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En pleine polémique, la plateforme de dons Tipeee réaffirme ses positions

La plateforme française de financement participatif Tipeee, qui permet aux internautes de rémunérer les créateurs de contenu sur Internet, subit les critiques virulentes de certains Youtubeurs depuis la diffusion d'un documentaire début septembre. Son fondateur Michaël Goldman défend sa vision de la liberté d'expression, et rassure sur l'avenir de sa société.
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En pleine polémique, la plateforme de dons Tipeee réaffirme ses positions
Michaël Goldman, le cofondateur de Tipeee, s'inquiète des dérives concernant la liberté d'expression sur internet, et rassure sur l'avenir de la plateforme. © Tipeee

C'est un véritable contre-feu médiatique auquel se livre depuis la semaine dernière le cofondateur de la plateforme de financement participatif Tipeee. Depuis la diffusion le 2 septembre du documentaire "Fake news, la machine à fric" dans l'émission Complément d'enquête sur France 2, Michaël Goldman est sur le grill.

Choqués par une déclaration de ce dernier qui explique dans le documentaire qu'il assume tous les contenus présents sur le site, "du plus antisémite au moins antisémite, et du plus complotiste au moins complotiste", plusieurs Youtubeurs ont appelé leurs abonnés à quitter Tipeee pour une autre plateforme de financement, notamment uTip.

Un "shitstorm" qui pourrait lui coûter 5% de croissance
L'affaire a entraîné le départ de quelques créateurs et "tippers", les membres de la communauté qui financent les créateurs. Mais c'est surtout pour la réputation du site que s'inquiète Michaël Goldman.

"Dans le pire des scénarios, nous projetons cette année une croissance de 10% du volume de tips. Il est probable que sans ces circonstances la croissance aurait été plutôt de 15%", indique-t-il à L'Usine Digitale. "Nous ne sommes pas inquiets, économiquement parlant. Seuls deux créateurs de notre top 100 et trois en tout dans notre top 200 ont fermé leur page sur Tipeee. La plupart des créateurs qui ont appelé à utiliser d'autres plateformes ont conservé leur page sur le site. Ce qui nous inquiète, ce n'est pas l'avenir de Tipeee mais notre avenir à tous. Si Internet ne veut que des plateformes politisées, ce sera sans nous."

appliquer la loi, rien de plus, rien de moins
Le discours de Michaël Goldman est légaliste. Tous les projets financés sur Tipeee sont acceptables au regard de la loi. Tous les projets qui sont condamnables juridiquement, même sans décision de justice, sont exclus par la modération et ne peuvent pas lever de fonds. Deux collaborateurs, qui vérifient également le respect par les créateurs des conditions générales du site (âge minimum, contenus originaux, récurrents et en accès libre…), sont dédiés à cette tâche.

Les 15 000 projets actifs sur la plateforme ont ainsi été passés en revue. Dans les cas où ils ont un doute, ils font appel aux conseils d'un avocat. Un ou deux projets sont ainsi exclus chaque mois, selon le cofondateur. "Pour Hold Up, nous avons mis un mois à nous positionner définitivement après avoir travaillé activement avec notre conseil pour savoir s'il y avait ou non des propos manifestement illégaux comme le demande la Loi LCEN", se souvient Michaël Goldman.

Contre une "politique cynique habillée de morale"
Pour le reste, les dirigeants du site estiment ne pas avoir à décider de l'éviction de contenus selon des critères subjectifs. "Notre vision a été caricaturée. Nous avons été victimes de cela même que nous voulions dénoncer, c'est-à-dire la cancel culture. C'est un phénomène très inquiétant, comme on le voit aux États-Unis où des patrons de start-up décident de qui peut s'exprimer ou pas. Ce système habille de morale une politique économique cynique, qui consiste à bannir les contenus auxquels les annonceurs ne veulent pas être associés. Notre position, c'est de défendre le cadre juridique français, et c'est incroyable que cela soit devenu presque un acte militant !", regrette Michaël Goldman.

Tipeee permet justement aux créateurs de contenus de se passer de la publicité, et n'en est pas dépendant lui-même. La plateforme, qui a dégagé une marge brute de près de 450 000 euros en 2020 et est rentable depuis 2017, constitue la source de revenus numéro 1 de la majorité des créateurs dont elle héberge les pages. Le don ponctuel moyen s'élève à 14 euros, et le don récurrent à 6 euros.

Une source de revenus principale pour les créateurs
"En moyenne, ils gagnent 20 fois plus d'argent qu'avec la publicité, qui en dehors des tutos maquillage et des contenus fun and fit, ne leur permet pas de vivre de leur activité. Le financement participatif est l'axe majeur de développement pour les créateurs. On le voit bien, YouTube, Twitter, Facebook ont lancé leur propre outil", avance le cofondateur.

Tipeee cherche d'ailleurs à intégrer le nouvel écosystème de financement des créateurs de Twitter. La plateforme développe aussi son activité dédiée aux streameurs, TipeeeStream, et se développe en Italie, en Allemagne et en Espagne. Tipeee revendique la place de leader sur le marché français, loin devant ses concurrents dont elle estime qu'ils collectent environ dix fois moins de dons.

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