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"En matière d’usine 4.0, les industriels américains doivent changer de paradigme", selon le président Digital Factory de Siemens USA

Aux Etats-Unis, le secteur manufacturier dépasse désormais son niveau de production d’avant-crise, recrée de l’emploi, mais affiche un retard d’investissements en matière d'automation. Depuis trois ans, l’administration Obama fait la promotion de la "fabrication avancée". Et est même parvenue à trouver l’accord du Congrès pour mettre en place un réseau d’Institut d’innovation technologique. À l’occasion d’une convention organisée en mars par Siemens et Electro-Matic à Detroit (Michigan) sur ce thème L’Usine Nouvelle a rencontré Raj Batra, Président de l’activité Digital Factory de Siemens USA. Il fait le point sur le retournement de l’industrie aux Etats-Unis, l’intégration numérique des usines et la quête des talents.

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En matière d’usine 4.0, les industriels américains doivent changer de paradigme, selon le président Digital Factory de Siemens USA
Raj Batra, Président Digital factory, Siemens USA © dr

L'Usine Nouvelle : Les chiffres depuis un an ou deux montrent une reprise de l’activité industrielle, le percevez-vous sur le terrain ?

Oui, il y a vraiment une tendance intéressante sur la résurgence de l’industrie aux Etats-Unis. Je constate avec nos clients et partenaires que ce sujet est considéré plus stratégique qu’auparavant. Le "Made in USA" est désormais perçu par beaucoup comme un avantage compétitif et non un mal nécessaire !

Longtemps, tout le monde n’a pensé qu’à externaliser. La tendance s’inverse. Les entreprises veulent faire d’avantage en interne et surtout veillent à avoir une plus grande proximité entre leur opération et les centres d’innovation. Cela devient un gros sujet d’actualité avec notamment la création d’un réseau d'instituts d’innovation public-privé, impulsé par Barack Obama. La plupart des entreprises considèrent que pour améliorer leur efficience en manufacturing, l’innovation doit être proche d’eux.

Les délocalisations, c'est fini ?

Beaucoup d’industriels qui avaient lancé des plans pour fabriquer en dehors des États-Unis y reviennent. Parmi les explications, il y a le bas coût de l’énergie et la productivité élevée de la force de travail. Les entreprises veulent redevenir exportatrices nettes à partir des États-Unis.

Par exemple, BMW a investi un milliard de dollars en Caroline du sud dans un de ses plus grosses usines du monde. C'est inédit. Et BMW veut exporter 70 % de sa production. General Motors lui aussi investi lourdement. Pour être compétitif en terme de coûts, ce type d’entreprise a besoin d'intégrer les dernières technologies de production, de type 4.0.

Mais, certains économistes évoquent aussi une croissance low-cost aux États-Unis ?

Les États-Unis fabriquent des produits innovants à haute valeur ajoutée. Dans ce cadre, le coût du travail n'est plus le sujet central. Sur bien des produits, sa part devient faible. Ce qui compte c'est le savoir-faire, l'innovation technologie, l'excellence en matière de qualité. Les États-Unis doivent miser là-dessus car ce n’est pas le meilleur endroit pour fabriquer des T-shirts !

Quels freins percevez-vous ?

La quête des talents qui devient plus difficile à tous niveaux mais aussi la disponibilité de la chaîne de sous-traitance industrielle C’est essentiel car pour certains composants, nous n’avons plus l'offre adéquate ici aux États-Unis. En Chine c'est très facile, il y a des sous-traitants pour tout ce dont vous pouvez avoir besoin.

De nombreuses initiatives veulent promouvoir le concept de conception, fabrication et automation avancée, mais selon les professionnels le retard cumulé en matière d’investissement sur ces sujets dépasse 60 milliards de dollars aux États-Unis, est-ce un constat d’échec ?

L’avenir ce sont les entreprises digitalisées, où les produits sont conçus et fabriqués d'une manière intégrée suivant la logique PLM. La réalité est que beaucoup d’industriels se sont approprié ces savoir-faire mais encore de manière discontinue. Mais cela change et il y a des secteurs pionniers comme l’aéronautique ou l’automobile.

