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De Station F à l'hébergement durable des réfugiés, Cutwork parie sur le co-living

Si vous croyez que le co-working est le stade ultime de la révolution numérique dans l'immobilier, cet article risque de vous perturber. En effet, Cutwork, un cabinet d'architectes et de design aux allures de start-up, prédit un développement rapide du co-living. Un concept qu'elle met en oeuvre aux FlatMates. Elle a aussi mis au point un concept de logements pour les réfugiés grâce à de la toile imbibée de béton et des métaux flexibles. 
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De Station F à l'hébergement durable des réfugiés, Cutwork parie sur le co-living
De Station F à l'hébergement durable des réfugiés, Cutwork parie sur le co-living © Cutwork

Et si le phénomène de co-working, loin d'être une vague pour bobos de centre-ville, annonçait un changement en profondeur de la manière de vivre ? C'est en partie la thèse des dirigeants de l'agence Cutwork, un studio de design et d'architecture fondé en 2016 à Paris à deux pas du RER Denfert-Rochereau. Antonin Yuji Maeno, lead architect et designer, explique : "de la même façon que l'invention de l’ascenseur par Otis a en quelque sorte 'créé' la tour de bureaux moderne, l'invention et la diffusion de l'ordinateur portable change profondément notre manière de travailler et d'habiter.

 

Le portable, une révolution comme l'ascenseur

Pour lui, le portable rend les usages plus flexibles. Un exemple pour bien comprendre : avec un ordinateur, plus besoin d'avoir un bureau dans l'appartement ou la maison pour travailler. L'outil suit la personne : elle travaille là où elle est surtout si le portable est connecté. "Le portable offre de sortir du zoning, où la ville est découpée en lieu pour vivre, travailler, faire des achats.. Cela correspond à une vision de la ville comme une machine. Aujourd'hui, les fonctions se superposent", poursuit-il.

 

Et d'anticiper un développement rapide du co-living sur le même modèle que le co-working, soit la fin de l'appartement individuel. Les habitants partagent certaines fonctions et gardent leur intimité dans leur chambre et éventuellement les sanitaires. "Aux Etats-Unis, c'est déjà un actif sur lequel on investit. La France bouge un peu moins vite", indique le jeune architecte. 

 

 

UN co-living pour les start-up de Station F

Après avoir travaillé pour Station F sur les espaces de réunion, il a ensuite planché avec ses équipes pour les Flat Mates à Ivry, une offre d'habitat partagé pour les entrepreneurs de Station F. Le problème est particulièrement aigu pour les étrangers qui viennent passer quelques mois à Paris et qui peinaient à trouver un logement avec les exigences en termes de cautions, garanties... Plutôt que de reproduire des appartements classiques, le choix a été fait de proposer des chambres individuelles avec des espaces de vie partagés.

 

A cette occasion le jeune cabinet a travaillé avec Jean-Michel Wilmotte qui a été maître d'oeuvre du projet. Globalement, 600 chambres et 100 espaces partagés sont proposés. Pour le jeune architecte, cela marque l'ère du co-living. Pour ce projet, Cutwork a désigné 15 types de meubles livrés fin 2018 soit 5000 unités au total, comme, par exemple, un sofa modulaire. 

 

Production décentralisée et rapide

Pour cela, huit semaines ont suffi. En effet, les meubles utilisés reprennent les concepts imaginés par l'architecte lors de son mémoire d'habilitation où il a travaillé sur le métal pliable (voir les photos)  et la découpe laser. "C'est aussi un moyen de produire des meubles avec un impact environnemental moindre, explique Kelsea Crawford, associée et CEO de Cutwork. On peut produire à la demande sans stock avec un réseau d'usines". 

 

Pour les salles de réunion de Station F, cette manière de faire a été utilisée pour produire les meubles, en s'appuyant sur le concept japonais d'omotenashi, qu'on peut traduire par hospitalité : "il s'agit d'anticiper les besoins de l'autre avant même qu'ils naissent. On veut créer des objets bien pensés pour la situation" indique Antonin Yuji Maeno. 

 

L'architecte parie sur le développement du co-living, voyant un changement sociologique chez les jeunes générations qui ne veulent plus vivre seuls. Pour eux, assure-t-il, l'habitat peut aussi favoriser les interactions sociales, quitte à avoir "un espace privé réduit". Avec son agence, il travaille sur la création d'espaces mixtes qui mélangeraient le coworking et le coliving dans un même ensemble, mais aussi sur des espaces de coliving à Paris et en Russie. 

 

Un logement pour les réfugiés

Avec ces notions de modularité et de logements partagés, l'agence Cutwork s'est aussi faite remarquer par le magazine américain Time pour son travail d'abris d'urgence pour les réfugiés. Utilisant un textile imprégné de béton utilisé pour construire des digues et conjugués avec les tubes métalliques élaborés avec la même technologie que ceux pour faire les meubles du co-living parisien, il a crée un système de construction rapide et durable qui pourrait apporter une solution aux situations d'urgence humanitaires. Le matériel, facile à transporter, peut être expédié à plat. Il est arrosé sur place et sèche en 24 heures. "Notre shelter peut durer 30 ans. Un camp de réfugiés ce n'est pas toujours quelque chose d'éphémère" rappelle Antonin Yuji Maeno. 

 

Le coût d'une maison est autour de 3 à 4000 euros pour loger de 4 à 6 personnes. Nouvelles façons d'habiter, souci humanitaire, le jeune architecte est bien à l'image de sa génération. 

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