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Commissaire du festival Futur en Seine 2013, le designer Jean-Louis Frechin porte une vision résolument positive sur la révolution numérique en cours.
mis à jour le 17 juin 2013 à 09H36
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Designer connecté © Luc Perenom - L'Usine Nouvelle

Il voulait être architecte. Mais préférant les matériaux aux grands concepts, il bifurquera vers le design, à l’Ensci-Les Ateliers. "Fabriquer des choses par moi-même, à l’échelle 1, m’a émerveillé", raconte-t-il. Jean-Louis Frechin n’est pas un designer comme les autres. D’abord parce que, dès 2001, il a fait du numérique la spécialité de son agence parisienne, NoDesign. On y croise plus d’ordinateurs et de prototypes de cartes électroniques que d’échantillons de matières. Ensuite, parce qu’il ne peut s’empêcher d’être acteur de cette révolution. Hypercommunicant, il tweete sans relâche, publie des chroniques et expose, lors de conférences, ses réflexions quasi philosophiques sur le numérique, l’économie, la transformation des entreprises et de l’industrie. "Il a une vraie envie : que, collectivement, nous devenions meilleurs, et que la France redevienne ce qu’elle a été. Il a beaucoup réfléchi sur ces sujets", remarque Henri Verdier, le président d’Etalab. "Notre industrie, analyse ainsi Jean-Louis Frechin, est morte avec l’émergence du marketing triomphant qui a pris le pas sur le produit." Mais ce n’est pas une fatalité.

Pour démontrer qu’une autre approche est possible, Jean-Louis Frechin participe activement à Cap Digital (le pôle de compétitivité numérique de l’Île-de-France) et a accepté d’être commissaire du festival Futur en Seine 2013, sur le thème Entreprise(s) du futur. "Si on veut changer la France, il ne faut pas chercher des champions avec des produits qui marchent, mais trouver des entreprises ouvertes, agiles, dont le cadre est propice à l’innovation, avec des politiques d’achat plus souples. C’est l’idée même de l’entreprise qu’il faut réinventer. Or c’est exactement l’esprit du numérique", explique-t-il.

Activiste

Cette passion pour le numérique, il l’a développée tôt, dès son passage à l’école d’architecture, avec les premiers logiciels de 3 D. "Ce sont eux et le petit ordinateur Amstrad de mon père, ingénieur chez Thomson, qui m’ont donné le virus", confie-t-il. L’efficacité et la simplicité des premières interfaces Apple découvertes à l’école de design ainsi qu’un stage dans un centre de recherche informatique au Portugal (Inesc-ID) ont fini de le convertir. "À l’Inesc, j’ai découvert la vraie informatique et les réseaux. J’y ai dessiné mes premiers logiciels et des modems." De retour à Paris, il crée, avec Stéphane Bureaux, une agence de design, déjà bien équipée en informatique, mais essentiellement orientée vers le design industriel, notamment pour SEB ou Novapost. "J’ai pu appréhender la réalité du design dans l’industrie."

Pour aborder la Chine, il réalise des programmes interactifs présentant ses produits. "Cela n’a pas très bien marché, mais cela m’a permis de rencontrer le patron de Montparnasse Multimédia, qui se lançait dans l’aventure du CD-Rom du Louvre et qui m’a proposé de venir développer des interfaces." Il accepte. "L’informatique m’intéressait parce que cela devenait un outil, qui méritait d’être designé. Et puis c’était nouveau." Très vite, il devient chef de projet, puis auteur et réalisateur, jusqu’à obtenir carte blanche. "Comme je suis un fou de machines, d’industrie, je voulais raconter le XXe siècle sous l’angle des sciences et technologies de l’aviation, qui cristallisent aussi une histoire industrielle française, entre excellence, inventeurs géniaux méconnus, et incapacité de l’État à gérer…", explique le designer. Si le CD-Rom n’est pas un succès commercial, il reste l’un de ses projets préférés.

Pour autant, l’homme préfère défricher des territoires où il sera seul, où il aura la paix. "Peut-être par peur de la confrontation", reconnaît-il. En 2001 justement, il y avait tout à faire en France en matière de design numérique. Jean-Louis Frechin en est convaincu : "L’objet d’aujourd’hui, c’est l’interface. La boîte est importante, c’est l’écrin, mais l’interface, c’est la fenêtre sur un monde de possibles. Il faut inventer une nouvelle harmonie entre les deux. C’est ça, le design actuel." Son approche séduit Henri Seydoux, le PDG fondateur de Parrot, mais aussi Clément Moreau, le cofondateur de Sculpteo. "Il a compris que la communauté des designers doit se bousculer pour se transformer. Car le monde change. Et cette idée de repousser les frontières, il l’applique dans son agence de design. Il est un peu l’activiste de la transformation de cette communauté", résume, Éric Carreel, le serial entrepreneur des objets connectés. Mais un activiste humaniste. 

En quelques mots

  • Dia Le cadre photo numérique, "un rêve devenu réalité grâce à un industriel, Henri Seydoux, et à des gens incroyables chez Parrot".
  • MO-Interlude Issus d’un projet de recherche soutenu par l’ANR, les objets MO sont des interfaces gestuelles pour explorer de nouveaux moyens d’expression musicale. ?Ce projet va donner lieu à une spin-off en 2014 et à un projet chez Parrot.
  • Weio (2013) Plate-forme pour connecter en Wi-Fi et en temps réel tous les objets de la maison. En recherche de partenaire.

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