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Entre Amazon et les éditeurs de livres, le PDG de Youscribe se sent "un peu dans la peau d’Uber"

Juan Pirlot de Corbion, le PDG de Youscribe, se félicite de la sortie du rapport de la médiatrice du livre, Laurence Engel, sur les offres d’abonnement illimité au livre numérique, pour faire bouger les lignes. Mais il ne sait pas s’il est possible de trouver, avec les éditeurs, une solution juridique dans les trois mois.

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Entre Amazon et les éditeurs de livres, le PDG de Youscribe se sent un peu dans la peau d’Uber
Entre Amazon et les éditeurs de livres, le PDG de Youscribe se sent "un peu dans la peau d’Uber" © Capture d'écran

Un pavé dans la marre. C’est ainsi que Juan Pirlot de Corbion, PDG de Youscribe, perçoit le rapport sur la conformité des offres d’abonnement avec accès illimité que la médiatrice du livre, Laurence Engel, a remis à Fleur Pellerin, ministre de la Culture. "C’est une très bonne chose que ce rapport soit sorti. Youscribe percevait depuis plusieurs mois une forme d'immobilisme par rapport au livre par abonnement", se félicite le PDG de Youscribe. Ce service en ligne de publication numérique créé en 2011 se revendique comme le leader de l’abonnement en accès illimité en France, avec une offre lancée il n’y a que quelques mois. Elle donne accès à 100 000 ouvrages sélectionnés par les éditeurs parmis les 450 000 ebooks (et 1,2 millions de documents écrits) disponibles dans la bibliothèque digitale de Youscribe. "La promesse de Youscribe est de proposer pour 9,90 euros un accès illimité aux ouvrages numériques que les éditeurs ont choisi de mettre dans cette offre", explique Juan Pirlot de Corbion. 

Pas de remise en cause des offres illimitées

De fait le rapport ne remet pas en cause la formule par abonnement indiquant qu’elle n’est pas incompatible avec la loi française sur le prix unique du livre. Mais que telle quelle, les offres du marché comme celles d’Amazon mais aussi des français Youscribe ou Yoobox, ne sont pas en conformité. Ce serait en effet à l’éditeur de fixer le prix unique de leur livre, pas à au distributeur. Ceux-ci auraient trois mois pour être compatibles avec la loi. Mais comment arriver à un consensus sur le prix de vente de livre numérique en abonnement illimité entre plusieurs éditeurs aux stratégies très différentes ? Fond de catalogue uniquement, tests sur les nouveautés, accès en illimité limité dans le temps... toutes les formules d’utilisation des offres d’abonnement en accès illimité pour les livres numériques existent.

Juan Pirlot de Corbion avance néanmoins deux solutions... pas très claires. La première consisterait à reverser 60% de son chiffre d’affaires ou d’adapter ce pourcentage selon les propositions des éditeurs. La seconde viserait à moduler les offres aux lecteurs par paliers d’utilisation et de reverser à l’éditeur l’équivalent du prix de vente public au-delà d’un certain nombre de consultations. "Je ne vous dis pas que ces deux options ont suscité l’enthousiasme chez les éditeurs", reconnaît le PDG de Youscribe.

Comment négocier un seul prix avec différents éditeurs ?

Dans les documents remis à la presse, Youscribe présente autrement ces deux options. Les négociations avec les éditeurs pourraient soit se caler sur les modèles d’achat de licence des clubs de livres, soit s’inspirer du modèle du prêt numérique en bibliothèque publique. Ce dernier devrait justement être généralisé en France en 2015, avec des abonnements annuels très faibles (entre 8 et 15 euros par an). "Dans ce cas, les bibliothèques achèteront les livres numériques 1,5 ou 2 fois le prix public, mais leur consultation par les lecteurs sera limitée dans le temps (environ 28 jours) et le nombre d’accès simultanés également limité", explique Juan Pirlot de Corbion.

Sauf que, justement, c’est l’accès illimité sans contrainte de temps pour tous que mettent en avant des services en ligne comme Youscribe ou Kindle Illimited d’Amazon. Or comment arriver à un même type d’accord que celui des bibliothèques, sans limites de temps ou de nombre de consultations simultanées, sans rendre inextricablement complexes les offres ?

À cette question, le PDG de Youscribe ne peut qu’espérer que, aiguillonnée par le rapport, la profession prendra conscience qu’il lui faut trouver une solution qui favorise les acteurs français.

Pour autant, il ne doute pas qu’Amazon saura se mettre en conformité dans les délais. Sans pouvoir expliquer comment. En revanche, il doute, lui, de pouvoir le faire dans les trois mois imposé par Fleur Pellerin. "Je me sens un peu dans la peau d’Uber", finit-il par reconnaître. Sauf que Uber mise justement pour un déploiement massif et international, pour au final et coûte que coûte s’adapter aux réglementations nationales. Alors que Youscribe, qui pourtant revendique 15% du trafic de son site depuis l’étranger (principalement l’Afrique francophone), ne semble imaginer qu’un avenir français.

Aurélie Barbaux

 
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