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Dans les Hauts-de-France, lancement d'un fonds entrepreneurial pour créer un écosystème d'innovation pérenne

Plusieurs acteurs privés nordistes annoncent le lancement d’un fonds territorial de capital-transformation baptisé FE2T. Un concept hybride qui donne un rôle central aux entrepreneurs locaux et qui doit permettre de faire naître un écosystème d’innovation pérenne dans les Hauts-de-France.
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Dans les Hauts-de-France, lancement d'un fonds entrepreneurial pour créer un écosystème d'innovation pérenne
Octave Klaba et Barthélémy Guislain. © FE2T

Les Hauts-de-France accueillent un fonds de capital-transformation d’un nouveau genre. Baptisé FE2T (pour fonds territorial de capital-transformation), ce nouveau venu dans l’univers du private equity a été conçu comme un fonds hybride entre apport en capital et apport en compétences expertes en transformation. "Ce fonds veut être un grand mouvement au service de la transformation du territoire", explique en préambule Jean-Pierre Letartre, président du réseau Entreprises & Cités – et du Groupe IRD – au cours d’une conférence de presse qui s’est tenue ce 17 décembre à Marcq-en-Barœul (59).

"Nous travaillons depuis plusieurs mois sur ce projet auquel je suis très attaché et qui rendre en action une conviction : l’économie au service d’un territoire", poursuit Jean-Pierre Letartre. Le Groupe IRD (à travers sa filiale IRD Gestion) s’est allié avec l’IHEGC (l’Institut des Hautes Etudes en Gestion de Crise), avec le soutien du Conseil régional des Hauts-de-France, la Caisse d’Epargne et le groupe de réassurance SCOR. Entre apport en capital & apport en compétences expertes en transformation, cette nouvelle forme d’accompagnement vise les ETI à fort potentiel, qui ont besoin d’accélérer leurs mutations, notamment numérique et écologique, pour développer leur croissance internationale.

Des erreurs structurelles fréquentes
Le projet est avant tout né d’une rencontre, celle de Jean-Pierre Letartre et d’Arnaud Marion, à la tête de l’IHEGC et du cabinet Marion & Partners. Deux personnalités lilloises qui décident en février de de concevoir un nouveau programme d’accompagnement des entreprises qui affichent la volonté de se transformer.

"Les crises naissent quand les entreprises ne se transforment pas, analyse Arnaud Marion. La transformation est un antidote à la crise". Pour cet expert du management de crises, les entreprises sont toujours confrontées aux mêmes erreurs structurelles et non pas conjoncturelles. D’où la nécessité absolue d’anticiper la détérioration des modèles, les évolutions du marché et de la concurrence, et de créer des organisations agiles et apprenantes. "C’est un basculement culturel", ajoute Arnaud Marion.

Octave Klaba, figure de la réussite de la région
Parce qu’il n’a "pas d’entreprise sans territoire fertile et dynamique, PME comme grandes entreprises", le fonds a choisi de réunir des entrepreneurs. Il s’appuie en grande partie sur des réussites entrepreneuriales avec comme parti-pris la combinaison du soutien financier et de l’expertise. Une dizaine d’entrepreneurs l’ont déjà intégré, dont Patrick Colin (Unither), Fabien Derville (Decathtlon), le multi-entrepreneur Thierry Letartre et le très emblématique Octave Klaba, fondateur de la pépite roubaisienne OVHcloud.

A ses côtés, Barthélémy Guislain, à la tête de de l'Association Familiale Mulliez (AFM), qui gère la galaxie éponyme regroupant de grandes enseignes nordistes (Auchan, Decathlon, Leroy Boulanger…). Octave Klaba veut poursuivre le développement numérique d’un territoire qui lui est cher et dont il incarne l'une des plus belles réussites, le second se rapprocher des entreprises de la région. Ces dirigeants d’entreprises viendront apporter leur expérience et participer aux sélections de dossiers selon leur domaine de compétences. 

Une enveloppe de  100 millions d’euros au premier trimestre 2021
Concrètement, le fonds s’adresse à des entreprises enregistrant plus de 25 millions d'euros de chiffre d’affaires pour des tickets compris entre 5 et 10 millions d'euros de financement. Pour les projets au-delà, les co-investissements sont possibles. La volonté de se transformer doit être réelle, et des audits menés avec le dirigeant seront obligatoires avant l’engagement du dossier, tout comme l’écriture du plan de transformation. "Se transformer, ce n’est pas forcément de la diversification ni de l’adaptation, c’est une logique complexe", poursuit Arnaud Marion, qui liste quatre leviers : les objectifs de performance, l’allocation des ressources, le design thinking et enfin la prise en compte des grands enjeux contemporains (environnement…) chers aux consommateurs.

La durée d’accompagnement est prévue pour 6 ans mais peut aller au-delà. L’objectif est d’atteindre un dizaine d’opérations sur une durée de 5 ans mais le fonds prévu est pour durer environ 12 ans. "Cela paraît peu mais cela peut générer des externalités positives pour le territoire", justifie Jean-Pierre Letartre. L’objectif est ambitieux, avec un premier closing à 100 millions d’euros au premier trimestre 2021. A date, 60 millions ont été collectés, dont un tiers provenant de l’investissement personnel d'Octave Klaba, seul investisseur à préciser le montant de son ticket.

Si chacun souligne le contexte actuel qui accélère la prise de conscience d’une digitalisation désormais nécessaire, cette initiative a été décidée avant la crise, insistent les porteurs de projet. Dans une ancienne région industrielle elle-même en pleine transformation et dotée d’un tissu entrepreneurial très dense, le projet peut structurer en cas de succès un véritable écosystème et une pépinière avec un suivi au long cours. Pas question pour autant "de créer un fonds de restructuring", expliquent les initiateurs, qui se qualifient de "passeurs de plats".

Ce fonds, qui sera animé en partenariat avec Picardie Investissement, pourrait être décliné à l’avenir sur d’autres régions. D’autres entrepreneurs emblématiques issus de family business devraient rejoindre le mouvement dans les jours à venir. 

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