonnell. Et dans cinq ans, il sera aussi banal de posséder un robot de téléprésence qu’aujourd’hui un smartphone."

Mais selon lui, ce robot n'aura rien d'humain. Lorsqu'on lui pose une question sur le Pepper, le dernier robot d’Aldebaran Robotics, l'entreprise qui a conçu le petit humanoïde Nao. "Le Pepper, c’est une chimère, au sens mythologique du terme. J’aime Bruno [Maisonnier, le PDG d’Aldebaran, NDLR] car c’est un défricheur, mais je n’aime pas ce qu’il fait, car il ne va pas au bout. Avec Pepper, il a déjà abandonné les pieds. Quand va-t-il abandonner les mains ? Car si un robot a deux bras, on s’attend à pouvoir interagir avec lui. Or le Pepper, c’est de la prestidigitation robotique. Quand je tends une pomme et qu’il la prend, c’est que j’ai placé la pomme au bon endroit…".

Patrice Desmedt

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* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

1 commentaire

Maverick
23/06/2014 09h49 - Maverick

Qui a besoin d'un Skype à roulettes, quand il est parfaitement possible d'avoir la communication affichée sur des lunettes (ou des lentilles) asservie à une Unité Centrale Domotique, qui renvoie un flux vidéo ("live" ou avatar) à l'interlocuteur ? l'Unité Centrale Domotique, équipée de capteurs et dotée d'une I.A. sera parfaitement capable de gérer un périphérique actionneur du genre "valet" domestique, rôle pour lequel la forme humanoïde est quand même la plus adaptée (ouvrir une porte, ramasser un objet ...). Après, que ce valet ait aussi des capteurs et un projecteur holographique, pourquoi pas ? Il pourra alors également faire office de vidéoprojecteur, mais ce ne sera pas sa fonction principale; les options matérielles et fonctionnalités (évolutives) seront fonction du budget de son propriétaire. La raison principale pour laquelle je vois plutôt une Unité Centrale Domotique piloter l'ensemble, c'est qu'avec le foisonnement des services logiciels et matériels qui vont apparaître, il faudra pouvoir disposer d'une puissance de calcul suffisante, et qu'elle soit aussi facile à changer/upgrader qu'un serveur "rack".

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