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En thérapie (ou presque), avec Open Mind Neurotechnologies

Reportage Test La start-up parisienne a développé des outils d'immersion et de formation pour entraîner les compétences émotionnelles, cognitives et sociales en entreprise. Inspirées par les neurosciences et les thérapies comportementales, ses solutions s'appuient sur la réalité virtuelle et le jeu vidéo. La rédaction de L'Usine Digitale a testé l'un de ses modules d'évaluation.
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En thérapie (ou presque), avec Open Mind Neurotechnologies
En thérapie (ou presque), avec Open Mind Neurotechnologies © L'Usine Digitale

Que valent ces nouvelles solutions qui promettent de révolutionner la formation et les RH grâce à l'intelligence artificielle et la réalité virtuelle ? Nous avons voulu tester celle d'Open Mind Neurotechnologies, une start-up fondée en 2016, qui a développé une suite d'outils pour entraîner les "soft skills" en entreprise, basée sur les acquis des neurosciences et de la psychologie cognitive, et sur le jeu vidéo. Concentration, empathie, stress… Son objectif est d'aider les individus à comprendre comment ils fonctionnent, en apportant cette connaissance de manière expérientielle grâce à la technologie.
 

20 minutes de jeu en réalité virtuelle

Dans la méthodologie développée par l'entreprise, c'est aux deux premières étapes que nous nous sommes confrontée : celles de l'évaluation, pour réaliser un "bilan de résilience et d'agilité", et celle de la "prise de conscience" par le biais d'un débriefing avec Nicolas Bassan, psychologue de son état, cofondateur et directeur scientifique et innovation d'Open Mind.

Direction son divan, pardon - le fauteuil -, où l'on s'équipe d'un casque de réalité virtuelle et de capteurs pour recueillir des données physiologiques (rythme cardiaque, transpiration). Et c'est parti pour une expérience d'une vingtaine de minutes, qui nous plonge dans un jeu vidéo à bord d'un vaisseau spatial. Plus ludique qu'un test de personnalités à choix multiple !

mesurer les performances du système nerveux autonome

Plusieurs phases s'enchaînent, entrecoupées de pauses bienvenues. Il faut détruire les ennemis qui foncent sur le vaisseau, de plus en plus nombreux et rapides. Le didacticiel est réduit au minimum, il faut vite s'adapter pour ne pas se laisser déborder. La difficulté augmente progressivement, avec la nécessité d'alterner entre la réparation des brèches dans le cockpit, pour laquelle il faut attendre le bon moment, et le dézingage en règle de drones en mode shoot them up. Réflexes, tactique, anticipation sont sollicités.

"L'objectif est de mesurer les performances du système nerveux autonome dans une situation de charge mentale élevée, nous explique Nicolas Bassan. C'est-à-dire, comment on mobilise son énergie et ses ressources, et comment on récupère dans les phases plus calmes. La charge mentale est amenée par le multitasking, et le bouclier dans le jeu fait appel à la capacité d'inhibition. Le fait de devoir retenir son action est difficile pour le cerveau."

un profil plutôt convaincant

Les données compilées par le logiciel mesurent comment le sujet s'adapte face à la nouveauté et au challenge, comment il régule son stress, et dans quelle situation il réalise ses meilleures performances. Le fait d'être à l'aise ou non avec le jeu vidéo ou la VR n'a aucune importance, dans la mesure où la difficulté s'adapte à son niveau. À l'issue du jeu, la phase de débriefing permet de confronter les résultats quantifiés aux ressentis, afin d'affiner l'évaluation. "Cette étape de la prise de conscience est importante car dans le domaine des compétences humaines, le changement doit venir de la personne. Il faut comprendre comment on fonctionne pour avoir envie de changer", commente Clarisse Pamiès, la CEO d'Open Mind Neurotechnologies.

Le test permet de dégager un profil, qui révèle ses points forts et ses points faibles. De ce que nous avons pu constater, le profil correspond bien à notre façon de fonctionner, pour l'avoir déjà un peu explorée par le biais d'autres méthodes. Le profil sert ensuite de base à la définition des besoins en formation.

"Nous avons élaboré 13 modèles de compétences dérivées de la classification des compétences humaines de l'OMS, regroupées en trois grands domaines : se gérer soi (compétences émotionnelles), gérer l'environnement (planification, flexibilité… tout ce qui se rapporte à l'agilité cognitive), et gérer sa relation à l'autre (compétences sociales). 70% de ces 13 compétences sont entraînables. Certaines le sont moins, comme la capacité de concentration", détaille Clarisse Pamiès.

formations pour managers à haut potentiel

Open Mind utilise diverses méthodes dans ses formations aux soft skills : coaching individuel, formations de groupe, réalité virtuelle, serious games… L'objectif de ces modules est "d'autonomiser la personne et d'ancrer des routines".

La start-up travaille avec une quarantaine de clients dont Enedis, Accenture, Naturalia, Bearing Point, Arkema, Thales et LVMH. Les secteurs du conseil et des services aux entreprises, qui sont particulièrement demandeurs de soft skills et ont besoin de fidéliser leurs équipes, sont très représentés. Les formations s'adressent notamment aux jeunes managers "à haut potentiel" et aux publics qui doivent "gérer l'incertitude" au quotidien. Open Mind a également noué un partenariat avec Adecco et Pôle Emploi, auxquels elle apporte ses outils en marque grise.

cinq ans de r&D

La start-up a par ailleurs formé et certifié 150 professionnels (coachs, formateurs en soft skills, conseillers en bilan de compétences…), qui jouent à la fois le rôle de distributeurs indirects de sa solution et conduisent ses programmes.

Le lancement opérationnel d'Open Mind Neurotechnologies a nécessité 5 ans de R&D, en coopération avec le CNRS et l'Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA). La société, fondée par Guillaume Victor-Thomas, poursuit ses recherches. Elle travaille notamment sur un algorithme de machine learning pour la détection du stress en temps réel, et sur les dynamiques collectives. Elle est en cours de clôture d'une levée de fonds en seed auprès de business angels et de family offices.