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En s'écartant du hardware, IBM s'engage dans un défi pour sa survie

Le géant IBM est un pionnier de l'industrie informatique. En se débarrassant petit à petit de son activité hardware, l'entreprise poursuit sa transformation, qui passe par des investissements massifs dans le cloud. Une nécessité pour survivre sur un marché de plus en plus compétitif.
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En s'écartant du hardware, IBM s'engage dans un défi pour sa survie
En s'écartant du hardware, IBM s'engage dans un défi pour sa survie © Kansir - Flickr - C.C

IBM, qui vient de vendre son activité serveurs au Chinois Lenovo, fait partie des dinosaures de la technologie. Né en 1911, c'est l'un des pionniers de la construction de matériel informatique. International Business Machines (IBM) a connu plusieurs mutations au cours de sa longue vie dans une industrie changeante. L'entreprise effectue une première transformation à la fin des années 90 en se recentrant sur les services et logiciels, et en 2005, elle cède son activité PC à Lenovo. Aujourd'hui, IBM doit consolider le virage dans une industrie de plus en plus compétitive, et dans laquelle la révolution du cloud a changé la donne. Le spécialiste du hardware veut donc devenir fournisseur de services et logiciels pour entreprises. Plus qu'une stratégie, une lutte pour sa survie.

IBM s'éloigne du hardware

L'activité hardware d'IBM ne représentait plus en 2011 que 7% de son résultat avant impôts, (1,4 milliards de dollars) ce qui montre bien le pivot effectué par l'entreprise depuis de longues années. Le recentrage sur les logiciels s'est fait petit à petit. En 2000, l'activité logicielle représentait 25% de son résultat ( 2,8 milliards de dollars), contre 42% en 2011. Plusieurs acquisitions en ce sens à la fin des années 90 ont amorcé la transformation.

Aujourd'hui, IBM consolide ce virage, grâce au Chinois Lenovo. Non content d'avoir mangé son activité PC et d'être devenu l'un des leaders du marché, Lenovo avale maintenant l'activité serveurs pour 2,3 milliards de dollars. Une somme qui permet à IBM de se concentrer sur d'autres priorités : IBM a prévu d'investir 1 milliard dans l'activité logicielle de sa branche Watson, et 1,2 milliards dans la construction de 15 datacenters pour le cloud public. Un calcul millimétré...

Recentrage sur le cloud, le big data et les services

L'enjeu pour IBM est de se séparer d'activités coûteuses, au profit de celles ayant le plus de potentiel et offrant le plus de marge. Le cloud d'infrastructure a changé la donne et devient une priorité. Par ailleurs, IBM est devenu un expert en conseil et en services informatiques pour entreprises avec sa branche Global Services. Le but aujourd'hui, est pour l'entreprise de devenir le fournisseur spécialiste des entreprises.

En 2013, IBM a racheté Softlayer pour 2 milliards de dollars, un spécialiste du cloud. Le patron de Softlayer, Lance Crosby, affirme qu'en 2014 IBM va secouer ses concurrents en offrant plus d'une centaine de nouveaux produits pour entreprises dans le cloud, notamment des analyses big data et le développement d'applications mobiles. "Cela prendra 10 ans à Amazon de construire tout cela", affirme-t-il. IBM declare tenir le haut du podium en termes de revenu lié au cloud d'infrastructure - 1 milliard de dollars lors du dernier trimestre 2013 - mais une part importante provient d'acquisitions comme celle de Softlayer. Quoi qu'il en soit, IBM a le pouvoir financier et les ressources pour investir dans le cloud, et clairement, l'entreprise est déterminée à ne pas rater un tournant majeur. De plus, IBM a déployé 400 employés sur le projet OpenStack, un projet logiciel open source pour le cloud sur lequel des concurrents historiques collaborent.

Par ailleurs, IBM mise beaucoup sur son super ordinateur Watson, qui analyse les données plus vite que son ombre. Les dirigeants espèrent que le logiciel Watson, qui opèrera désormais dans le cloud, produira 1 milliard de dollars de revenu par an d'ici 2018. Pour l'instant, Watson n'a pas encore apporté la manne financière espérée, surtout parce que son business modèle reste à définir. Pourtant, IBM ouvre une branche d'activité dédiée au Watson Group et a lancé un fonds d'investissement de 100 millions de dollars pour aider au développement d'applications basées sur la technologie Watson qui pourraient servir aux entreprises. Ce fonds fait partie d'un investissement de plus d'un milliard de dollars de la part d'IBM dans cette nouvelle activité, et la société prévoit d'y faire travailler plus de 2000 personnes. A cela s'ajoute 1,2 milliard de dollars prévus pour les 15 nouveaux datacenters pour les services cloud. IBM ne compte pas se laisser distancer.

le cloud d'infrastructure fera la différence

Pourtant, les difficultés d'IBM sont réelles. En 2013, l'entreprise a dû licencier plus de 3000 employés aux Etats-Unis et au Canada. Les derniers résultats dévoilés par la firme ont été décevants, avec notamment une baisse du revenu, en dessous des prédictions des analystes.

La bataille pour le cloud d'infrastructure s'annonce d'autant plus sanglante. La menace vient principalement d'Amazon et son activité Amazon Web Services (A.W.S), qui domine le cloud "public", dans lequel petites et grosses entreprises stockent et analysent de nombreuses données. Pour le cloud privé, dédié à une entreprise, c'est la société américaine VMWare qui mène la danse. Le cabinet de recherche Gartner estimait, en 2013 (avant l'acquisition de Softlayer et les annonces d'investissements de la part d'IBM), qu'Amazon Web Services possédait 5 fois la puissance de 14 autres entreprises du cloud - y compris IBM - combinés. De quoi faire trembler ses rivaux...

Amazon n'est pas le seul danger pourtant ; Microsoft et Google semblent également avoir prévu d'investir plus d'un milliard de dollars par an dans leurs infrastructures cloud pour les prochaines années. D'où l'importance du projet open source OpenStack, qu'IBM soutient fortement, pour contrebalancer ces standards propriétaires.

IBM est une entreprise vieille de plus d'une centaine d'années. Elle en a vu d'autres et a prouvé qu'elle avait la capacité d'adaptation nécessaire à sa survie mais elle s'engage probablement aujourd'hui dans l'un de ses combats les plus ardus.

Nora Poggi

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