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Des archivistes ont rendu publiques illégalement plus de 5000 études sur les coronavirus

Face à l'épidémie du virus 2019-nCoV qui sévit dans le monde, un groupe d'archivistes a publié un répertoire contenant plus de 5000 études liées aux coronavirus. L'objectif est de booster la recherche médicale en donnant accès à ces informations à un maximum de scientifiques. Cette manœuvre est illégale, mais ils estiment que le droit d'auteur ne doit pas primer sur le libre accès à la connaissance scientifique.
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Des archivistes ont rendu publiques illégalement plus de 5000 études sur les coronavirus
Des archivistes ont rendu publiques illégalement plus de 5000 études sur les coronavirus © Unsplash/Dimitri Karastelev

En pleine épidémie du virus 2019-nCoV, un groupe d'archivistes a publié une base répertoriant plus de 5000 études scientifiques liées aux coronavirus, révèle Motherboard le 3 janvier 2020. Le tout est gratuitement et librement accessible sur The-Eye, un projet d'archivage géré par un utilisateur de Reddit nommé "-Archivist".

 

L'objectif est de rendre accessible aux scientifiques comme aux non-scientifiques un maximum d'informations pour étudier le virus chinois qui a été classé comme "une urgence sanitaire mondiale" par l'Organisation mondiale de la Santé le 30 janvier 2020. "Ces articles ont toujours été écrits dans le but d'être partagés avec autant de personnes que possible, a affirmé un archiviste de Reddit, avant d'ajouter que "sous tous les angles, la recherche rémunérée est une situation immorale et une tragédie permanente".

 

Sauver des vies

Les archivistes racontent avoir eu un déclic lorsqu'ils ont voulu lire un nouvel article scientifique sur le coronavirus et que le site concerné leur a demandé de payer 39,95 dollars pour y accéder. Dans un premier temps, ils ont recherché tous les articles liés aux coronavirus sur "Sci-Hub", une plate-forme permettant via un script d'accéder librement au contenu d'articles scientifiques normalement payant en fournissant l'URL ou le DOI de l'article. Cet outil de recherche a été au centre de nombreuses batailles judiciaires avec les grandes sociétés d'édition scientifique, principalement Elsevier, pour violation du droit d'auteur. Ils ont recherché toutes les publications liées de près ou de loin à des coronavirus entre 1968 et 2020.

 

Les archivistes ont ensuite compilé les 5200 articles trouvés dans un répertoire hébergé sur The-Eye. "Avec cette première étape, nous nous dirigeons vers la compilation d'un catalogue de recherche sur les coronavirus en accès libre pour les scientifiques, les journalistes et les experts en virologie du monde entier pour sauver des vies", ont-ils déclaré.

 

Fin janvier 2020, certains éditeurs, dont Elsevier, Wiley et Springer Nature, ont annoncé la suppression de leurs "paywalls" pour certaines études liées aux coronavirus. Le directeur de la communication d'Elsevier, Chris Capot, a déclaré que l'éditeur mettra bientôt en libre accès plus de 2400 articles de recherche sur plusieurs souches du coronavirus sur ScienceDirect, une grande base de données de recherche scientifique et médicale qui appartient à l'éditeur néerlandais et nécessite généralement un abonnement. Le groupe d'archivistes a applaudi cette démarche mais a tout de même regretté qu'elle n'ait pas été décidée avant.

 

Open access face au droit d'auteur

Ce débat entre open access et droit d'auteur dans le secteur de la publication scientifique existe depuis longtemps. Les maisons d'édition scientifiques signent des contrats avec les scientifiques qui leur cèdent le droit de reproduire et de représenter leurs articles en exclusivité. En position de force, les éditeurs n'ont fait qu'augmenter leur tarif de "200 % à 300 % être 1975 et 1995 et de 22 % à 57 % entre 2004 et 2007" (rapport du Comité d'information scientifique et technique). En dépit de cette augmentation, les ventes ne baissent pas, car les chercheurs ne peuvent pas se passer des articles pour travailler. Face à ces pratiques parfois agressives, les acteurs de la recherche scientifiques ont promu l'open access. Son signe le plus clair est l'émergence de la plate-forme arXiv.

 

Les plate-formes qui publient des articles sans autorisation sont très souvent attaquées par les maisons d'édition scientifiques. En juin 2017, aux Etats-Unis, les sites de partage Sci-Hub et LibGen ont été condamnées au versement d'une amende de 15 millions de dollars au géant néerlandais Elsevier. En France, la situation est similaire. En mars 2019, le tribunal de grande instance de Paris a ordonné le blocage des deux plate-formes et de leurs sites miroirs. Or, pour les archivistes, il est absolument scandaleux que le droit d'auteur prime sur le libre accès à la connaissance scientifique d'autant plus en période d'épidémie où la recherche médicale est indispensable pour sauver des vies.

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