Recevez chaque jour toute l'actualité du numérique

x

En menaçant Facebook et Twitter, la Russie poursuit son offensive pour la souveraineté numérique

Le service fédéral de supervision des télécommunications russe a lancé de nouvelles procédures contre Facebook et Twitter pour non-respect de la législation locale, et qui obligent les acteurs étrangers d'internet à stocker les données de leurs utilisateurs sur le territoire russe. Par cette décision, la Russie poursuit son combat pour la souveraineté numérique... quitte à violer les libertés publiques et individuelles de ses ressortissants.
Twitter Facebook Linkedin Flipboard Email
×

En menaçant Facebook et Twitter, la Russie poursuit son offensive pour la souveraineté numérique
En menaçant Facebook et Twitter, la Russie poursuit son offensive pour la souveraineté numérique © Unsplash/Sara Kurfeß

La Russie continue de pousser à son paroxysme sa volonté de souveraineté numérique en s'attaquant à Facebook et Twitter. Le 31 janvier 2020, le service fédéral de supervision des télécommunications Roskomnadzor a lancé de nouvelles procédures contre les deux réseaux sociaux pour non-respect des lois locales sur les données. Ces dernières obligent les acteurs étrangers d'internet à stocker les données de leurs utilisateurs sur le territoire russe.

 

Bloquer l'accès aux sites internet

D'après l'autorité russe, ils n'auraient pas "fourni dans le temps imparti les informations sur la localisation de la base des données des utilisateurs russes à l'intérieur des data centers". Le chien de garde des télécommunications avait fixé la date du 31 janvier 2020 pour recevoir cette information enfin de vérifier la conformité à la réglementation russe imposant que tous les serveurs qui stockent les données des ressortissants russes soient relocalisés en Russie.

 

Les géants technologiques pourraient être condamnés au versement d'une amende allant d'un million de roubles (14 000 euros) à six millions de roubles (85 000 euros). A noter que ces sommes ne sont pas très élevées. Mais l'autorité peut aller plus loin et bloquer totalement l'accès à ces services. Une décision nettement plus embêtante pour Facebook et Twitter.

 

En vertu de cette loi, la Russie avait déjà bloqué LinkedIn début janvier 2017. "LinkedIn a refusé de déplacer ses serveurs de données conservant les données personnelles de citoyens russes sur le territoire de la Fédération de Russie, confirmant ainsi son désintérêt pour le marché russe", avait rapporté Roskomnadzor. Suite à cet avertissement, le réseau social professionnel avait continué à conserver les données des ressortissants russes dans des serveurs situés aux Etats-Unis.

 

"Une grande muraille numérique"

Cette législation, votée par la Douma, la chambre basse du parlement russe, en juillet 2014, avait provoqué de vives inquiétudes dans le camp des acteurs du numérique. "L'adoption de cette loi sur le stockage des données personnelles dans d'autres pays va provoquer le départ de services et de grosses pertes économiques", avait dénoncé sur son site l'Association russe des communications électroniques (RAEC), qui regroupe les principaux acteurs du secteur présents en Russie.

 

Plus récemment, la Russie a réitéré sa volonté de créer "une grande muraille numérique" à l'image de la Chine. Début novembre 2019, l'Etat se dote d'un "internet souverain" isolé du reste des réseaux mondiaux. Concrètement, le gouvernement peut désormais "couper" l'accès à internet à tout moment à condition de justifier d'une situation d'urgence. Fin décembre 2019, le ministère des Communications annonce avoir testé "Rutnet" – nom donné à cette alternative à l'internet mondial  – avec succès. "Les résultats des exercices ont montré que les autorités et les opérateurs de télécommunications sont prêts à répondre efficacement aux risques et menaces émergents", s'était félicité Alexey Sokolov, directeur adjoint du ministère.

 

La Chine et l'Iran précurseurs

Cette tendance au démantèlement d'Internet inquiète de plus en plus la communauté internationale car elle entraîne de facto une restriction des libertés publiques et individuelles. Deux Etats sont devenus spécialistes dans cet exercice : la Chine et l'Iran. L'arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2013 a sonné le début d'une restriction très ferme de l'accès à Internet. L'accès à d'innombrables sites étrangers a été bloqué. En 2018, 26 000 sites internet "illégaux" ont été fermés par les autorités chinoises. 

 

Et finalement, le désir de souveraineté numérique justifie-t-il la mise en place de restrictions aux libertés publiques et individuelles ? Ou plutôt, comment trouver un juste équilibre entre les deux ? Des questions dont ne semble pas s'embarrasser la Russie. 

Réagir

* Les commentaires postés sur L’Usine Digitale font l’objet d’une modération par l’équipe éditoriale.

 
media