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De l'urgence d'une filière du réemploi des équipements électroniques

Benoit Varin, Co-fondateur de Recommerce Solutions et de la Fédération des Acteurs professionnels du réemploi, RCube.org, partage les convictions qui l’ont poussé à créer son entreprise. Les produits électroniques ont un impact lourd sur l’écologie. Et à l’heure d’une course aux cadeaux de Noël qui coïncide cette année avec la Cop21 parisienne, il propose de se tourner vers des smartphones ou tablettes reconditionnées comme ceux que son entreprise revend. Mais il prône aussi la création d’une vraie filière du réemploi qui jouerait le rôle d'aiguilleur des produits usagés vers la réutilisation ou la fin de vie.
mis à jour le 10 décembre 2015 à 14H25
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De l'urgence d'une filière du réemploi des équipements électroniques
De l'urgence d'une filière du réemploi des équipements électroniques © Site web Recommerce

Alors que la COP21 se réunit à Paris, et que nous avons connu les températures les plus élevées pour un mois de novembre depuis la décennie 1880, il est nécessaire de trouver toutes les solutions possibles au réchauffement climatique pour limiter notre impact sur la planète.

 

Durant ma scolarité au début des années 2000 à l’Institut Télécoms, je me suis demandé comment participer à la préservation de l’environnement. Face à la quantité d’équipements électroniques usagés non réutilisés, j’ai décidé d’entreprendre contre le gaspillage et dans le développement de filières industrielles de réemploi. Avec pour objectif de construire des solutions qui donneraient une seconde vie aux équipements usagés.

 

Acheter un équipement d’occasion plutôt que neuf permet de donner une seconde vie aux appareils usagés, d’agir pour l’environnement, de limiter le gaspillage et de créer de la valeur écologique, sociale et économique.

 

Le pesant sac à dos écologique des produits électroniques

80% de l’impact sur l’environnement d’un équipement provient des étapes de fabrication. Chaque nouvel équipement fabriqué consomme de grandes quantités de matières premières rares, d’énergie directe et indirecte et de produits chimiques, sans compter la logistique jusqu’à son utilisateur final.

 

L’expression "sac à dos écologique" renvoie à ces matières premières et ressources nécessaires à la fabrication. Tous nos objets représentent un poids mesurable pour l’environnement. Le téléphone mobile pèse en moyenne 150 grammes, mais son sac à dos écologique se situe entre 10 et 20 kg de ressources.

 

En comparaison, celui du jean est de 30 kg, d’une alliance en or de 5g est de 2 tonnes, et celui d’une voiture de 1 tonne atteint 70 tonnes. La seule fabrication de la puce d’un téléphone mobile – à peine  2g- nécessite 1,7 kg d’énergie fossile, 1 m3 d’azote, 72 g de produits chimiques et 32 litres d’eau ! (Source : Eco3e).

 

Le réemploi pour économiser les matières premières

Et il est encore plus important de prolonger la durée de vie des équipements low cost neufs de plus en plus nombreux, qui ponctionnent de grandes quantités de matières premières qui plus est venues de l’autre bout de la planète. En toute logique, plus les produits électroniques sont utilisés longtemps, mieux la consommation  de ressources primaires est amortie. Il faudrait idéalement les conserver en circulation et les utiliser jusqu’à ce que leur réparation ne soit plus possible ni techniquement ni économiquement ou que l’on ne leur trouve plus d’usage.

 

Suite et fin de la démonstration : le réemploi d’un matériel d’occasion après reconditionnement ou réparation prolonge la durée de vie et limite donc les ponctions de matières premières. CQFD. Cela permet de trouver un nouveau propriétaire pour le bien, pour le même usage.

 

Une action écologique et un bon plan

Le choix d’un produit d’occasion plutôt que neuf est à la fois une action écologique concrète et un bon plan. A condition néanmoins, de passer par un produit reconditionné par des professionnels qui garantissent la qualité du produit et proposent un service équivalent au neuf : garantie, hotline, conseil, suivi…

 

Ce mode de consommation doit être davantage considéré comme écoresponsable car il permet une réelle réduction des émissions de dioxyde de carbone (CO2). Un ordinateur de 3 ans réutilisé 3 ans de plus, évite le rejet de 109 kg de CO2 dans la nature. A valeurs équivalentes, l’économie de CO2 est de 69 kg pour un ordinateur portable, de 41 kg pour un écran LCD et de 27 kg pour un téléphone portable. La location est évidemment un autre bon exemple de cette économie dite de la fonctionnalité.



Confier le rôle d'aiguilleur à une vraie filière du réemploi 

Le réemploi est déjà soutenu par l’Union Européenne. La réduction de la quantité de produits destinés à devenir des déchets est une de ses priorités. Mais un plus fort développement du secteur permettrait de limiter la ponction de matières premières, de préserver l’intégrité des fonctions d’appareils d’occasion mais aussi d’innover. En soutenant le label "Mobile Certifié Reconditionné" qui reconnait la qualité des mobiles d’occasion via un audit indépendant sur plus de 70 critères, des solutions numériques de trocs pour entreprises ou la création de recycleries locales.

 

Trop souvent, les propriétaires et en particulier les entreprises choisissent d’abandonner leurs vieux équipements à une filière de recyclage ou d’élimination. Il est surprenant que le rôle d’aiguillage de ces appareils soit laissé à ce type de structures et non à des spécialistes de la seconde vie. Selon une étude de GreenIT.fr, 48% des équipements Electrique et Electroniques détruits par le recyclage était encore fonctionnel et pouvait avoir une deuxième vie. Pour améliorer le cycle de vie des équipements, je ne peux que préconiser que les objets usagés soient pris en charge automatiquement dans la filière de réemploi qui jouerait alors ce rôle d’aiguilleur pour en optimiser l’usage plus longtemps.

 

Un équipement usagé n'est pas forcément un déchet

Nous ne pouvons qu’être indignés par le constat qu’un équipement usagé est trop souvent détruit car considéré comme un déchet. Comment peut-on détruire un objet sans qu’il y ait eu dans un premier temps, une vérification de sa valeur sur le marché de l’occasion et sans avoir cherché à le proposer en don ou à la vente à des gens qui peuvent être intéressés ? Et pour augmenter les chances de réutilisation des appareils, il faut absolument une refonte de l’organisation de la gestion de leur fin de vie, autour de la filière du réemploi.

 

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2 commentaires

BELTRANDI Antoine
19/12/2015 12h17 - BELTRANDI Antoine

Bravo, Quand on estime le nombre d'appareil en Europe et même dans le monde, qui pourraient qui pourraient continuer à être utilisés, il y a vraiment un énorme gaspillage. D'autant que bon nombre d'appareils usagés mais de bonne conception, sont meilleurs que d'autres neufs, mais fabriqués par des marques peu regardantes de la qualité.

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Francois Labbé
10/12/2015 18h20 - Francois Labbé

Tout à fait d'accord. OPEQ fait du réemploi de matériel électronique sa mission depuis 1998. C'est grâce à un programme du gouvernement du Canada que nous devons notre existence. Maintenant nous traitons plus de 50 000 ordinateurs et plus de 100 000 équipements informatiques de toute nature à nos centres de tri. Les équipements qui sont bons pour le réemploi sont ensuite dirigés dans un de nos 6 ateliers à travers la province du Québec.

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