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Drones et robots de livraison : coup de com', rêve ou avenir réaliste ?

La multiplication des projets de livraison par drones et robots est-elle un mirage ? Nicolas Breuil, directeur marketing de Stuart (start-up de livraison tout juste rachetée par La Poste) s'interroge sur la pertinence de cette approche technologique.

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Drones et robots de livraison : coup de com', rêve ou avenir réaliste ?
Drones et robots de livraison : coup de com', rêve ou avenir réaliste ? © Starship Technologies

Mi-temps du Superbowl aux Etats-Unis ; la perspective de voir des drones de livraison peupler nos villes prend un nouveau tournant. Dans la lignée du concept Amazon GO, supermarché 100% digitalisé sans caisse, qui a fait grand bruit en France, le géant américain dévoile un nouveau concept intitulé Amazon Air dans une publicité événement. Un couple, lové dans un sofa, déguste des chips, rien de plus banal en apparence. Le bol vide, la femme confortablement assise, interpelle Alexa – l’assistant personnel d’Amazon – et passe commande pour se réapprovisionner afin de savourer la fin du match. Quelques secondes plus tard, un drone apparaît comme par magie par la fenêtre de l’appartement, avec la commande effectuée quelques minutes plus tôt.


Si la scène peut prêter à sourire, on peut à juste titre s’interroger sur son caractère prophétique. Autrement dit, s’agit-il d’un message visionnaire ou d’un simple coup de com’ ?

 

De nombreux tests

À n’en pas douter, le tandem robotique et livraison est porteur d’avenir. Mais au-delà des annonces, quels seront les véritables contours de cette alliance, notamment sur le fameux "last-mile", où pas une semaine ne passe sans que de nouveaux exploits soient annoncés en fanfare dans les médias… À ce titre, Domino’s et 7 Eleven ont déjà initié plusieurs tests aériens aux Etats-Unis avec la droniste Flirtey. Alphabet, la maison mère de Google, est également entrée dans la bataille en s’associant à Chipotle pour livrer des burritos en Virginie. Cet Etat vient tout juste d’annoncer l’autorisation de véhicules de livraison autonomes sur ses voiries – une première mondiale !

 

Une véritable guerre est donc déjà à l’œuvre dans la FoodTech, mais cela ne s’arrête pas là. Les constructeurs automobiles entrent également en lice. Mercedes mise sur le "Mothership", une camionnette futuriste, qui, tel un vaisseau mère, contiendrait une petite douzaine de robots – les fameux Starship, création de deux anciens fondateurs de Skype - capables d’évoluer de façon totalement autonome en ville. Piaggio, plus connu pour son mythique Vespa, a créé l’événement en lançant GITA, son premier robot de livraison autonome, à grand renfort de communication. Et Amazon, encore lui, rêve transformer les airs à l’aide de plateformes logistiques volantes où les drones viendraient se réapprovisionner sans heurts.

 

Un défi logistique

Le défi de la livraison urbaine est de taille. Il répond à la quête d’instantanéité grandissante des consommateurs – 53% des Français souhaitent une livraison en moins d’une heure (FEVAD) – à l’essor continu des achats en ligne – 500 à 600 millions de colis e-commerce expédiés en France, en 2015, en progression de 20% par an (FEVAD) – et à la volonté de tous les marchands d’intégrer le "same-day delivery" à leur chaine de valeur. Le sujet revêt une importance stratégique, lorsque l’on sait que mal maitrisés, les coûts du dernier kilomètre explosent et représentent jusqu’à 20% du montant total du transport (France Logistique 2050 – MOCI).

 

Dans le même temps, la livraison devient un levier incontournable d’acquisition et de fidélisation client – 96% des clients ayant eu une expérience de livraison positive achèteront de nouveau sur un site marchand et, inversement, une expérience de livraison ratée dissuadera 43% des consommateurs (étude MetaPack). Chaque jour un peu plus, le dernier kilomètre devient le nerf de la guerre pour les distributeurs qui souhaitent conquérir de nouvelles parts de marché, ou à défaut, ne pas se laisser distancier par des concurrents, plus mûrs sur ce segment d’avenir.

 

Les retailers seraient-ils donc prêts à se passer de l’homme, et opter pour le "tout-robot" afin de résoudre cette périlleuse équation ? Ce raccourci masque pourtant une réalité bien plus complexe. Et, plusieurs facteurs laissent à penser que ce changement de paradigme, aussi séduisant soit-il, ne sera pas pour demain.

 

Repenser les villes

En effet, la compatibilité des villes avec ces nouveaux modèles, n’est pas une évidence, et ce à différents niveaux : sécuritaire – en particulier pour les drones aériens ; urbain – les voiries ne sont pas adaptées à des véhicules autonomes, ils devront continuellement faire face à des obstacles parfois difficilement prévisibles, même aidés d’une intelligence artificielle de pointe : trottoirs, escaliers, passages piétons, circulation automobile, accidents de la chaussée, etc. ; dangers extérieurs : vols potentiels sur la voirie, conditions météorologiques défavorables ; ou plus directement, gérer des événements traditionnels liés aux opérations : autonomie, résistance et usure des machines, intervention des équipes techniques en cas de problème, capacité du robot à adopter un comportement adéquat en l’absence du destinataire, delta entre la capacité de chargement des véhicules et les commandes effectuées par les clients, etc.

 

Or, pour l’heure, toutes ces questions sont passées sous silence par les constructeurs et très peu de voix semblent poser le débat en ces termes, au-delà de l’innovation promise. L’enjeu est pourtant central. Il convient dès à présent de s’interroger sur les perspectives réelles de massification de cette nouvelle logistique et sa capacité d’absorber une part substantielle des livraisons urbaines en adressant l’ensemble des problématiques directes ou induites, sans quoi ce marché ne pourra émerger. Ainsi, si le cabinet de prospective Gartner, fait état d’une hausse significative de la production de véhicules autonomes de livraison – 3 millions de drones prévus en 2017, en augmentation 39% par rapport à 2016 (étude “Forecast: Personal and Commercial Drones, Worldwide, 2016.” Gartner) – il tient à relativiser la portée commerciale de cette tendance, indiquant sans détours que "la livraison par drone continue d’attirer l’attention des médias, mais ne deviendra pas majeure avant de nombreuses années. Pour l’heure, aucune certitude n’existe sur le retour sur investissement et la rentabilité de ce modèle, aussi bien quant à la production des drones en tant que tel, que sur les coûts opérationnels liés à l’activité de livraison."

 

Si la course à l‘innovation doit être encouragée, les véhicules autonomes de livraison ne doivent pas nous détourner des défis actuels, qu’il convient d’adresser sans plus attendre. À ce titre, tout en proposant un service plus rapide et plus personnalisé, la priorité reste de verdir le dernier kilomètre, qui génère actuellement près 40% des émissions de polluants en ville (Airparif), tout en optimisant le nombre de colis livrés par heure à l’aide de la technologie. Chez Stuart, nous rêvons d’une ville où vélos, vélos-cargo et véhicules électriques remplacent les centaines de milliers de véhicules thermiques qui circulent chaque jour dans nos centres urbains. Et ce chantier, lui, se fera avec l’humain.

 

Nicolas Breuil, directeur marketing de Stuart

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