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Entre anomalies et hacking, le jeu dangereux de la Russie dans la course au vaccin contre le Covid-19

La situation pourrait faire penser à la guerre froide, durant laquelle l’URSS et les Etats-Unis se battaient au coude à coude sur les plans militaire, technologique et scientifique. Cette fois, la guerre ne s’étale pas sur plusieurs années mais se concentre sur la période du Covid-19. Et plus particulièrement sur les quelques mois nécessaire pour mettre au point un vaccin contre le nouveau coronavirus.
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Entre anomalies et hacking, le jeu dangereux de la Russie dans la course au vaccin contre le Covid-19
Entre anomalies et hacking, le jeu dangereux de la Russie dans la course au vaccin contre le Covid-19 © © Falcon0125 - Flickr - C.C

Avec le Sputnik V, développé par l’Institut Gamaleïa et composé de deux doses d’adénovirus, la Russie fait partie des pays avec un projet de vaccin en phase III de développement. La dernière phase avant de soumettre un médicament aux autorités de santé en vue d’une commercialisation. Fin août, le président russe Vladimir Poutine même annonçait que la Russie aurait accordé une autorisation réglementaire à l’Institut Gamaleïa.

Pourtant, plusieurs anomalies ont été repérées dans les résultats des phases 1 et 2 du vaccin russe, publiés dans la revue spécialisée The Lancet. Ces anomalies, des motifs de résultats qui se répètent un peu comme un copier-coller, ont été signalées dans une lettre ouverte publiée par près d’une quarantaine de signataires issus d’universités à travers le monde.

"En l’absence des données numériques originales, aucune conclusion ne peut être tirée sur la fiabilité des données présentées, en particulier au vu des duplications que nous avons détectées", peut-on lire dans le document.  La lettre demande des explications – ainsi que la publication de leurs données brutes - aux scientifiques russes.

Des résultats jugés "hautement improbables"
"Ce genre de résultat est très hautement improbable", commente Steven Salzberg, biostatisticien à la Johns Hopkins University dans une tribune du journal Forbes. "Comme les auteurs de l’étude russe n’ont pas fourni leurs données brutes, et The Lancet ne les a pas exigées, les autres scientifiques ne peuvent pas faire de vérifications. […] Ces résultats intringuants posent la question de savoir si les scientifiques à l’origine de cette phase 1 / 2 ont vraiment mené les expériences qu’ils décrivent."  Alors, les Russes ont-ils "inventé les données de l’essai clinique" pour leur vaccin, comme le demande Steven Salzberg ?

Inventés ou copiés chez un autre laboratoire. L’agence de surveillance électronique britannique, le GCHQ, a révélé que l’Université d’Oxford, qui travaille sur un vaccin en partenariat avec l’industriel du médicament AstraZeneca, avait été victime d’une tentative de piratage de la part de la Russie. Leur projet de vaccin, développé sur la base d'un adénovirus de chimpanzé modifié, fait partie des recherches en phase III, la dernière phase avant de soumettre un médicament en vue d’une possible commercialisation.

Les services de renseignements américains et canadiens avaient eux aussi déjà pointé du doigt les Russes, accusés d’opérations de hacking sur des informations confidentielles autour de projets de vaccin. Selon la National security agency (NSA), un groupe de hackers déjà impliqués dans la fraude électorale aux élections américains de 2016 avait cette fois essayé de récupérer des informations auprès de plusieurs laboratoires travaillant sur un vaccin contre le Covid-19.

Deux pirates russes déjà connus de la NSA
Les hackers, connus sous le nom de APT29 et Cozy Bear se seraient associés aux services de renseignements russes. Toujours selon les services de renseignement américains, les hackers russes auraient tenté de voler des données de recherche afin de développer leur propre vaccin plus rapidement et d’en savoir plus sur leurs chaînes d’approvisionnement. Mais ils n’auraient pas tenté de saboter les recherches des autres.

Les hackers russes auraient ciblé les laboratoires américains, britanniques et canadiens en utilisant des malwares ainsi que via des emails frauduleux pour tenter de récupérer des mots de passe et des identifiants sécurisés. Ces malwares appelés Wellness et Wellmail seraient inédits pour les hackers russe, bien connus des services de défense américains. Cozy Bear "cible depuis longtemps les organismes gouvernementaux, diplomatiques, de réflexion, de santé [...] pour obtenir des renseignements, alors nous encourageons tout le monde à prendre cette menace au sérieux", a explique Anne Neuberger, directrice de la cybersécurité à la NSA au New-York Times.

Le Kremlin, lui, balaye ces accusations. "La Russie n’a rien à voir avec ces tentatives", rétorque de son côté Dmitri S. Peskov, le porte-parole du président russe Vladimir Poutine. La Russie n’est pas le seul pays soupçonné de tenter de mettre la main sur des données recherche pour un vaccin contre le Covid-19. Les Etats-Unis ont également déclaré être visés par des espions chinois et iraniens ces derniers mois.

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