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"En étant en Europe ou à Miami on avait un an de retard par rapport à San Francisco", explique Bruno Levêque (Prestashop)

Entretien La pépite française Prestashop, éditeur d'un logiciel libre qui permet de créer sa boutique en ligne, a ouvert un Lab à San Francisco au mois de juillet 2015, grâce notamment à une levée de fonds de 9,3 millions d'euros en 2014. Le co-fondateur Bruno Lévêque explique à L'Usine Digitale pourquoi il était nécessaire d'avoir un pied dans la Silicon Valley et les projets en cours pour la start-up qui monte. Il raconte comment des partenaires stratégiques aux Etats-Unis changent la donne, et comment l'apprentissage des machines et la commande vocale peuvent révolutionner le e-commerce.
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En étant en Europe ou à Miami on avait un an de retard par rapport à San Francisco, explique Bruno Levêque (Prestashop)
"En étant en Europe ou à Miami on avait un an de retard par rapport à San Francisco", explique Bruno Levêque (Prestashop)

L'Usine Digitale : Pourquoi s'installer à San Francisco ?

Bruno Lévêque : Après notre levée de fonds de série B en 2014, on s'est dit que cela nous permettrait premièrement d'investir dans le cloud, et deuxièmement l'expansion internationale. C'est important d'être vu comme une société internationale. Il n'y a pas de leader mondial qui n'ait pas à la fois un pied aux Etats-Unis et en Europe. J'ai ouvert un bureau à Miami en 2011 avec une vingtaine de collaborateurs. J'ai beaucoup travaillé sur l'adaptation de l'offre au marché américain. Nous avons un panel de services à destination des utilisateurs anglophones.

 

A San Francisco nous sommes trois. Notre but c'est de donner une longueur d'avance à Prestashop par rapport à nos concurrents et de jouer le rôle de tête chercheuse pour le reste de l'entreprise. Ensuite nous donnons un "proof of concept" qui marche à nos ingénieurs à Paris. Ici  nous sommes focalisés sur l'innovation. Ce qui compte c'est l'écosystème, l'énergie, et les sujets qui émergent. En étant en Europe ou à Miami, on a six mois voire un an de retard.

 

Le but c'est aussi de faciliter des partenariats stratégiques. Pour l'instant, on attend de voir comment ça prend. Je suis là depuis juillet 2015 seulement. Le plus gros frein à San Francisco ce sont les coûts opérationnels, les bureaux et les bons employés coûtent très cher.

 

Quels partenariats stratégiques comptez-vous mettre en place depuis la Silicon Valley?

Nous établissons des partenariats avec Paypal, Zendesk, eBay, Amazon, et on est en discussion avec Pinterest et Facebook. Nous avons déjà des deals en cours avec Google que nous voulons élargir. Cela rassure les acteurs de l'industrie de nous voir physiquement présents. Nous sommes aussi partenaires d'Amazon Payments et nous travaillons avec eux sur l'apprentissage des machines et la commande vocale. Ils ont un appareil appelé Amazon Echo contrôlé par la voix.

 

Notre but c'est que les marchands puissent travailler dans leur backoffice sans avoir besoin de clavier ni de souris. Par exemple, pour un marchand typique qui doit remplir 5 ou 10 commandes tous les jours, il lui suffira de parler à l'appareil, qui lui montre les commandes à expédier, imprime l'étiquette sur le colis automatiquement, lit l'adresse. A la voix, il pourrait même demander à marquer la commande comme "expédiée" et automatiser le processus. C'est un peu gadget mais c'est une piste que l'on explore. Le prototype est déjà développé à 70-80% et on commence les tests. Mais l'appareil n'existe pas encore en France.

 

Comment l'apprentissage des machines peut-il rendre un marchand plus performant ?

Nous utilisons Azure Machine Learning Studio de Microsoft et Amazon Web Services pour l'apprentissage des machines, ainsi que des algorithmes que nous développons nous-mêmes pour prédire si les visiteurs d'un site d'e-commerce vont repasser commande. Nous voulons le prédire avec un taux de certitude assez élevé. Actuellement au stade de prototype, la solution est en test sur une boutique.

 

Nous analysons les comportements des utilisateurs : quels appareils, navigateurs, et langues ils utilisent, le temps moyen passé par page, etc. Et, à partir de cela, nous déduisons un algorithme de machine learning, qui traite 18 critères, les croise entre eux et essaye de comprendre ce qui est le plus important pour déterminer si les utilisateurs vont repasser commande ou non. Nous demandons au marchand de nous donner un seuil de probabilité minimal à partir duquel il pourra mettre en place une action, une incitation à l'achat.

 

Comment vous situez-vous par rapport à votre concurrence aux Etats-Unis, comme Shopify ?

Nous avons une offre assez similaire à Shopify sur le cloud, mais la nôtre est gratuite. Leur produit est bon mais cher. Depuis le début, notre modèle c'est l'open source et le gratuit. Notre modèle économique n'a jamais changé. Nous avons essayé de faire un cloud performant mais qui ne coûte pas cher. Nous avons levé 15 millions, et nous avons été rentable plus vite. Nous faisons moins de chiffre d'affaires et avons six fois moins d'employés, mais on croît de 30% par an, à notre propre rythme, en s'appuyant sur un modèle freemium.

 

Pour obtenir leur croissance de 100%, shopify a une stratégie d'acquisition agressive qui coûte beaucoup d'argent. 

 

Quel est votre modèle économique ?

C'est un modèle similaire à celui de l'App store. Une part importante de nos revenus provient donc des gens qui achètent des templates et des modules pour créer leur boutique en ligne. Nous prenons 30% sur les modules quand ils sont achetés, c'est du "revenue sharing" avec les développeurs.

 

Ensuite les partenariats stratégiques comme avec Google et Paypal constituent une deuxième source de revenu, par exemple des marchands vont installer le module Paypal, qui nous paye en retour pour cela. La troisième provient des services que l'on propose aux marchands en termes de support, formations et accompagnement.

 

 

Outre l'international, quelle est votre stratégie de développement ?

La communauté est l'élément clé de différenciation sur un marché compétitif comme le nôtre. Nous avons lancé un fonds d'intégration d'un million de dollars à destination de la communauté des développeurs pour qu'ils construisent de nouveaux modules. Cela cartonne, en quatre mois nous avons eu 200 contributions proposées dans 29 pays différents. Les développeurs s'inscrivent, on reçoit la proposition, et on les paye une fois le module fait. C'est une avance sur le revenu sharing, qu'ils remboursent petit à petit. 

 

Nous venons par ailleurs d'atteindre cinq millions de téléchargement du logiciel Prestashop, qui est traduit dans 65 langues. Cette année nous comptabilisons un million de membres dans la communauté. Nous avons monté un réseau d'ambassadeurs dans chaque pays. Le but c'est d'avoir 500 "meet-ups" (des rencontres entre membres, ndlr) l'année prochaine, organisés directement par notre communauté.

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1 commentaire

Blacksheep
06/11/2015 10h45 - Blacksheep

"Nous venons par ailleurs d'atteindre cinq millions de téléchargement du logiciel Prestashop, qui est traduit dans 65 langues" Surprenant que les chiffres de mai (3 millions) aient explosé ainsi alors que le lien de téléchargement est devenu pratiquement invisible et que l'internaute lambda se retrouve avec une boutique cloud sans avoir vraiment compris comment... Avant d'essayer de rajouter des features genre GoogleVoice, il serait bon qu'un CMS comme Prestashop soit capable d'effectuer des calculs justes et des factures correctes^^

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