L’industrie a besoin d’un changement de paradigme, c’est ainsi que viendront ses gains de performance. L'automation avancée apporte des performances considérables mais quand vous ne reliez pas cela à la conception, cela génère des pertes. Car en moyenne 80% du coût de fabrication est lié à la manière dont est imaginé le produit lors de sa phase de conception.

Y a-t-il des facteurs bloquant ?

Il y a un problème culturel aux États-Unis. Les industriels ont en général une très forte organisation de leurs systèmes d’information et une très forte organisation de leur opération de manufacturing, mais celles-ci ne sont pas toujours intégrées. Il faut encore briser des barrières comme y parviennent les entreprises les plus avancées.

Comme Siemens se positionne sur cet univers aux États-Unis ?

Je dois vous dire que dans le monde, hormis Siemens, aucune entreprise d'automation n’a l’expertise en PLM et qu’aucune entreprise de PLM n’a de compétences en automation ! Cela nous met en bonne position dans cette transformation de l’usine numérique, notamment aux États-Unis.

Dans cette transformation, quel est l’enjeu en matière de ressources humaines ?

Il y a un premier sujet qui est la disponibilité des talents dans un contexte de reprise économique. C’est un souci désormais pour beaucoup d’entreprises qui se battent toutes pour les mêmes profils.

L’autre sujet c’est justement le profil dont l’industrie a besoin. Les travailleurs entrants ne font pas la même chose que ceux qui partent en retraite. Les taches sont de plus en plus liées à l’économie de la connaissance : conduire un robot, une CNC, un laser, utiliser la simulation, l’automation avancée... J’observe qu’aux États-Unis, nous avons de véritables jeunes talents. C’est vrai chez Siemens. Après quelques années de formation à nos méthodes, c’est formidable ce qu’ils réussissent à faire !

La nouveauté de la génération actuelle c’est qu’elle "challenge" nos organisations. Les jeunes sont très branchés sur la technologie, ils sont sans cesse en train de chercher les meilleures et ne restent pas coincés sur ce qu’ils savent. Pour nous, c’est un avantage car nous avons beaucoup de technologies disponibles ! J’ajoute que Siemens, aux États-Unis notamment, consent d’importants efforts au plan éducatif, depuis l’école primaire jusqu’à l’université, pour intéresser les jeunes aux métiers technologiques.

Vous avez évoqué la mise sur pied d’un réseau d’instituts technologique sur la "fabrication avancée" sur une idée lancée par Barack Obama, les entreprises américaines ne goûtent pas toujours les initiatives venues du secteur public, qu’en est-il pour ces instituts comme le DMDII sur l’automation à Chicago ou Lift sur les matériaux à Detroit ?

Des idées intéressantes peuvent venir des entreprises ou du secteur public. En l’occurrence, ces projets s’inscrivent dans une collaboration public-privé et c’est une bonne chose selon moi. Au sein de ces instituts, qui vont fortement se développer, beaucoup d’entreprises comme Siemens mais aussi General Electric, Microsoft ou d’autres mettent leur savoir-faire ensemble dans des programmes. Au final, cela constitue un avantage compétitif pour le pays. C’est une manière de travailler collectivement au développement de l’industrie américaine.

Regardez dans l’automobile, les constructeurs travaillent désormais ensemble sur ce que seront les prochaines générations de voiture et sur les sujets de R&D liés. Dans notre univers de l’usine intelligente, c’est la même chose.

J’ajoute que sur tous les sujets de R&D pour faire émerger des technologies, il faut du temps, du capital et des investissements en savoir-faire, tous les apports sont bienvenus. Chacun gagne ensuite selon son mérite, surtout que les règles de protection de propriété intellectuelle sont très claires.

Comment se porte dans votre domaine le business de Siemens aux États-Unis ?

Plutôt bien, ce qui est compréhensible car il y a beaucoup d’investissement dans l’aéronautique et désormais l’automobile. Les constructeurs réinvestissement fortement ici pour accompagner la reprise du marché, se moderniser et exporter.

BMW, je vous l’ai dit, mais aussi Volkswagen qui a annoncé 5 milliards de dollars d’investissements ou encore GM qui va consacrer 12 milliards de dollars à la marque Cadillac. Les entreprises doivent se moderniser. Nous sommes là pour y répondre.

Propos recueillis à Detroit par Pierre-Olivier Rouaud

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